Desplechin met en scène La Musica deuxième au Vieux Colombier
Que se passe -t-il après une séparation, quand rien n’a été dit, rien n’est expliqué. C’est cette exploration qui est à l’origine du huis-clos de Marguerite Duras, qu’elle a écrite pour la mettre en scène elle-même. Dans cette création pour la Comédie Française, Arnaud Desplechin reprend le flambeau avec une mise en scène sobre et inventive à la fois.

La scène sépare le public du Vieux Colombier en deux ; comme le sont les deux protagonistes. A la fois séparés mais aussi terriblement proches. Ils se sont aimés et ils semblent s’aimer encore en se remémorant certains moments. Mais ils se déchirent aussi, incapables de se retrouver dans une relation apaisée. Les nerfs sont à vifs, les larmes et la colère éclatent régulièrement. L’incompréhension pèse, ils ne comprennent toujours pas ce qu’il leur est arrivé.
Pour évoquer le passé, Arnaud Desplechin utilise un écran transparent qui, par moment, met le récit à distance, permet de projeter une scène, une danse. Anne-Marie, brillamment interprétée par Adeline d’Hermi, semble avoir tourné la page plus facilement. Plus légère, elle n’a cependant rien oublié de « l’enfer » vécu dans cette maison triste et vide qui la poussait souvent dehors, seule, en forêt, au cinéma ou dans des bars d’hôtels. Michel, quant à lui, s’il est le premier à l’avoir trompé, n’a pas oublié la jalousie qui l’a rongée, surtout lorsque, elle aussi, s’est mise à le tromper « pour revivre les débuts », l’intensité d’une relation nouvelle, loin du marasme du quotidien qui a détruit leur amour.

L’un comme l’autre essaie de comprendre, d’avoir des réponses, et en ressortent bouleversés, épuisés après une nuit à discuter dans le hall de cet hôtel qui, autrefois, était le lieu de leurs amours. Ils n’ont pas su se comprendre, s’aimer pour ce qu’ils étaient mais, au moment de se voir sans doute pour la dernière fois, ils n’arrivent plus à se quitter.
La mise en scène sobre de Desplechin laisse toute la place aux interprètes qui livrent une prestation intense où tout se mélange. Ils s’attirent et se repoussent, se tournent autour comme des danseurs en déroulant l’histoire de leurs malentendus qui ont fini par tout emporter. Chacun à un bout de la scène, près l’un de l’autre ou au sol, le couple se débat, Jusqu’au bord de la folie, de la mort presque puisqu’il a failli la tuer et qu’elle se demande encore pourquoi il ne l’a pas fait. Finalement, au bout de cette nuit intense qui n’aura finalement rien réglé si ce n’est de réaliser qu’ils s’aiment encore même s’ils ne peuvent plus vivre ensemble, les deux ex-époux finiront par se séparer pour rejoindre leurs nouveaux compagnons respectifs. Ne reste plus que le sentiment amer d’un rendez-vous raté, et peut-être d’une vie gâchée. Un texte fort, une interprétation poignante, mais qui laisse parfois à distance, comme si les émotions qui débordent d’un bout à l’autre de la pièce n’arrivaient pas toujours à passer jusqu’au public devenu voyeur.
Crédit photographique : © Agathe Poupeney












