Schumann et Kurtág en miroir à l’Auditorium de Radio France
À l’occasion des cent ans du compositeur György Kurtág se sont réunis à l’Auditorium de la Maison de la Radio et de la Musique le pianiste Pierre-Laurent Aimard et quelques musiciens issus de l’Orchestre Philharmonique de Radio France dans un programme mettant en miroir les œuvres du compositeur contemporain et celles de Robert Schumann.

Plus d’un siècle sépare la naissance de Schumann et de Kurtág (né en 1926). Pourtant, leur rapprochement sonne comme une évidence lors de ce concert. En effet, outre une appétence pour le minimalisme, les deux compositeurs manient l’intertextualité dans leur œuvre, que ce soit par des références à la littérature, à d’autres compositeurs, par l’auto-citation ou encore par l’hommage direct comme en témoigne la pièce Hommage à R. Sch. de Kurtág qui clôt ce concert.
Composés en 1842, les trois Quatuors à cordes op. 41 de Schumann sont dédiés à Felix Mendelssohn. Le Quatuor n° 1 s’inscrit pleinement dans la tradition germanique avec une écriture contrapuntique et ses entrées en imitation. Les quatre musiciens issus des rangs du Philharmonique (Amandine Ley, Aino Akiyama, Leonardo Jelveh et Jérôme Pinget) proposent une interprétation manquant de couleurs et de dramaturgie avec un alto hélas trop effacé qui déséquilibre quelque peu l’harmonie dans les trois premiers mouvements. Les musiciens déploient ensuite davantage leur palette sonore dans le dernier mouvement. Saluons le beau travail d’ensemble et de précision des musiciens, d’autant plus qu’il ne s’agit pas d’un quatuor préalablement constitué.
Reprenant un titre déjà utilisé par Beethoven, Webern et Ligeti, Kurtág a composé en 1982 ses Bagatelles pour flûte, contrebasse et piano. Ces six pièces, parfois d’une extrême brièveté, multiplient les citations, références et auto-citations dans une variété d’écriture qui nous emmène à chaque morceau dans un univers toujours différent. Le piano de Pierre-Laurent Aimard, fait le lien entre la flûte d’Amandine Ley et la contrebasse de Boris Trouchaud. Le clavier est utilisé principalement de manière harmonique, les accords faisant le lien entre les ambitus extrêmes des deux autres instruments. Les trois musiciens offrent une interprétation parfaitement ciselée de ces petits bijoux musicaux.
Les Märchenerzählungen pour clarinette, alto et piano sont une œuvre sombre et onirique, évoquant davantage les sombres forêts peuplées de créatures maléfiques qu’un monde féérique. La profondeur sonore et la douceur de la clarinette de Jérôme Voisin s’inscrivent parfaitement dans l’atmosphère cette œuvre. À nouveau l’alto peine à se faire entendre entre le piano et la clarinette alors qu’il fait montre d’une belle sonorité et musicalité. Pierre-Laurent Aimard, en chambriste aguerri, mène les musiciens par de multiples jeux de regards et une écoute attentive de ses partenaires.
Avec une grande aisance dans le changement de style, les trois interprètes (Jérôme Voisin, Leonardo Jelveh et Pierre-Laurent Aimard) concluent le concert avec l’Hommage à R. Sch. de Kurtág. Le compositeur rend en réalité un triple hommage, à Schumann certes, mais aussi à Béla Bartók (1881-1945) qui avait intitulé de la sorte une des pièces de ses Mikrokomos et à Guillaume de Machaut (1300-1377) cité dans le dernier mouvement (« Abschied (Meister Raro endeckt Guillaume de Machaut) »). Une grosse caisse est disposée sur la scène sans qu’un percussionniste ne soit présent. En même temps qu’il écoute la succession des très brefs mouvements, le spectateur ne peut s’empêcher de se demander quand et par qui sera utilisé l’instrument. C’est finalement au clarinettiste qu’est dévolu de frapper la peau de la grosse caisse, dans un coup sourd donnant le coup de grâce au dernier mouvement, adieu crépusculaire et sublime.
Crédits photographiques : Pierre-Laurent Aimard © Julia Wesely
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