Décès du compositeur et pianiste François Rossé
Compositeur, pédagogue, pianiste et improvisateur hors norme, François Rossé s’est éteint ce samedi 4 septembre à l’âge de 80 ans, laissant derrière lui une œuvre à son image, généreuse, aventureuse, protéiforme, inclassable. Il aura traversé le paysage de la musique contemporaine en électron libre, refusant les frontières entre les genres et les pratiques, navigant entre l’écrit et l’improvisé, le savant et le populaire, avec une égale aisance et un même appétit.
Né en 1945 à Strasbourg, il se forme au Conservatoire de Paris auprès d’Olivier Messiaen, Betsy Jolas, Ivo Malec et Paul Mefano, ajoutant à cet enseignement académique mille autres expériences : le jazz, les musiques traditionnelles, la poésie, le théâtre, l’électroacoustique, et, avant tout, le geste improvisé. Cette curiosité sans limite est au cœur de son identité : un musicien nomade et à l’écoute du monde pour qui l’improvisation, qu’il pratique au piano et avec d’autres musiciens (B. Achiary, C. Rizzo, D. Kientzy, B. Lubat, S. Kassap) est une manière de penser la composition.
François Rossé, l’irréductible liberté
Son catalogue est considérable (quelque 700 opus répertoriés !), accordant une place privilégiée aux instruments à vent, au saxophone, notamment, qui le lie à son éminent représentant Jean-Marie Londeix. Des œuvres pour orchestre symphonique ou d’harmonie, des pièces pour ensemble (Musique Nouvelle, Proxima Centauri, L’Itinéraire, l’Ensemble Aleph, les Percussions de Strasbourg, etc.) côtoient des musiques de scène, des musiques mixant oralité et écriture, des musiques spatialisées ou spécifiques tel O yelp, une sorte de concerto grosso pour camions de pompiers et trois saxophonistes, des chansons de cabaret, etc. Citons encore Wild strings (« Cordes sauvages »), une pièce inventive et pleine de fantaisie écrite pour le Trio polycordes, qui forge un son original et suscite les courbures de la danse et la voix des interprètes. Rossé ne cherchait pas à imposer un langage singulier. Il préférait l’instabilité, le télescopage, la surprise.
Professeur d’analyse musicale et pédagogue passionné – très actif dans les centres de formation CEFEDEM – il aura transmis ce même élan de liberté, invitant les jeunes musiciens à écouter au-delà des catégories esthétiques et des voies institutionnelles. Son œuvre restera comme un vaste laboratoire de sons, de gestes et de rencontres, une musique qui ne demande pas seulement à être comprise mais aussi goûtée, vécue, traversée. (MT)












