Concert inaugural de Philopéra au Palais Garnier
Le premier concert de la nouvelle association Philopéra, composée de musiciens de l’Opéra de Paris, était donné dans le somptueux décor du Palais Garnier sous la direction brillante de Daniel Harding.

Il y avait foule dimanche soir sous les ors du Palais Garnier pour le premier concert de l’association Philopéra, donné à guichets fermés. Les musiciens de l’orchestre de l’Opéra national ont en effet décidé de lancer cette association indépendante, auto-gérée qui choisit son répertoire et ses chefs, et dont l’objectif est de donner des concerts symphoniques en capitalisant sur l’excellence technique de leur formation réputée dans le milieu des musiciens professionnels pour l’exigence de ses concours de recrutement. L’idée est bien de reproduire ce qui a si bien réussi à la Scala de Milan, à l’Opéra de Bavière et surtout, bien sûr, à l’Opéra de Vienne puisque c’est ainsi que sont nés les Wiener Philharmoniker, empereur des orchestres du monde entier (le récit de cette naissance a été superbement relaté par Christian Merlin ; lire notre article : « Enfin l’ouvrage de référence en français sur le Philharmonique de Vienne ».
Pour ce concert inaugural, l’orchestre a choisi d’être dirigé par Daniel Harding, dont on connaît les affinités avec les ensembles français et dont la maturité musicale a été souvent saluée ces dernières saisons. Le programme très viennois associe la Symphonie n°3 de Schubert à la Première de Mahler, toutes deux en Ré majeur. Brillante, mettant en valeur les remarquables bois de l’orchestre en particulier, la direction de Harding apparaît cependant assez crispée dans la première partie, ce que souligne un allegretto pris trop vite et sans la moindre once d’abandon, alors qu’il s’agit d’un des mouvements les plus délicieux de la musique symphonique de Schubert.

Mais le plat de résistance, c’est bien évidemment la Symphonie « Titan de Mahler. Si Harding semble se complaire dans un statisme hédoniste dans le premier mouvement, où l’on admire néanmoins la qualité des pupitres de l’orchestre, il se ressaisit dans un scherzo qui claque au vent rappelant le sous-titre que Mahler avait initialement prévu (« à pleines voiles »), puis dans la géniale et savoureuse marche funèbre sur « frère Jacques » avec ses accents de musique Klezmer. Quant au tumultueux final, il permet à Daniel Harding de se délecter des effets de timbres que sa somptueuse phalange met à sa disposition (suavité des violoncelles, raucité des altos) mais aussi des effets visuels (les cors qui se lèvent suivant une certaine tradition pour la péroraison) ; dommage que l’acoustique du Palais Garnier lorsque l’orchestre est installé sur scène conduise à éloigner (du moins pour les spectateurs au parterre) les cuivres et les percussions et à minimiser leur impact sonore.
Au demeurant, ce premier concert salué par un tonnerre d’applaudissements impressionne et laisse augurer le meilleur pour Philopéra. Reste à savoir comment les concerts de l’association vont s’organiser avec ceux de l’orchestre de l’opéra en tant que tel dont on sait qu’ils doivent se multiplier pendant les travaux des deux salles. Nul doute que Semyon Bychkov, nouveau chef titulaire, présent lors de cette soirée, saura veiller à une articulation harmonieuse et complémentaire entre les deux cycles.
Le concert sera diffusé sur Medici.tv et sur Radio Classique le samedi 26 septembre à 20h ainsi que sur Mezzo Live le samedi 3 octobre à 21h.
Crédits photographiques © Melkon Ajamian
Lire aussi :

















