Thierry Malandain dit adieu au Temps d’aimer
Pour ses derniers feux à la tête du CCN Ballet Biarritz, Thierry Malandain propose dans le cadre du Temps d’aimer un programme flamboyant issu de son répertoire. A voir dans quelques jours au Théâtre des Champs Élysées à Paris.
Ayant lui-même souvent dansé dans les plus célèbres tubes des Ballets Russes, Thierry Malandain a rendu hommage à cette époque hautement créative en créant sa propre version de L’Oiseau de feu, dans une tonalité plus mystique et religieuse que celle de Béjart, qui évoquait Che Guevara et ses partisans en battle dress. Dans une superbe ouverture très structurée et austère, il met en scène les franciscains qui accompagnent Saint-François et Claire d’Assise dans une longue frise en robes noires et un travail d’écriture stylisé. Des ensembles qui s’avèrent impactants et très impressionnants, tout comme les passages de danseuses en robes orangées, véritables feux follets. Le trio réunissant François, Claire et l’oiseau est, à l’inverse, porteur d’apaisement et d’élévation mystique.
La version du conte russe L’oiseau de feu de Thierry Malandain est à la fois sobre et flamboyante, avec une grande maîtrise des tempi, de l’espace et des volumes. Le rôle-titre est incarné par un danseur exceptionnel, Hugo Layer, coiffé d’un chignon doré de ballerines et vêtu de justaucorps chamarrés, éblouissants. C’est un oiseau de feu incandescent, à la fois cruel et fragile.
Pour son Boléro, créé il y a 26 ans, Thierry Malandain prend le contre-pied, là encore, de celui de Béjart avec un unisson qui commence au sol et des danseurs circonscrits dans un espace carré aux quatre angles délimités par quatre paravents translucides. En choisissant l’unisson, donc le collectif, Thierry Malandain met en mouvement une tribu ancrée dans le sol, avec un large éventail de micro-mouvements, tous très intenses et physiquement engageants. L’écriture est complexe et n’amoindrit pas l’impact de la musique et de la scansion. La vision de ces 12 danseurs luttant contre l’enfermement est saisissante et leur force communicative.
Le rouge et le rond, emblématiques du Boléro version Béjart, apparaissent en fin de séquence, comme un clin d’œil à la version dont le chorégraphe dit s’être un peu inspiré. Une démonstration à la fois rigoureuse et émouvante du savoir-faire du chorégraphe et de la plasticité de ses formidables danseurs. Cette pièce aurait dû être montrée cet été à Vaison-la-Romaine avec 22 danseurs au lieu de 12 habituellement, spécialement pour l’occasion de ses adieux au festival.
L’ouverture de Minuit et demi, ou le cœur mystérieux, du nom d’une mélodie de Saint-Saëns particulièrement inspirante (créé en 2025 à San Sebastian) a un lien de parenté avec celle de L’oiseau de feu, à travers cette longue chaîne de danseurs en manteaux noir qui évoluent en se tenant les mains. Bientôt, les longs manteaux sombres s’ouvrent, laissant apparaître une doublure de ciel bleu légèrement nuageux, à la Magritte, également projeté sur le cyclo d’arrière-scène.
Dès lors, avec ses robes longueur midi au bleu pastel, la tonalité du ballet devient printanière et légère, sans être romantique. Quelle audace d’avoir choisi des mélodies de Saint-Saëns, pour la plupart méconnues, comme toiles de fond de cet enchaînement de quatuor, trio ou duo ! La mélodie française est un genre très peu utilisé dans la danse, alors qu’elle est la quintessence de l’esprit musical français du début du XXe siècle. Les danseurs s’emparent de ces textes avec un certain détachement, mais beaucoup de fluidité et d’élan.
On retrouve de tableau en tableau les mouvements emblématiques du vocabulaire gestuel de Thierry Malandain : grand battement vers l’avant, grand plié à la seconde, arabesque rapide et suspendue. Homme et femmes se croisent et Thierry Malandain sait soigner les transitions, dissimulant un danseur ou une danseuse dans la longue traîne d’un manteau couleur de nuit, qui traverse la scène de cour à jardin, dévoilant son cadeau comme un caillou déposé par le ressac. Lumière douce et visages rayonnants contribuent à la luminosité de cette pièce qui clôt en majesté un programme de répertoire idéal pour faire découvrir l’écriture et le style Malandain sur les grandes scènes du monde entier, et dont certaines pièces ont vocation à durer au-delà du départ de son créateur.
Crédits photographiques : L’Oiseau de feu, Boléro, Minuit et demi, ou le coeur mystérieux © Olivier Houeix ; Saluts festival Le Temps d’aimer © Stéphane Bellocq Moydef
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