Florent Albrecht et L’Encyclopédie rejouent le duel Mozart/Clementi en version concertante
Parallèlement avec l’enregistrement de ce programme, les musiciens marquent leur ancrage à Metz par un concert réjouissant qui enthousiasme le public.

On s’est (trop) habitué aux concertos de Mozart joués avec grand orchestre, 50 musiciens et plus, dans des salles grand format. Ce que propose Florent Albrecht pour ce concert, c’est tout juste l’inverse : c’est dans la petite salle de l’Arsenal, avec un peu plus de 300 places, qu’a lieu le concert, avec 26 musiciens nommés sur le programme en plus du soliste-chef. Il est vrai qu’Albrecht est un spécialiste du pianoforte, et son instrument ne souffre pas une concurrence trop forte de l’orchestre – même ainsi, l’instrument soliste est beaucoup moins mis en vedette que d’habitude. La très bonne surprise de ce concert, c’est à vrai dire l’orchestre lui-même et la manière dont il sonne : l’équilibre entre cordes et vents, toujours délicat quand les premières sont en effectif réduit, est remarquablement tenu, fondant les timbres au bénéfice du son d’ensemble quand il le faut, mettant au contraire en avant tel ou tel soliste : ce Mozart est dynamique, plein de couleurs et de variété, tirant pleinement profit des timbres propres aux instruments anciens, flûte en bois et cors naturels, mais sans rien de la brutalité gratuite par laquelle certains chefs d’aujourd’hui croient se distinguer. Florent Albrecht n’a les mains libres que dans les introductions des concertos, mais même quand il ne peut faire les gestes du chef on sent bien qu’il est là pour donner les impulsions et pour tenir l’ensemble.

Il n’en est pas moins un soliste virtuose, quand bien même sa présence est moins écrasante que ce que veut la tradition. On aimerait parfois une articulation un peu plus franche qui n’estompe pas les longues coulées de notes à force de legato, et l’instrument (non précisé dans le programme) choisi par Albrecht a un son très rond qui manque un peu de présence, mais la poésie des mouvements lents, tout comme l’éloquence de bien d’autres passages plus contrastés dédommage bien de ces quelques réserves ponctuelles.
Le programme exclusivement concerto est exigeant pour le soliste, et il rappelle une anecdote bien connue de la biographie mozartienne, le duel pianistique entre Mozart et son quasi-contemporain Muzio Clementi en décembre 1781. Au centre du programme se trouve donc l’unique concerto conservé de Clementi, écrit à Londres en 1789/1790 : la comparaison est passionnante, mais le résultat est un peu univoque : d’une part un inventeur perpétuel aux infinies nuances, d’autre part un fabricant habile mais limité, soucieux surtout de mettre son propre rôle en valeur – la trivialité du finale de ce concerto surprend, le peu de profit qu’il tire des vents surprend un peu moins, mais il est toujours intéressant de se confronter au tout-venant pour mieux apprécier l’exceptionnel.











