Simon Rattle et la Radio bavaroise, l’histoire continue
Tout juste prolongé à son poste jusqu’en 2033, le successeur de Mariss Jansons montre qu’il a su maintenir l’orchestre à son très haut niveau.
On a rarement entendu en concert une juxtaposition aussi improbable : avant l’entracte, le Concerto pour violon de Berg est précédé par le Scherzo Capriccioso de Dvořák. On comprend bien pourquoi on n’entend pas plus souvent cette œuvre très extérieure, mais il faut bien avouer qu’elle offre ici à l’orchestre une merveilleuse occasion de briller : la diversité des atmosphères, entre dansante exubérance et sous-bois romantique permet à Rattle de montrer tout ce que sait faire son orchestre, à commencer par les vents : les solistes ont toutes les occasions pour briller, mais c’est aussi le travail remarquable des équilibres sonores qui marque ici, y compris dans les transparences des cordes.
Pour le concerto de Berg, Rattle est rejoint par une autre familière de cette musique, Isabelle Faust. La violoniste choisit une interprétation résolument intériorisée de la partition, suivie en cela par un chef parfois un peu trop en retrait ; on aimerait souvent plus d’élan, plus d’émotion, une ligne plus claire qui ne se perd pas dans les détails jusqu’à brouiller la clarté de certains passages.
L’essentiel vient tout de même après l’entracte, avec la « Grande Symphonie » D. 944 de Schubert. L’interprétation de Rattle est ici tout d’un bloc : la monumentalité inhérente de la partition n’est pas ici la noblesse de l’antique, mais une sévérité, souvent une urgence, qui surprend par moments, mais qui ne manque pas d’impressionner. Le chef souriant qu’est Rattle montre qu’il sait aussi convoquer des ambiances plus sombres, en s’appuyant ici sur des cordes graves d’une présence souvent inquiétante. On ne fera pas de cette approche très dramatique une version de référence de l’œuvre, qui mérite tout de même un peu plus de nuances, mais dans le cadre d’un concert l’auditeur suit avec intérêt le développement de cette approche de mouvement en mouvement, sans se dissimuler l’aspect un peu forcé de la démarche.














