Gautier Capuçon et les Capucelli enflamment le Grand Théâtre de Provence
Le Grand Théâtre de Provence réunissait Gautier Capuçon et les Capucelli, six anciens élèves de sa classe d’Excellence qu’il a créé à la Fondation Louis Vuitton en 2014. C’est l’occasion d’entendre le violoncelle dans un répertoire parfois inhabituel allant de l’opéra au tango, en passant par les compositeurs russes et slaves ainsi que la musique française sans oublier une large place réservée à la musique ‘d’aujourd’hui’.

Encadré par trois violoncellistes de chaque côté, Gautier Capuçon prend place au centre de la scène. Un jeu de lumière élégant magnifie l’espace. Très à l’aise en maître de cérémonie, Gautier Capuçon prend le micro pour présenter le répertoire choisi, puis les musiciens présents. Ses interventions permettent de ne pas perdre le fil de ce vaste programme.
Chaque membre des Capucelli possède déjà une solide expérience scénique et cela se ressent dans l’interprétation. On est ainsi séduit par le jeu équilibré et nuancé de Caroline Sypniewski. De même, Anouchka Hack projette une belle intonation, s’appuyant sur une articulation claire. Charlotte Miles offre à plusieurs reprises un phrasé parlant avec des solos de premier plan. Souvent à la ligne de basse, Léo Ispir se distingue par sa précision et son engagement expressif. Jeein You n’est pas en reste et sa technique assurée vient souligner le discours. Enfin, Francesco Tamburini dont le magnifique instrument Giovanni Grancino date de 1700, déroule un panel prégnant de sonorités chaleureuses notamment lorsqu’il prend à son tour le rôle de basse. Gautier Capuçon laisse volontiers le siège central à plusieurs reprises. Sa capacité à habiter chaque phrasé et le rendre vibrant apparaît irrésistible et sans chercher à occuper la première place, sa position est ici davantage celle d’un chambriste.
Plusieurs créations, dont des commandes, marquent les esprits notamment la Fantaisie de Javier Martinez Campos qui met en lumière une intensité sonore captivante. Son écriture est fournie et inclut plusieurs citations du répertoire – Prokofiev ou encore le Concerto de Chostakovitch, et certains passages sont d’une expression enveloppante. Écrite par Jean-Benoît Dunckel, membre du duo Air, Wake, est un des sommets de la soirée. Au cœur de la matière vivante, une sensation de pureté domine. Inspirée par le son de la forêt, cette pièce est traversée par un souffle où l’émerveillement fait écho à la beauté des harmonies.
Autre commande de Capuçon, Of Wind and Rain par le jeune américain Quenton Blache. Il est ici question des sons du vent et de la pluie. Le caractère entêtant du thème principal trouve une belle projection de part et d’autre. Puis, Heptasyllabes de Richard Dubugnon, au premier abord moins immédiat, libère un éventail étonnants de sons. Cette œuvre concertante place un soliste au centre et un double chœur de trois instruments. Avec sa ligne de walking bass inspirée du bebop, son langage post-romantique use d’éléments de jazz. Les développements libèrent un lyrisme qui sied particulièrement à l’intensité expressive de Gautier Capuçon.
Enfin, Life in Sunshine de Jasmine Barnes, une commande pour l’album Gaïa enregistrée par le violoncelliste, nous entraine dans l’univers néo-soul, gospel et jazz avec ses rythmes très marqués et une touche sensuelle chez les Capucelli.
Pas moins de huit arrangements sont entendus ce soir dont la ‘chevauchée’ de Guillaume Tell composé par Rossini. Un épisode virtuose où les différentes facettes de l’instrument sont exploitées que ce soit à travers le mordant du tempo, ou la profondeur des basses. Parmi les arrangements les plus réussis, celui du touchant Lakmé et son duo de fleurs, écrin de douceur dans sa version boisée. Puis, celui de Samuel Parent, le pianiste accompagnateur de la classe d’Excellence à la Fondation Vuitton- et l’illustre Valse des fleurs de Tchaikovski où élégance et légèreté sont de mise. Gautier Capuçon signe les arrangements d’un Dvorak intime, empreint de nostalgie, mais aussi de pages de Chostakovitch, dont la mélancolie se révèle pénétrante. Mais le plus surprenant reste le Boléro de Ravel par Jérôme Ducros. Un passionnant voyage avec ce nouvel habillage de cordes et cela devient un tout autre morceau. A l’unisson, les musiciens soulèvent l’enthousiasme d’un public conquis.
Quatre généreux bis viennent conclure cette performance de haut vol dont une nouvelle commande « secrète », avec son architecture d’une grande richesse nimbée de spiritualité.
Crédits photographiques : © Christophe Licoppe









