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Mäkelä soigne sa rentrée avec l’Orchestre de Paris dans la Troisième de Mahler

, fidèle à sa soif de défis, ouvre sa dernière saison à la tête de l’ avec la cosmogonique Symphonie n°3 de Mahler. 

On avait déjà entendu Mäkelä à la Philharmonie dans la Troisième de Mahler, mais c’était avec l’Orchestre Philharmonique d’Oslo, en 2022. Le concert de ce soir permettait donc de comparer le chef à lui-même, et de suivre l’ dans cette œuvre à travers le temps, depuis Semyon Bychkov en 2023, Esa-Pekka Salonen en 2019, Paavo Järvi en 2016 (pour conclure son mandat), Christoph Eschenbach par deux fois en 2009 et déjà en 2004, alors dans l’inconfort du Théâtre Mogador.

Deux constatations s’imposent, Mäkelä est fidèle à lui-même dans cette œuvre qui lui convient bien, et l’augmentation du niveau de jeu de l’ est palpable au fil des deux décennies écoulées, permise aussi grâce à l’installation dans une salle philharmonique aux meilleurs standards internationaux.

La saison dernière, nous avions été déçus par l’approche extatique choisie par Mäkelä pour la sombre Symphonie n°8  de Bruckner avec le Concertgebouw. On retrouve ce soir cette même approche, ce chant, cet optimisme sous-jacent, cette énergie, mais l’effet en est cette fois des mieux venus. D’une part parce que cette symphonie est l’œuvre d’un jeune compositeur de 35 ans dans la force de l’âge et dans une dynamique de conquête du monde (comme Mäkelä, qui en a 29), il y a donc une belle adéquation entre les deux musiciens. D’autre part, parce que – et c’est un paradoxe pour cette œuvre démonstrative – Mäkelä a quelque peu restreint sa gestuelle. L’orchestre n’en répond pas moins à ses indications. L’effet général obtenu, malgré une instrumentation pléthorique est celle d’une grande clarté, sans saturation ni confusion. Less is more

Sur le plan instrumental, les chefs ont marqué leur empreinte. Bychkov en 2023 était lent jusqu’au bord de la rupture, Salonen en 2019 fut distancié au risque de la froideur, tandis que Järvi – plus analytique – récoltait en 2016 les fruits de son travail de fond entrepris depuis 2010 (hormis le cor de postillon à l’époque et jusqu’à ce soir, fort exposé dans le quatrième mouvement, a toujours des fragilités dans l’aigu), tandis qu’Eschenbach en 2004 était davantage cosmique. Mäkelä se situerait plutôt dans une approche Tableaux d’une exposition, où l’on déambule, expérimente divers états et sensations, jusqu’à l’apogée finale.

Dirigeant sans partition, Mäkelä tient son orchestre de main de maître dans l’immense premier mouvement « le Réveil de Pan ». Dès l’entame spectaculaire, les cuivres rayonnent dans une acoustique large et douce. Du brillant mais juste à point nommé, jamais de dureté, les alternances sans fin entre péroraisons, temps suspendu et accélérations collectives se vivent comme un voyage captivant jusqu’au lumineux climax final.

Le Tempo di Minuetto  » « Ce que me content les fleurs », après 40 minutes de tension sans relâche, apporte une légèreté bienvenue mais traîtresse, car des plus difficiles à négocier :  il faut redoubler de concentration sans que cela soit payant auprès du public. La finesse, l’insaisissabilité, la légèreté impalpable, autant d’objectifs et de défis qui n’auront pas été pleinement surmontés ce soir. Le troisième mouvement, plus terrien (il évoque le règne animal), permet à l’orchestre et au chef de retrouver leurs repères et d’être solides, à défaut d’être toujours passionnants.

Pleine réussite en revanche pour le très attendu quatrième mouvement et son chant O Mensch pour voix d’alto, extrait de Zarathoustra de Nietzche. L’alto est aussi envoûtante qu’elle peut l’être en Erda, les vers du poème irradient par sa voix chaude et filée à la fois, sans rien de wagnérien. L’alchimie avec le solo de Sarah Nemtanu atteint le magique. Le cinquième mouvement faisant entrer le triple chœur de femmes, de jeunes et d’enfants est remarquablement négocié, joyeux et frais sans être acide, on est dans la lumière. Et comme le bonheur, c’est un moment qui passe trop vite.

Reste le grand Adagio conclusif, qui, s’il contient ses moments sombres et angoissants, comme une anticipation du précipice dans laquelle l’Europe sombrera quatre décennies plus tard, n’est pas tragique. Ce mouvement est bien davantage une prière collective qu’un recueillement, et c’est là où le public qui se tient debout au parterre (particularité des concerts des Prem’s) peut apporter une intensité particulière, car ne prie-t-on pas debout lors des offices religieux ? Mäkelä, peut-être porté par cette tension de l’audience compacte et debout, sait trouver le bon équilibre entre lyrisme et concentration du son, foncier optimisme en l’avenir tempéré de spasmes d’inquiétudes.

Comme trop souvent dans ce final le public se prive lui-même, par son enthousiasme, de la résonance des derniers accords qui vont jusqu’aux étoiles. Mais on n’a pas tant de raisons que cela de se réjouir ces temps-ci, alors goûtons sans remords cette soirée de rentrée harmonieuse entre un jeune chef et son orchestre, un jeune compositeur et son œuvre, un tout en osmose avec leur public.

Lire aussi : nos autres comptes-rendus des Prem’s

Crédit photographique : © ResMusica

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