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Rheingold triomphal par Yannick Nézet-Séguin à Baden-Baden

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Baden Baden, Festspielhaus, 30-IV-2022. Richard Wagner (1813-1883) : « Das Rheingold », prologue en 4 tableaux à « Der Ring des Nibelungen ». Michael Volle, baryton (Wotan), Gerhard Siegel, ténor (Loge),Samuel Youn, baryton-basse (Alberich), Thomas Ebenstein, ténor (Mime), Wiebke Lehmkuhl, mezzo-soprano (Erda), Stephen Milling, basse (Fasolt), Mikhail Petrenko, basse (Fafner), Jamie Barton, mezzo-soprano (Fricka), Issachah Savage, ténor (Froh),Thomas Lehman, baryton-basse (Donner), Christiane Karg, soprano (Freia), Erika Baikoff, soprano (Woglinde), Iris van Wijnen, mezzo-soprano (Wellgunde), Maria Barakova, mezzo-soprano (Flosshilde), Orchestre Philarmonique de Rotterdam, direction : Yannick Nézet-Séguin

Après Paris, Rotterdam et Dortmund, termine à Baden-Baden une tournée européenne triomphale, qui porte aux sommets un Rheingold incandescent, avec son et un plateau de chanteurs d’une qualité rare.

 

Donner l’Or du Rhin de Wagner en version de concert résout de nombreux problèmes. Cela évite une mise en scène qui a toujours beaucoup de mal à suivre les indications scéniques irréalisables de l’auteur, ou qui propose des lectures déviantes dont le public est lassé. Cela permet encore aux chanteurs de bien projeter leurs voix dans l’espace de la salle sans être trop gênés par le jeu de scène. Mais surtout, cela permet de placer l’orchestre sur la scène et non pas dans la fosse, et de lui donner la prééminence sonore. A lui alors de créer le décorum, les lumières, de faire progresser le drame, et ce soir-là, nous sommes comblés. C’est dans une merveilleuse symphonie lyrique et mythologique que nous entraine, avec une énergie jubilatoire et une transparence musicale étonnantes. Le Rotterdams Philharmonisch Orkest joue avec une précision et une cohésion remarquable. Les masses imposantes des différents pupitres, finement architecturées par leur chef, sont parfaitement équilibrées, ce qui donne une lisibilité maximale au tissu des leitmotiv, et les transitions sont négociées avec un fondu admirable, presque cinématographique. Comme le chant des naïades émerge d’un remous du fleuve… Comme l’éclat de l’or surgit de l’aube humide… Comme l’arc-en-ciel jaillit après l’averse…toute la fresque climatique et élémentale resplendit de vie et de poésie dans une continuité narrative où jamais la tension ne retombe. L’opéra progresse avec ses alternances de crispations et de détentes, mais l’arc tendu dans le temps et dans l’espace, depuis l’aurore de la nuit des temps jusqu’au crépuscule, et depuis les profondeurs de la terre jusqu’aux nues, est d’une beauté prodigieuse. La puissance visionnaire de Richard Wagner est rendue avec une justesse peu commune, grâce à l’évidente complicité entre le chef et l’orchestre, (dont il a été le directeur pendant dix ans) et l’enthousiasme contagieux d’un charismatique.

Si le chef et l’orchestre sont au plus haut niveau, le casting des chanteurs l’est aussi, et d’une grande homogénéité jusque dans les plus petits rôles. Programmer dans Freia, c’est plus que du luxe ! Cette grande dame incarne une déesse modeste, fascinante dans son hiératisme et vibrante de féminité. dans Donner et dans Froh rendent justice aux phrases magnifiques qui leur reviennent. Les trois filles du Rhin, elles aussi d’une grande cohésion, éclaboussent la salle de leur joie et de leur humour. , et encore davantage , sont des géants très impressionnants, émouvants au-delà de leur brutalité primale. Le mime de est impeccable de veulerie. est un Albérich incroyable : il arrive à concilier un chant très maitrisé avec une puissance sonore et une densité de haine dans chaque mot qui donnent le frisson. Ses menaces, ses imprécations et malédictions sont glaçantes, et marquent au fer rouge les étapes de l’histoire comme les tympans du public. Gerhard Siegel dans Loge parvient lui aussi à chanter vraiment, et même avec grâce (superbe récit Immer ist Undank ) tout en portant au maximum la théâtralité de son rôle. Le couple des dieux dominants est incarné par Jamie Barton, Fricka digne et énergique, et par . Habitué de Bayreuth et des plus grandes scènes, il propose un Wotan torturé, très lucide, toujours grand et majestueux malgré quelques signes de fatigue en fin de soirée. Mais le plus beau moment de chant est sans conteste l’apparition de en Erda. La voix est opulente, veloutée, le phrasé superbe, et sa caractérisation – plus nocturne que tellurique – ressuscite un court instant magique les plus grandes Brangaene d’avant-guerre.

Subjugué par tant de splendeurs, le public ne se pas trompe pas sur le caractère exceptionnel de la soirée, et fait un triomphe à tous les protagonistes, avec standing ovation pour l’orchestre et son chef. Soirée exceptionnelle, ou… d’anthologie ? En tout cas, dans un monde idéal, une gravure au disque s’imposerait pour en fixer la mémoire. Et pourquoi ne pas rêver d’un Ring entier ?

Crédit photographique : © Andrea Kremper 

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Baden Baden, Festspielhaus, 30-IV-2022. Richard Wagner (1813-1883) : « Das Rheingold », prologue en 4 tableaux à « Der Ring des Nibelungen ». Michael Volle, baryton (Wotan), Gerhard Siegel, ténor (Loge),Samuel Youn, baryton-basse (Alberich), Thomas Ebenstein, ténor (Mime), Wiebke Lehmkuhl, mezzo-soprano (Erda), Stephen Milling, basse (Fasolt), Mikhail Petrenko, basse (Fafner), Jamie Barton, mezzo-soprano (Fricka), Issachah Savage, ténor (Froh),Thomas Lehman, baryton-basse (Donner), Christiane Karg, soprano (Freia), Erika Baikoff, soprano (Woglinde), Iris van Wijnen, mezzo-soprano (Wellgunde), Maria Barakova, mezzo-soprano (Flosshilde), Orchestre Philarmonique de Rotterdam, direction : Yannick Nézet-Séguin

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