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LAC, la rivalité féminine vue par Jean-Christophe Maillot

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Théâtre National de Chaillot. 5/VI/14. Ballets de Monte-Carlo : LAC. Chorégraphie : Jean-Christophe Maillot. Musique : Piotr Illitch Tchaïkosvski. Scénographie : Ernest Pignon-Ernest. Lumières : Jean-Christophe Maillot et Samuel Thery. Costumes : Philippe Guillotel. Dramaturgie : Jean Rouaud. Composition : Bertrand Maillot. Avec les danseurs des Ballets de Monte-Carlo : Alvaro Prieto (le Roi), Mimoza Koike (la Reine), Bernice Coppieters (Sa Majesté de La Nuit), Stephan Bourgond (le Prince), Anja Behrend (le Cygne Blanc), April Ball (le Cygne Noir), Jeroen Verbruggen (le Confident du Prince), Asier Edeso et Bruno Roque (les Archanges des Ténèbres).

Lac 01@Angela Sterling, directeur et chorégraphe des , revisite le « tube » des ballets classiques, Le Lac des Cygnes, dans une version foisonnante et modernisée. Dynamique et efficace, la compagnie monégasque a enchanté le public du Théâtre National de Chaillot avec cette création de 2011.

Le Lac des Cygnes, tout le monde connaît. , assisté du dramaturge et écrivain Jean Rouaud, nous permet de redécouvrir le conte et d’y porter un regard neuf, presque contemporain. Pour expliquer la mélancolie du Prince et la malédiction qui a séparé deux jeunes amis d’enfance, ils optent pour l’audacieux truchement d’un film muet en noir et blanc. Avec force pantomime, ce prologue en images explique la façon dont la jeune fille en blanc fut enlevée par la jalouse Reine de la Nuit, qui voulait imposer sa propre fille au Prince.

Car là est l’autre remarquable trouvaille dramaturgique du spectacle, et son coup de génie : fusionner le personnage du magicien Rothbart et celui de la Reine des Cygnes pour obtenir une reine maléfique, incarnée par l’époustouflante . Toute en jambes, la soliste vedette des est vénéneuse à souhait et insuffle à la troupe la féminité agressive qui caractérise son personnage. Danseuse exceptionnelle, elle porte le ballet sur ses épaules. Le Prince, ses parents, son confident et les deux cygnes ne sont pas en reste, avec un niveau technique et une présence formidable.

Revenons un peu en arrière… Depuis l’enlèvement de la jeune Princesse, à la Cour, rien n’est plus comme avant. Le Prince traîne sa mélancolie, stimulé à grand peine par son confident, jamais avare de facéties (bondissant et cabotin Jeroen Verbruggen). Mais il faut bien le marier, ont décidé le Roi et la Reine, ne sachant que faire pour satisfaire leur fils. Le bal des prétendantes s’ouvre avec des candidates sûres d’elles-mêmes, impérieuses et arrogantes, parfois tendres ou taquines. Mais aucune d’elles ne parvient à dérider un Prince indifférent, nettement inspiré par celui du Peau d’Ane de Jacques Demy. Tout au long de ce premier acte, la chorégraphie est ample, rapide, conquérant et expressive (grands ports de bras, grands battements, dévelopés…). Le point d’orgue de cette première partie est atteint avec l’arrivée de sa Majesté de la Nuit (), venue présenter sa fille, le Cygne Noir, au Prince. Elle-même n’a pas renoncé à séduire, se posant auprès du Roi en rivale de la Reine.

Lac 03@Angela SterlingAprès l’acte 1 qui se déroulait au palais royal, l’acte 2 nous transporte près d’un lac éthéré, jouxtant une grotte stylisée (scénographie subtile et inspirée d’Ernest Pignon-Ernest). Le Prince y retrouve le Cygne blanc et leur complicité d’enfance. Dans le jeu, l’espièglerie, l’adage devient hyper naturel et signe un moment de danse très émouvant. De son côté, la reine de la Nuit fait preuve d’autorité. Rôle pivot, elle mène la danse et manipule les deux cygnes comme des marionnettes. Tous ses efforts visent à maintenir le Cygne blanc dans sa condition de volatile, sous la surveillance de deux horribles cerbères. La transposition chorégraphique de cette bestialité est audacieuse, travail d’épaules plutôt que de bras, poignets cassés et mains rigides au bout desquelles sont fixées des plumes (superbes costumes de Philippe Guillotel). Les mouvements sont brusques, saccadés, et la virtuosité de la chorégraphie va croissante. Jean-Christophe Maillot se déjoue avec audace de tous les pièges de la musique très narrative de Tchaïkovski et entraîne un impeccable corps de ballet dans des tourbillons frénétiques.

Après cet acte équilibré et poignant, l’acte 3 démarre par un flamboyant bal masqué, se poursuit par une espagnolade et s’achève avec une intensité éblouissante. L’histoire s’achève dans le drame, nous n’en dirons pas plus… Créé en 2011, ce ballet n’avait jamais été présenté à Paris. C’est chose faite, courez-y !

Crédit photographique : © Angela Sterling

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Théâtre National de Chaillot. 5/VI/14. Ballets de Monte-Carlo : LAC. Chorégraphie : Jean-Christophe Maillot. Musique : Piotr Illitch Tchaïkosvski. Scénographie : Ernest Pignon-Ernest. Lumières : Jean-Christophe Maillot et Samuel Thery. Costumes : Philippe Guillotel. Dramaturgie : Jean Rouaud. Composition : Bertrand Maillot. Avec les danseurs des Ballets de Monte-Carlo : Alvaro Prieto (le Roi), Mimoza Koike (la Reine), Bernice Coppieters (Sa Majesté de La Nuit), Stephan Bourgond (le Prince), Anja Behrend (le Cygne Blanc), April Ball (le Cygne Noir), Jeroen Verbruggen (le Confident du Prince), Asier Edeso et Bruno Roque (les Archanges des Ténèbres).

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