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Aux Prem’s, Santtu-Matias Rouvali et le Royal Concertgebouw Orchestra

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Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. 3-IX-2026. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n° 5 en mi bémol majeur dit « Empereur » ; Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Symphonie n° 5 en si bémol majeur op. 100. Vikingur Olafsson, piano. Royal Concertgebouw Orchestra, direction : Santtu-Matias Rouvali

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Dans le cadre d’une tournée initiée en août dernier au Festival de Lucerne, l’Orchestre du Royal Concertgebouw d’Amsterdam conduit par fait une halte à la Philharmonie de Paris le temps d’un concert qui apparie « l’Empereur » de Beethoven avec le pianiste Vikingur Olafsson en soliste et la Symphonie n° 5 de .

 

Un programme somme tout assez classique, centré sur le thème de la résilience, avec la guerre qui résonne en filigrane : guerre napoléonienne (1809) puis Seconde Guerre mondiale (1944). Comme à Lucerne ou à Paris face au « Philhar », y confirme sa place incontournable dans la hiérarchie des chefs actuels de l’école finlandaise, d’où sa présence, aujourd’hui, à la tête du Concertgebouw qui ne résulte pas d’une rencontre fortuite, mais bien d’un long compagnonnage remontant à des débuts remarqués en 2020, à l’origine d’une complicité apparaissant comme une évidence dès les premières notes du Concerto n° 5 dit « Empereur » de Beethoven. Empereur par ses dimensions mais également par son caractère martial et héroïque, l’ultime concerto pour piano du Maitre de Bonn, ouvre la voie au grand concerto pour piano qui conduira à Liszt et Brahms. Vikingur Olafsson en livre une interprétation joliment léchée, d’une apollinienne beauté, rivalisant de sage exubérance avec l’orchestre, dans un équilibre constant tout du long des trois mouvements. L’Allegro initial, déjà remarquable par ses dimensions, s’ouvre sur une succession surprenante de courtes cadences brillantes, bientôt suivies d’une véritable joute complice entre le soliste et un orchestre superlatif, où l’on peut admirer, tout à la fois, la variété du jeu, la pureté de la sonorité et la faconde virtuose du pianiste, ainsi que la direction élégante, claire et précise de . L’Adagio suivant est un moment de repos suspendu, habité par le legato des cordes et un splendide duo entre basson et piano, avant que le Rondo final ne renoue avec la virtuosité pianistique sous le feu des trompettes et des percussions. Plusieurs bis empruntés à Bach, très inspirés, concluent cette première partie.

La Symphonie n° 5 de occupe la seconde partie. Symphonie de guerre composée en 1944, intensément patriotique avec des accents guerriers qui marquent la victoire sur l’Allemagne, elle valut à son auteur l’obtention du Prix Staline. Elle se décline en quatre mouvements dont Santtu-Matias Rouvali livre une lecture puissante sans concession, extravertie, presque expressionniste qui force volontiers le trait en durcissant les climats, mettant en avant tous les pupitres de la prestigieuse phalange amstellodamoise. Après une entame un peu confuse, l’Andante initial, dramatique et tendu, se charge d’une pesanteur presque douloureuse menée par les cuivres et les percussions, sur un phrasé chaotique habité de nombreux contrechants (trompette). L’Allegro marcato est un scherzo figurant une marche inexorable et écrasante portée par la direction millimétrée de Rouvali, qui sollicite avec vigueur tous les pupitres (cordes, cuivres, percussions) scandée tout du long par l’ostinato des basses, interrompue en son mitan, dans un saisissant contraste, par un trio lyrique où se distinguent tout particulièrement le pupitre d’altos. L’Adagio, sorte de marche funèbre imprégnée d’un dramatisme douloureux se développe dans les sonorités graves, dessinant un champ de ruines d’où émergent le basson et le trombone. Allegro giocoso final, mordant sous ses dehors festifs (flute), tout de gaité contenue, conduit à une coda cataclysmique superbement amenée par Santtu-Matis Rouvali dont on admire la maestria dans sa façon de faire monter progressivement la tension par sa gestuelle souple et une main gauche étonnamment expressive. Ovationné par le public comme par ses musiciens, le chef offre en bis une bouleversante Valse triste de Sibelius.

Crédit photographique : © Eduardus Lee

 

 

 

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