Concerts, Festivals, La Scène, Musique d'ensemble, Spectacles divers

Festival de Besançon 2026 : « Extraire le coeur de son écrin de ténèbres »

Plus de détails

Besançon. Cathédrale Saint-Jean. 13-IX-2026. 1er nocturne. Marbriano de Orto (1460-1529) : Guimel (Lamentation de Jérémie pour le Jeudi Saint) ; Manuscrit de Santa Cecilia di Trastevere de Rome (1071) : Nos autem gloriari oportet (Introït du Jeudi Saint) ; Frank Martin (1890-1974) : Messe à double-choeur ; Orlando di Lasso (15323-1594) : In monte Oliveti (Répons des Ténèbres du Jeudi Saint) ; Saint-Thomas d’Aquin (12226-1274) : Pange Lingua (Hymne de procession du Saint Sacrement) ; Manuscrit franciscain corse : Tantum ergo (Chant d’adoration du Saint Sacrement). 2ème nocturne : Thomas Tallis (1505-1585) : Aleph ( Lamentation de Jérémie pour le Vendredi Saint) ; Francis Poulenc (1899-1963) : Tenebrae factae sunt (Répons des Ténèbres du Vendredi Saint) ; Manuscrit de Santa Cecilia di Trastevere de Rome : Popule meus / Agyos O Theos (Impropères du Vendredi Saint) ; Venance Fortunat (530-609) : Crux fidelis (Hymne d’adoration de la Croix pour le Vendredi Saint) ; Knur Nystedt (1915-2014) : O Crux. 3ème nocturne. Cristobal de Morales (c.1500-1553) : Zain et Heth (Lamentation de Jérémie pour le Samedi Saint) ; Manuscrit de Santa Cecilia di Trastevere de Rome : Alleluia / Pascha Nostrum ; Graduel Triplex de Solesmes : Victimae paschali laudes (Séquence pour le jour de Pâques) ; William Byrd (1540-1623) : Terra tremuit ; Manuscrit de Santa Cecilia di Trastevere de Rome : Verset en alternance de chant vieux-romain. Création et mise en espace : Simon-Pierre Bestion. Lumières : Florian Delattre. La Tempête, compagnie vocale et instrumentale, direction : Simon-Pierre Bestion

Partager

Au mitan d’une programmation très pensée autour des grands concerts symphoniques qui ont fait sa réputation et parsemée de moult concerts gratuits, le dernier né de la prolifique compagnie de aura rassemblé par-delà les chapelles.

Nocturne II fait écho au Nocturne de 2018, premier éblouissement à Besançon de La Tempête, dont le souffle avait été jusqu’à modifier l’ordonnance de la vénérable Cathédrale Saint-Jean, chaises et prie-dieu ayant valsé autour d’une manière de ring pour des Vêpres de Rachmaninov comme on n’en avait encore jamais entendues, faisant naître dans la vieille ville espagnole un engouement encore aujourd’hui inextinguible. Contrairement aux très orchestrées Vêpres de Monteverdi, Stabat Mater et Bomba flamenca qui suivirent, Nocturne II se contente comme Nocturne I du seul spectaculaire de la voix humaine, instrument de musique le plus beau du monde, surtout quand il s’agit de devenir la pièce maîtresse d’une immersion au cœur de l’humain.

Nocturne II est le fruit d’une double rencontre autour d’un lieu (Conques) et d’un livre (La Nuit du coeur de Christian Bobin). Dans le premier, classé parmi les plus beaux villages de France et étape phare du Chemin de Compostelle, La Tempête avait fait la plus nourrissante des haltes dans la foulée des confinements de 2020, alors confrontée qu’elle était – comme tout un chacun – au retour sur soi. Dans le second, consacré au rapport de l’écrivain avec ce lieu inspirant et sous-titré « Extraire le cœur de son écrin de ténèbres », Bestion retrouva l’écho de la démarche vécue là avec sa compagnie, et qui donna naissance à ce Nocturne II qui pourrait être lui aussi sous-titré : « Ressusciter le Triduum pascal ».

Pour évoquer en 1H30 le Triduum pascal, ces trois journées précédant la Résurrection du Christ, rassemble autour de et de sa Messe à double chœur a cappella («une affaire entre Dieu et moi », avait prévenu le compositeur suisse) dix-sept musiques de tous âges, du VIe au XXe siècle, toutes concernés par le sujet : notamment celles de , , , , , , jusqu’au méconnu Knut Nystedt, dont le O Crux constitue certainement le sommet inattendu de Nocturne II, manière de Leçon de Ténèbres géante tellement bien conçue que toutes les pièces s’enchaînent autour de leur colonne vertébrale (Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus Dei) comme si elles n’en étaient qu’une. A l’instar des offices pascals d’antan, quelques percussions de bois nées de l’obscurité précèdent le retour d’une cloche résonnant dans le lointain. Ce seront avec quelques crécelles les seules accompagnantes de la voix humaine dans tous ses états : en bi-frontal pour la messe de Martin, diffractée dans les moindres recoins du lieu, sous le nez même du chef ou affranchi le plus loin possible de lui, chuchotée dans les allées, répartie en petits ensembles, ou tellement en osmose que les 32 voix de la compagnie feront naître l’impression qu’elles n’en sont qu’une.

Malgré un faux allumage dû à quelques aléas techniques contraignant à un redémarrage du spectacle, les lumières de Florian Delattre habillent piliers et plafond, démultiplient jusqu’au zénith les silhouettes pérégrinantes des interprètes, concourant plus d’une fois au sentiment troublant que les voix émanent de la pierre séculaire elle-même. Entièrement à cappella la performance envoûte, le registre grave du chœur résonnant dans le lieu mais aussi en chaque auditeur comme un mantra. Le voyage intérieur prolongé en bis par un bref extrait de la Liturgie de Saint-Jean Chrysostome de Rachmaninov, atteint donc pleinement son but initial dans une cathédrale bondée des grands jours et touchée au coeur par ce retour aux fondamentaux de l’humaine créature.

En écho au vœu de Régis Campo exprimé la veille (« Il est urgent d’être heureux »), cette ode à l’intériorité dans un monde toujours à construire justifie à elle seule et plus que jamais l’existence de ces provisions pour l’année que sont les festivals.

Crédit photographique: © Yves Petit

(Visited 8 times, 8 visits today)
Partager

Plus de détails

Besançon. Cathédrale Saint-Jean. 13-IX-2026. 1er nocturne. Marbriano de Orto (1460-1529) : Guimel (Lamentation de Jérémie pour le Jeudi Saint) ; Manuscrit de Santa Cecilia di Trastevere de Rome (1071) : Nos autem gloriari oportet (Introït du Jeudi Saint) ; Frank Martin (1890-1974) : Messe à double-choeur ; Orlando di Lasso (15323-1594) : In monte Oliveti (Répons des Ténèbres du Jeudi Saint) ; Saint-Thomas d’Aquin (12226-1274) : Pange Lingua (Hymne de procession du Saint Sacrement) ; Manuscrit franciscain corse : Tantum ergo (Chant d’adoration du Saint Sacrement). 2ème nocturne : Thomas Tallis (1505-1585) : Aleph ( Lamentation de Jérémie pour le Vendredi Saint) ; Francis Poulenc (1899-1963) : Tenebrae factae sunt (Répons des Ténèbres du Vendredi Saint) ; Manuscrit de Santa Cecilia di Trastevere de Rome : Popule meus / Agyos O Theos (Impropères du Vendredi Saint) ; Venance Fortunat (530-609) : Crux fidelis (Hymne d’adoration de la Croix pour le Vendredi Saint) ; Knur Nystedt (1915-2014) : O Crux. 3ème nocturne. Cristobal de Morales (c.1500-1553) : Zain et Heth (Lamentation de Jérémie pour le Samedi Saint) ; Manuscrit de Santa Cecilia di Trastevere de Rome : Alleluia / Pascha Nostrum ; Graduel Triplex de Solesmes : Victimae paschali laudes (Séquence pour le jour de Pâques) ; William Byrd (1540-1623) : Terra tremuit ; Manuscrit de Santa Cecilia di Trastevere de Rome : Verset en alternance de chant vieux-romain. Création et mise en espace : Simon-Pierre Bestion. Lumières : Florian Delattre. La Tempête, compagnie vocale et instrumentale, direction : Simon-Pierre Bestion

Partager

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.