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Martin Rajna en terre hongroise pour inaugurer son mandat à l’Orchestre philharmonique du Luxembourg

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Luxembourg. Philharmonie. 2-X-2026. György Kurtág (né en 1926) : ΣΤΗΛΗ (Stele) pour grand orchestre ; Béla Bartók (1881-1945) : concerto pour violon et orchestre n° 1 Sz. 36 ; Gustav Mahler (1860-1911). Veronika Eberle, violon ; Orchestre Philharmonique du Luxembourg, direction : Martin Rajna.

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L’avenir est prometteur avec une direction ambitieuse et solide qui ne demande qu’à gagner en maturité.

Après les dix ans de mandat de Gustavo Gimeno qui ont permis de renforcer la stature de l’orchestre du Luxembourg (une discographie fournie chez Pentatone en témoigne), c’est un chef d’une nouvelle génération qui prend la tête de l’orchestre : a 31 ans, il a par ailleurs un poste de chef à l’Opéra de Budapest, et c’est tout naturellement vers ses origines hongroises qu’il se tourne pour programmer le concert qui inaugure son mandat.

La toute première œuvre de ce mandat est donc Stele, ou ΣΤΗΛΗ pour respecter la graphie sur la partition, la principale œuvre pour grand orchestre de , que Rajna a pu rencontrer autour de la création de Fin de Partie. Créée en 1994 par Claudio Abbado et reprenant l’effectif de la Deuxième symphonie de Mahler qu’elle accompagnait alors, la pièce ne manque jamais son effet, entre grands énoncés tragiques, déchirements intimes, chorals solennels et appels lancinants. Rajna a la partition bien en main et l’orchestre ne tremble pas ; quelques moments du dernier mouvement manquent un peu de force expressive, la palette dynamique gagnerait à être (encore) plus large, mais Rajna a bien compris l’essence de cette musique, qui exige à la fois un respect absolu de chaque note et un investissement sans limite de chaque interprète pour lui donner son sens : la grande clarté et la précision obtenues par Rajna sont un bon signe pour le mandat à venir.

a choisi ensuite le rare premier Concerto pour violon de Bartók, avec une soliste qui donne à cette œuvre de jeunesse toute sa dimension : déploie des miracles de lyrisme dès la phrase d’entrée, pour ouvrir le portrait amoureux que constitue le premier mouvement, avec des allègements insensés, mais ses talents sont très loin de se limiter à ce lyrisme ; le son est franc et habité, l’attention à chaque détail d’articulation impressionnante, l’énergie paraît sans limite avec ce qu’il faut d’ironie quant c’est nécessaire. L’orchestre est présent et le chef très attentif au dialogue avec la soliste, mais les choses sont claires : c’est bien elle qui conduit le discours musical, et dans ces conditions on regrette bien de ne pas entendre l’œuvre plus souvent.

Mahler, bien sûr, n’est pas hongrois, mais il a lui aussi dirigé à l’Opéra de Budapest (et le bureau qu’il y a occupé est aujourd’hui celui de Rajna), et c’est à Budapest qu’il a pu créer la première symphonie que Rajna a mis à son programme. Contrairement à la création en 1889, le concert se termine sur un triomphe, et confirme que Rajna maîtrise son orchestre, avec un métier solide qui soutient l’intérêt tout au long de la partition. Pour autant, dans cette œuvre qu’on a beaucoup entendu, on n’ira pas jusqu’à dire qu’il parvient à construire une interprétation pleinement convaincante : le public remercie certes le chef pour l’énergie qu’il a déployée au cours de la petite heure que dure la symphonie, mais le volume sonore vraiment écrasant du dernier mouvement nuit à la rhétorique et à l’architecture du mouvement, si monumental soit-il.

Tout commence pourtant bien avec la solennité mystérieuse qui ouvre le premier mouvement, la fluidité des citations de Lieder est remarquable, tout comme le soin apporté à la variété des textures orchestrales – et on voit bien ici que Rajna hérite de son prédécesseur un orchestre en pleine possession de ses moyens, avec des solistes qui n’ont souvent rien à envier à ceux des grands orchestres d’aujourd’hui. Le chef a grand souci de créer des atmosphères, de travailler les rythmes et les émotions : ce qui peut encore s’affiner, c’est le sens de l’ensemble, un flux naturel qui nous emporte du début à la fin de la symphonie. C’est le sens d’un début de mandat, a fortiori pour un jeune chef : on voit ici les fondements solides sur lesquels, on l’espère, il pourra avec l’orchestre tracer son chemin.

Crédits photographiques : © Sébastien Grébille

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Luxembourg. Philharmonie. 2-X-2026. György Kurtág (né en 1926) : ΣΤΗΛΗ (Stele) pour grand orchestre ; Béla Bartók (1881-1945) : concerto pour violon et orchestre n° 1 Sz. 36 ; Gustav Mahler (1860-1911). Veronika Eberle, violon ; Orchestre Philharmonique du Luxembourg, direction : Martin Rajna.

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