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Florent Boffard, apprivoiser la musique contemporaine

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Dinard, Auditorium Stéphan Bouttet. 18-VIII-2010. Arnold Schœnberg (1874-1951) : Trois pièces pour piano, op. 11 ; Tristan Murail (né en 1947) : La Mandragore ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Berceuse en ré bémol majeur op. 57 ; Marco Stroppa (né en 1959) : Ninna-Nanna (Miniature Estrose II, n° 2) ; György Ligeti (1923-2006) : Trio pour cor, violon et piano. Florent Boffard, piano ; Saténik Khourdoian, violon ; André Cazalet, cor

Festival de Dinard

Le concert de clôture du Festival de Dinard est consacré à la musique d’aujourd’hui. C’est un concert conférence dans lequel le pianiste déploie ses admirables talents de pédagogue pour expliquer la clé de chaque œuvre. (On se souvient de son magistral concert lecture sur Chopin aux Folles Journées de Nantes en janvier dernier. ) La musique contemporaine, il la connaît par cœur, puisqu’il a été le soliste de l’Ensemble Intercontemporain de 1988 à 1999 et a reçu en 2001 le prestigieux prix Belmont de la Fondation Forberg-Schneider pour son engagement en faveur de la musique contemporaine.

En ce qui concerne Schœnberg, il explique comment celui-ci est « diabolisé » et considéré comme étant à l’origine d’une rupture avec la musique du passé ; puis il insiste sur son génie dans le contexte historique, racontant comment on en est arrivé à la musique atonale, à travers des citations de Liszt et de Wagner. Enfin, il interprète les Trois pièces avec une telle sensibilité qu’on croirait entendre de la musique romantique. Ensuite, il regroupe les trois morceaux suivants dans une notion d’espace sonore : Murail pour la « musique spectrale », surtout sur la modification graduelle de ce qu’on appelle un « état sonore », Chopin pour l’éclatement de la mélodie sur une harmonie fixe, et Stroppa pour le traitement du piano comme moyen de création acoustique grâce à quatre notes muettes fixées à l’aide de la pédale du milieu afin de servir de notes sympathiques. Le jeu de Boffard est d’une grande clarté, avec des contrastes prodigieux, souvent très timbrés, suggérant une expression presque post-romantique qui fait forcément tomber la haute muraille de la musique d’aujourd’hui. Pour conclure le concert, la violoniste Saténik Khourdoian et le corniste rejoignent notre pianiste dans le Trio de Ligeti. Après une lecture de chaque mouvement toujours éclairante, les trois interprètes nous proposent une version très inspirée et exaltée.

Les commentaires de , passionnants et fascinants, livrés sur un ton très posé, nous aident ainsi à mieux comprendre ces musiques qui, entendues sans aucune préparation, risqueraient de se heurter à un rejet immédiat du grand public. Une excellente initiative de vulgarisation que l’on souhaite voir se multiplier un peu partout.

Crédit photographique : Florent Boffard © Festival de Dinard 2010

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