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Manifeste : Court-Circuit, un concert éblouissant

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Ircam. Espace de projection. Festival Manifeste.19-VI-2013. Yan Maresz (né en 1966): Metallics pour trompette et électronique; Sul Segno pour harpe, guitare, cymbalum, contrebasse et électronique. Diana Soh (née en 1984): Arboretum: of myths and trees (CM) pour soprano, 2 flûtes, harpe et piano. Luis Fernando Rizo-Salom (né en 1971): Quatre pantomimes pour six pour flûte, clarinette, cor, violon, alto et violoncelle. Elise Chauvin, soprano; Laurent Bômont, trompette; Ensemble Court-Circuit; direction, Jean Deroyer.

Après Tutti, sa nouvelle oeuvre pour ensemble et électronique créée au Centre Pompidou le 6 juin dernier dans le cadre de Manifeste, le compositeur Yann Maresz était à l’affiche d’un deuxième concert à l’Espace de Projection de l’Ircam, cette salle unique au monde dont les parois amovibles permettent de moduler l’acoustique selon chaque pièce du programme et d’offrir ainsi à l’auditeur des conditions d’écoute optimales.

Près de dix années séparent Metallics (1995), une oeuvre emblématique de Yann Maresz et Sul Segno (2004), les deux pièces qui respectivement ouvraient et refermaient le concert. Pour un coup d’essai – elle est écrite durant l’année de Cursus de composition et d’informatique musicale – Metallics est un coup de maître qui donnera lieu d’ailleurs à une réécriture pour ensemble instrumental et trompette, Metal Extension, en 2001. S’intéressant à la trompette et à ses multiples sourdines qui peuvent en moduler/distordre le son, Yann Maresz instaure un jeu d’ombre double entre la trompette acoustique (avec ou sans sourdine) et la synthèse sonore obtenue à partir des enveloppes spectrales de chaque sourdine. Seul en scène et relayé par l’électronique, Laurent Bômont, le créateur de la pièce, lui conférait ce soir son plein rayonnement et sa trajectoire virtuose.

Très singulière également, la seconde pièce, Sul Segno pour ensemble à cordes (pincées, frottées et percutées) et électronique relève du work in progress puisque la pièce est une ré-élaboration de Al Segno composé en 2000 pour le spectacle chorégraphique de François Raffinot. Partant d’une formation instrumentale aussi atypique que séduisante (une harpe, une guitare, un cymbalum et une contrebasse), Maresz élabore avec l’électronique un travail extrêmement raffiné et toujours virtuose sur la matière – granulée, atomisée, pulvérisée – et sur l’espace diversement déployé, jouant avec ces « instruments augmentés » pour créer une fantasmagorie sonore insoupçonnée.

Il y avait au programme une autre pièce réalisée dans le cadre du Cursus 2 d’informatique musicale, mais en 2013 quant à elle, et donnée en création mondiale : celle de la jeune et prometteuse invitant sur scène, pour Arboretum: of myths and trees, la soprano Elise Chauvin entourée de 2 flûtes (piccolo et basse), une harpe et un piano. Le titre est en rapport avec le texte choisi, celui de l’écrivain anglais Jamie R. Currie s’intéressant à la légende de Daphné et Apollon que Le Bernin éternise dans une fulgurante sculpture, en photo dans la notice du programme. La source littéraire fournit à une trame structurelle sur laquelle s’élabore un flux très énergétique et galvanisant qui combine étroitement sonorités vocales, instrumentales et électronique en temps réel. Munie de « gants capteurs », c’est la chanteuse/performeuse qui pilote la partie électronique – dispositif de suivi de mouvement toujours spectaculaire – en exécutant une série de gestes écrits sur la partition et dans un rapport théâtral avec l’histoire qu’elle nous raconte. Tout y est extrêmement concentré et savamment conçu pour maintenir la tension de l’écoute et propulser l’élan de manière sidérante.

C’est aussi l’une des préoccupations du compositeur colombien dans Quatre pantomimes pour six (flûte, clarinette, cor, violon, alto et violoncelle) – crée ce soir par les musiciens de l’ – où il est question de « gestes sonores », d’énergie et de travail sur la matière instrumentale mais sans le recours à l’électronique. Les quatre mouvements – Lux, Confrontation, Lamento et Beatbox Rap – évoluent chacun dans un contexte différent. Séduisante par le soin accordé aux textures et l’énergie qui sourd de la matière, l’oeuvre rend hommage à Ligeti (Lamento) ou confie à l’instrument – la flûte basse de Jérémie Fèvre – le jeu vocal de la Beatbox qui fait jaillir les rythmes et les couleurs les plus divers.

Saluons le talent et l’investissement exemplaire de l’, dirigé par son chef Jean Deroyer, qui donnait à ce concert foisonnant d’idées et de sonorités singulières un élan et une tenue éblouissants.

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