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Besançon. Festival international de musique de Besançon Franche-Comté.
Théâtre Ledoux. 16-IX-2021. Camille Pépin (née en 1990) : La Source d’Yggdrasil. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Concerto pour piano et orchestre n°2. Antonín Dvořak (1841-1904) : Symphonie n°8. Avec : Alexandre Kantorow, piano. Orchestre national de Lyon, direction : Paul Daniel

Kursaal. 17-IX-2021. Domenico Scarlatti (1865-1757) et Antonin Dvořak (1841-1904) : Stabat Mater. La Tempête, direction : Simon-Pierre Bestion

Camille Pépin (née en 1990) : Aux confins de l’Orage. Jean Sibélius (1865-1957) : Symphonie n°5. Orchestre national de Lyon, direction : Jiong-Jie Yin, Deun Lee, Chloé Dufresne 

Kursaal. 21-IX-2021. Hildegard von Bingen (1098-1179) : O Magne Pater. Lili Boulanger (1893-1918) : D’un soir triste ; D’un matin de printemps. Camille Pépin (née en 1990): Energie blanche, bleu lointain. Franz Schubert (1797-1828) : Quatuor à cordes « La Jeune Fille et la Mort. Le Concert Idéal, violon et direction : Marianne Piketty

Théâtre Ledoux. 22-IX-2021. Maurice Ravel (1875-1937) : Daphnis et Chloé, suite d’orchestre n°2. George Enescu (1881-1955) : Caprice Roumain pour violon et orchestre (orchestration achevée par Cornel Tãranu). Igor Stravinsky (1882-1971) : Le Sacre du Printemps. Les Dissonances, violon et direction : David Grimal

Kursaal. 23-IX-2021. Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Symphonies pour orchestre H.663 Wq. 183:1 et 183/3 ; Concerto pour violoncelle H.439 Wq. 172. Johann Christian Bach (1735-1750) : Concerto pour clavecin n°6 WC73 ; Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Concerto pour violon BWV 1041. Avec Christoph Dangel, violoncelle ; Julia Schröder, violon. Orchestre de chambre de Bâle, clavecin et direction : Jean Rondeau

Dans la foulée du splendide concert Saint-Saëns des Siècles, l’imposante 74ᵉ édition du Festival de Besançon aura poursuivi sa quête symphonique en compagnie d’orchestres français qui auront prouvé que le pré symphonique n’est pas forcément plus vert plus loin.


Finale du Concours international de jeunes chefs d’orchestres

A l’Orchestre Victor Hugo, qui a assuré les deux premiers tours du 57ᵉ Concours International des jeunes chefs d’orchestre, succède l’Orchestre national de Lyon pour les demi-finales (oratorio et opéra), et pour une Finale sans gagnant, conclue par la décision unanime, au terme d’une des plus longues délibérations de l’histoire du concours, de ne remettre aux trois finalistes (le Chinois Jiong-Jie Yin -21 ans, le Coréen Deun Lee -32 ans, la Française Chloé Dufresne -29 ans) qu’une mention « de la plus haute importance », ainsi que l’a exprimé le Président du Jury. , dans une conséquente allocution, a tenu à expliquer ce qui était « non un aveu de faiblesse mais un geste fort » à même de contrer le cadeau empoisonné qu’aurait pu représenter l’attribution d’un grand prix à l’un plutôt qu’à l’autre, et à détailler avec une émotion sincère les immenses qualités de chacun des candidats. Après la déflagration initiale, l’annonce, qui n’est pas une première à Besançon (édition de 2003), fait son chemin dans les têtes du public du Théâtre Ledoux, qui, allié à ceux de Belfort et Vesoul (par retransmission dans leur théâtre respectif) et à la phalange lyonnaise, avait donné son coup de cœur à Chloé Dufresne.

Le vainqueur de cette Finale aura été l’ONL et sa triple interprétation de la sublime Symphonie n°5 de . Le compositeur finlandais faisait enfin des débuts bien tardifs (merci !) dans la capitale symphonique des festivals français. La virtuosité jamais essorée des cordes lyonnaises, alliée à l’incisivité des bois, à la plénitude des cuivres, magnifie les quatre crescendos avortés du premier mouvement, la poésie infinie de l’Andante mosso, jusqu’à l’ascension galvanisante du finale, dont les derniers accords et leur conclusion en appogiature aux timbales stupéfient l’auditoire. Précédait une création mondiale de : Avec Aux confins de l’Orage, et son voyage à la source des intempéries atmosphériques, la compositrice séduit une nouvelle fois par sa science immédiatement prenante des cordes (on parierait volontiers sur la présence clandestine d’un synthétiseur sur le premier accord).

Une signature Pépin que l’on aura pu appréhender en ouverture du concert de l’ONL dirigé par Paul Daniel, avec La Source d’Yggdrasil, petit quart d’heure enchanteur mais grand poème symphonique que l’on serait bien aise de retrouver dans la discographie encore mince de la jeune compositrice, dont les deux années de résidence auront connu un beau succès public (lui succédera le grec Alexandros Markea). Au-delà de l’impression d’urgence qui s’en dégage, c’est un concert plutôt classique, ne s’attardant pas sur les détails du puits mélodique qu’est la Symphonie n° 8 de Dvořak, dans une interprétation pas toujours flattée par l’acoustique bien sèche du Théâtre Ledoux (l’écho des cors après les bien abruptes conclusions des mouvements 1 et 4). livre une prestation pianistique de très haute volée du Concerto n° 2 de Saint-Saëns, un Saint-Saëns spectaculaire et massif, revenu, au plan orchestral, à une tradition que Les Siècles nous avaient fait judicieusement oublier le temps d’une soirée.


La Chapelle ardente de La Tempête

Nouvel avis de Tempête sur Besançon. , adulé ici depuis sa prime apparition de 2018, revient en mini-résidence : le fondateur de La Tempête prête ses chanteurs à la demi-finale oratorio, redonne, dans une version peaufinée, ses Vêpres de Rachmaninov et crée Stabat Mater, sa nouvelle « expérience émotionnelle » (souligne Jean-Michel Mathé, directeur du festival), voire sensorielle, et donc, comme les précédentes, aux confins des toutes les règles édictées. Et c’est une nouvelle réussite qui va droit au cœur. Transformant le Kursaal de Besançon en chapelle ardente au moyen de cierges luminescents posés au pied d’une toile due à Albane de Labarthe, très baconienne dans sa représentation de la maternité crucifiée entre extase et souffrance, entremêle deux Stabat Mater, celui de Scarlatti (1724) et celui de Dvořak (1877). Au motif que l’un et l’autre compositeur ont eu des pères à la forte personnalité, ont vécu des deuils majeurs, ont composé dans la même tonalité leur Stabat Mater au même âge (34 ans), le chef de La Tempête imagine dans le Tchèque la réincarnation, à 150 années de distance, de l’Italien. Introduites en douceur par l’intimité d’un seul théorbe vite rejoint par un piano (la première version du Dvořák était pianistique) un positif (le même instrumentiste passe de l’un à l’autre) et une flopée de cordes, spatialisées comme pour Rachmaninov et Monteverdi (les chanteurs se confient même à l’oreille de l’auditeur), caressées par un jeu d’orgues recueilli, sculptées par la geste d’un artisan qui joue sa vie, les deux œuvres s’enchaînent admirablement, arrachant des larmes à plusieurs reprises. Le quatuor de solistes naît du chœur. Une intense soirée, que les prochaines dates poliront encore, et à laquelle on ne reprochera que l’absence du numéro 6 de Dvořak: ce Fac me vere tecum flere qui a fait pénétrer plus d’un novice dans la beauté de cette œuvre déchirante.


Un Concert Idéal pour les compositrices

Initié par la Fondatrice du Concert Idéal, la violoniste , le programme suivant allèche d’abord par sa volonté de réunir trois compositrices séparées par quelques encablures temporelles. L’arrangement du O Magne Pater d’ captive. Il en va de même pour la noirceur de D’un soir triste aussitôt contredite par la fraîcheur de D’un matin de printemps, deux pièces où Lily Boulanger met en branle la valse des regrets consécutive à la disparition prématuré à 25 ans de celle qui fait entendre un si grand potentiel. Idem pour la création de , intitulée Energie blanche, bleu lointain. Douze minutes pour sept numéros (intenses Mémoires du vent et Vortex) autour des sept toiles de Fabienne Verdier : des traces digitales sur fond bleu projetées en arrière-plan. Après l’entracte les choses se gâtent quelque peu : avec pour seul passe-droit l’intitulé de sa Jeune Fille et la Mort, Schubert pénètre ce monde annoncé féminin : l’œuvre chérie, comme gagnée par la fièvre symphonique du festival, voit son effectif doublé. Les questions affluent alors face à un parti-pris qui démultiplie les difficultés d’une œuvre déjà difficile en quatuor : chacune des voix allant par deux, il apparaît doublement ardu de convaincre, le concert donnant alors l’impression d’une course à l’inaccessible osmose, surtout du côté des deux premiers violons.


Le choc des Dissonances

Programmer, juste après l’annonce d’un concours sans lauréat, un concert sans chef d’orchestre ne manque pas de piquant. Pas de chef pour souligner tel détail, tel climax, pour focaliser le regard : à l’affût des connivences, à la recherche des têtes de pont, et seul lui aussi face à la musique, l’intelligence de l’auditeur ne chôme pas. Récemment commenté dans nos colonnes, le programme donné à Bucarest puis à La Philharmonie, est des plus ambitieux. La structure compte dans ses membres nombre de solistes de renom : on repère le Trio Metral, le Quatuor Hermès. Une merveilleuse « introduction » (la Suite n°2 de Daphnis et Chloé). La séduction immédiate du Caprice Roumain d’Enesco via la virtuosité et le charisme de , qui n’avait pas prévu de bis mais croit pouvoir se souvenir de la redoutable Ballade d’Ysaye ! Un Sacre du Printemps ébouriffant, ivre de détails. Les rappels cueillant chacune des pièces célèbrent ce concert mémorable, que conclut de quelques mots destinés à narrer la façon dont l’ensemble qu’il a fondé en 2004 vient d’être remercié, après douze années de résidence sous l’ère Joyeux, par la nouvelle direction de l’Opéra de Dijon, décision dont la soudaineté, précise-t’il, est à même de mettre en péril une aventure hors-norme.


A la source de la symphonie avec

David baroque contre Goliath symphonique, le claveciniste français, dans l’écrin idéal du Kursaal, dirige de son clavier l’excellent Orchestre de chambre de Bâle pour un programme qui veut démontrer que le « ruisseau » Bach, avant de devenir le fleuve qu’il est aujourd’hui, nourrit d’abord sa propre descendance. De ses quatre fils musiciens, Rondeau, en « retisseur » de liens familiaux et musicaux, élit Carl Philipp Emanuel et Johann Christian. Le concert déroule le tapis rouge au velouté soyeux des cordes de l’ensemble des 21 instrumentistes bâlois, les vents (hautbois, flûtes et cors) n’intervenant que pour ouvrir et conclure la soirée au moyen de deux symphonies avec orchestre, deux moments où le clavecin peine à émerger. On peut davantage appréhender le talent déterminé de (énergie, précision, sens des surprises) dans le très beau Concerto n° 6 en fa mineur de Johann Christian (ou de « Je ne sais pas qui », s’amuse Rondeau au sujet de la paternité discutable de la pièce). Enchantent également le son remarquable de Christoph Dangel dans le Concerto pour violoncelle H.439 Wq.172 de Carl Philipp Emanuel, et celui, ivre sa propre sonorité, de la très investie Julia Schröder dans le BWV 1041 de Johann Sebastian. Une soirée d’une prégnante musicalité, pleine de révélations quant à des compositeurs relégués dans certaine ombre portée, mais prolongements essentiels d’une dynastie qui a ruisselé, dixit Jean Rondeau, jusqu’aux fleuves à venir : Haydn, Mozart…

Crédits photographiques: © Yves Petit

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Besançon. Festival international de musique de Besançon Franche-Comté.
Théâtre Ledoux. 16-IX-2021. Camille Pépin (née en 1990) : La Source d’Yggdrasil. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Concerto pour piano et orchestre n°2. Antonín Dvořak (1841-1904) : Symphonie n°8. Avec : Alexandre Kantorow, piano. Orchestre national de Lyon, direction : Paul Daniel

Kursaal. 17-IX-2021. Domenico Scarlatti (1865-1757) et Antonin Dvořak (1841-1904) : Stabat Mater. La Tempête, direction : Simon-Pierre Bestion

Camille Pépin (née en 1990) : Aux confins de l’Orage. Jean Sibélius (1865-1957) : Symphonie n°5. Orchestre national de Lyon, direction : Jiong-Jie Yin, Deun Lee, Chloé Dufresne 

Kursaal. 21-IX-2021. Hildegard von Bingen (1098-1179) : O Magne Pater. Lili Boulanger (1893-1918) : D’un soir triste ; D’un matin de printemps. Camille Pépin (née en 1990): Energie blanche, bleu lointain. Franz Schubert (1797-1828) : Quatuor à cordes « La Jeune Fille et la Mort. Le Concert Idéal, violon et direction : Marianne Piketty

Théâtre Ledoux. 22-IX-2021. Maurice Ravel (1875-1937) : Daphnis et Chloé, suite d’orchestre n°2. George Enescu (1881-1955) : Caprice Roumain pour violon et orchestre (orchestration achevée par Cornel Tãranu). Igor Stravinsky (1882-1971) : Le Sacre du Printemps. Les Dissonances, violon et direction : David Grimal

Kursaal. 23-IX-2021. Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Symphonies pour orchestre H.663 Wq. 183:1 et 183/3 ; Concerto pour violoncelle H.439 Wq. 172. Johann Christian Bach (1735-1750) : Concerto pour clavecin n°6 WC73 ; Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Concerto pour violon BWV 1041. Avec Christoph Dangel, violoncelle ; Julia Schröder, violon. Orchestre de chambre de Bâle, clavecin et direction : Jean Rondeau

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