Carolina Bianchi clot sa trilogie à Avignon avec Uma Luz Cordial
Troisième et dernier volet de la Trilogia Cadela Força de Carolina Bianchi, Uma Luz Cordial présenté à l’Opéra Grand Avignon mêle pornographie et poésie dans un spectacle transgressif.
La littérature forme la matière principale du nouveau spectacle de Carolina Bianchi, qui clot la Trilogia Cadela Força qui sera présentée en intégralité les 12 et 13 juillet au Festival d’Avignon, puis en septembre à l’Odéon à Paris dans le cadre du Festival d’Automne. Littérature brésilienne, avec Hilda Hilst, allemande avec Rainer Maria Rilke ou américaine, avec Emily Dickinson. Dès le prologue du spectacle, Carolina Bianchi donne le ton en lisant un poème en portugais pendant que des performers nus simulent une partouze dans l’obscurité. L’acte sexuel et la masturbation forment le fil rouge provoquant d’un spectacle théâtral qui cherche à déstabiliser par sa radicalité, mais revient toujours à une forme de pureté et de vérité grâce à l’écriture très ajustée et à la diction parfaite de Carolina Bianchi.
La pièce est découpée en six chapitres qui plongent dans autant de textes, sous titrés Carnets. Le texte O Caderno Rosa de Lori Lamby de Hilda Hilst, dont la narratrice est incarnée par une marionnette à fils, est le plus dérangeant. Elle met en scène une enfant qui couche par écrit ses relations sexuelles avec un adulte. Un texte qui résonne avec force dans le contexte actuel des affaires de pédo-criminalité en France. La forme théâtrale adoptée pour chaque carnet est toujours juste, même si elle peut être pénible à regarder. C’est cependant plus aisé quand la langue portugaise est vocalisée, car on se fatigue vite à lire uniquement les sous-titres qui défilent lentement sur fond rouge sang.
Le sang qui coule de la scarification de Carolina Bianchi au début du spectacle nous attend à la fin, où elle poursuit le récit de sa propre mort, initié par un sommeil drogué au GHB dans le premier volet de la trilogie A noiva et o Boa Noite Cinderella. Son analyse textuelle du poème d’Emily Dickinson, dont un vers donne son titre au spectacle, est digne d’une professeur d’université et la poésie ainsi prononcée résonne longtemps entre les murs de l’Opéra Grand Avignon.
Crédits photographiques : © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon
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