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Un deuxième album monographique pour Aurélien Dumont avec l’ensemble Linea

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Aurélien Dumont (né en 1980) : Start the dance ! pour flûte et trio à cordes ; Berceuse et des poussières, pour clarinette/clarinette basse, piano, trio à cordes et sons fixés ; 7 Vallées pour flûte (ut, alto et basse), clarinette/clarinette basse, percussions, harpe et électronique ; Fiocchi di silenzio pour flûte alto, clarinette basse, violon et violoncelle ; Sérieux gravats pour flûte alto, clarinette/clarinette basse, trombone, alto, piano et percussions. Ensemble Linea, direction : Jean-Philippe Wurtz. 1 CD Odradek. Enregistré au Palais de la musique et des congrès à Strasbourg en septembre 2016. Notice bilingue (français/anglais). Durée : 49:00

 

StillneStillness, le deuxième album monographique du compositeur , scelle une collaboration fructueuse avec l’ensemble strasbourgeois Linea que dirige . Les cinq pièces pour ensemble ici réunies affinent le portrait de ce musicien singulier, actuellement pensionnaire à la Villa Medicis.

En ouverture festive, Start the dance (2009), la pièce la plus ancienne de ce catalogue, éclaire d’emblée la connivence ludique qu’entretient avec l’histoire. Écrite pour flûte et trio à cordes, cette miniature aussi malicieuse qu’astringente est une sorte de rondeau à la française avec petite reprise, qui nous fait imaginer sans la voir la chorégraphie de gestes qui la génère : ça percute, souffle et frotte au sein de la pièce, où chaque couplet vient perturber la mécanique inexorable du refrain. Les boucles rythmiques fonctionnent également dans Berceuse et des poussières (2012), mais de manière plus diffuse et intermittente. Le chant de gorge des musiciens impulsant le jeu instrumental évoque les joutes vocales des Inuits. Il y a une manière rude et brute de traiter la matière chez Dumont, lorsque les interprètes écrasent les cordes, tapent, grattent et slapent sur leurs instruments. Manière démentie d’ailleurs par cette dernière séquence scintillante et réverbérante faisant appel aux sons fixés, qui dérouterait l’auditeur s’il n’y reconnaissait en filigrane l’élément mélodique – objet trouvé et décontextualisé – qui fibre la trajectoire de l’œuvre.

7 vallées est une sorte de travelling sonore où se dessine à mesure le paysage. Les cinq premières minutes pourraient s’entendre comme une pièce acousmatique (transmise par les seuls haut-parleurs) tant la figure instrumentale se rapporte au fond électronique dans un espace-temps fusionnel. Les éléments flottent sur une onde silencieuse qui maintient sa trace tout du long. Les séquences plus animées, et autres ingénieries rythmiques, n’auront pas le dessus. Extatique, la dernière image (au sens debussyste du terme) laisse résonner les percussions d’un rituel lointain. Aurélien Dumont se fait « peintre de ruines sonores » dans Fiocchi di silenzio (Noeuds de silence), la seconde miniature de l’album où l’objet trouvé, le motet O magnum mysterium de , est altéré, filtré, tremblé, menaçant de s’effacer dans le néant. Il rejoint la catégorie des OEM (Objets Esthétiquement Modifiés) qu’a élaborée et théorisée le compositeur.

Des ruines aux gravats, des poussières aux miettes, l’idée de déconstruction – ou de reconstruction, comme dans son opéra Chantier Woyzeck – est à l’œuvre dans les titres et la pensée de Dumont. Sérieux gravats (2010) est le deuxième volet du cycle Nara que l’on peut rattacher aux « œuvres japonaises » du compositeur. Il instaure le temps du rituel au sein d’une cérémonie imaginaire reconstituée à partir d’une somme d’éléments disparate qui ménagent les contrastes (ces trompes bruyantes du Shomyo) et les retours agissant comme des signaux (marqueurs rythmiques, litanies de la flûte, traits de lumière du piano, alto microtonal) assurant la cohérence du tout. Le travail très fin sur les modes d’émission (chant dans l’instrument, sons éoliens, slaps, flautando et tapping sur l’alto, etc.) ainsi que les alliages de timbres insolites participent de la beauté et de l’envoûtement d’une des pièces les plus attachantes du compositeur. Saluons les merveilleux musiciens de l’ et leur chef , interprètes complices d’une pensée chercheuse et d’un imaginaire sonore dont ils révèlent la poétique autant que le mystère.

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Aurélien Dumont (né en 1980) : Start the dance ! pour flûte et trio à cordes ; Berceuse et des poussières, pour clarinette/clarinette basse, piano, trio à cordes et sons fixés ; 7 Vallées pour flûte (ut, alto et basse), clarinette/clarinette basse, percussions, harpe et électronique ; Fiocchi di silenzio pour flûte alto, clarinette basse, violon et violoncelle ; Sérieux gravats pour flûte alto, clarinette/clarinette basse, trombone, alto, piano et percussions. Ensemble Linea, direction : Jean-Philippe Wurtz. 1 CD Odradek. Enregistré au Palais de la musique et des congrès à Strasbourg en septembre 2016. Notice bilingue (français/anglais). Durée : 49:00

 
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