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Lise de la Salle et Florentine Mulsant : symbiose musicale

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. 10-IX-2004. Festival des nouveaux solistes aux Serres d’Auteuil. Jean-Sébastien Bach : Fantaisie chromatique et Fugue BWV 903. Bach/Busoni : Choral Je t’invoque Seigneur BWV 639. Bach/Liszt : Prélude et Fugue en la mineur BWV 543. Bach/Busoni : Choral Que le Sauveur des païens vienne maintenant BWV 659. Florentine Mulsant (1962) : Passacaille op. 29 (2004) en création mondiale. Franz Liszt : Saint François de Paule marchant sur les flots ; Mephisto-Valse. Lise de la Salle

Festival des Serres d’Auteuil

Pour ce septième concert donné dans le cadre du festival Les nouveaux solistes aux Serres d’Auteuil il ne fallait pas moins que la verte fraîcheur du cadre pour faire oublier un instant la chaleur pesante de cette dixième journée d’un mois de septembre inattendu. Une rencontre avec dans un récital des plus prometteurs allait renforcer ce sentiment de bien être retrouvé.

La pianiste française fait partie de cette catégorie de virtuoses précoces qui du haut de leur seize années d’existence savent non seulement accumuler les Premiers Prix ( vient de remporter le Premier Prix du Young Concert Artists International Auditions à New York – janvier 2004) mais aussi enflammer les récitals avec une facilité presque « déconcertante ». Quand de surcroit l’acoustique de la salle est quasi parfaite et que le programme est aussi riche que cohérent tout est mis en œuvre pour l’épanouissement d’un grand spectacle musical. N’oublions pas non plus la nouveauté avec cette dernière touche en forme de création mondiale que nous offre l’artiste avec cette Passacaille op. 29 commandée à .

La compositrice française est née en 1962 en Afrique et en a gardé le souvenir de la beauté des paysages et la rudesse des climats. Sa biographie nous apprend que son style musical se trouve à la rencontre de deux influences caractéristiques : d’une part l’héritage post-sériel qui a influencé l’école européenne des années 50, et d’autre part la redécouverte de l’expressionnisme musical. Mais elle est surtout une femme de son temps, intelligente et déterminée, travaillant sans relâche pour exprimer son Art sans sacrifier une vie de famille riche et nécessaire à un épanouissement total. C’est pourquoi la couleur bleue qui lui est si chère et exprimant cet horizon fuyant entre ciel et mer – Symphonie souvenir inaltérable du retour – lui va à merveille mais explique aussi cette soif d’évasion, de découverte puis de « volonté créative ». Son amour pour la musique de Bach est une base, un promontoire idéal pour fixer un horizon et s’élancer vers un avenir aussi brillant que réfléchi.

Il ne fallait donc pas mieux que ce début de programme où Lise de la Salle nous donnait les premières mesures de la Fantaisie chromatique et Fugue BWV 903 puis quelques transcriptions par Busoni et Liszt d’œuvres du « Cantor de Leipzig » – transition idéale vers un autre style – pour découvrir enfin la Passacaille op. 29. Nul n’est besoin de revenir sur la qualité d’interprétation tant l’artiste est à l’aise et rassure un auditoire déjà conquis. La Passacaille est composée en un mouvement d’une durée approximative de 8’30’’. Le thème s’appuie sur les lettres du prénom et du nom de l’artiste comme il a été souvent le cas dans la composition – Bach s’était lui-même auto dédicacé. Mais ici, la symbiose entre le créateur et l’artiste est parfaite ! Ces deux personnalités fortes ont su s’accorder et donner au public une expression synthétique de ce qu’il fallait retenir. Si l’on efface temporairement le thème, l’essentiel semble résider sur un appel à l’existence pure. En cela, ces Femmes rejoignent, par exemple, la lignée d’un Dusapin et s’accordent avec le temps pour oublier un instant leur condition. C’est comme cela que le musique doit exister et nous les remercions ! La Passacaille de résonne alors comme un Chef-d’œuvre de notre temps.

En dernière partie de programme, Lise de la Salle nous offre une prestation que Liszt aurait certainement aimé donner à notre époque tant la maîtrise de l’artiste allie à la jeunesse une puissance et une maîtrise technique sans failles. Le public conquis applaudit copieusement « la génie » et la rappelle pour une dernière offrande. C’est avec la Toccata en ut majeur opus 11 de Prokoviev que l’artiste choisit de conclure comme si cela était tout bonnement « naturel ». Lise de la Salle est assurément déjà une grande artiste et sait avec son jeune âge assurer le spectacle et proposer un programme complet. La prodige a déjà enregistré un disque Rachmaninov/Ravel sublime chez Naïve à l’âge de 14 ans et promet un avenir radieux aux rayons « classique » des meilleurs distributeurs.

La compositrice est quant à elle de plus en plus sollicitée par les programmateurs mais aussi par les plus grands artistes. Elle vient non seulement de créer un quatuor à cordes d’une très grande qualité à l’occasion de son passage dans l’émission Alla Breve sur France Musiques (la chaîne nationale ne s’attendait certainement pas à autant d’implication) mais aussi une Sonate pour violoncelle créée par le sept mars 2004 en Bourgogne.

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