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La Staatskapelle de Dresde et Daniele Gatti pour deux soirs à Paris

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Paris. Philharmonie ; Grande Salle Pierre Boulez. 29 & 30-V-2026.
Le 29 : Richard Wagner (1813-1883) : Die Meistersinger von Nürnberg ; Ouverture. Tristan und Isolde ; Prélude & Mort d’Isolde. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Concerto pour violoncelle n°1 en la mineur, opus 33. Gautier Capuçon, violoncelle. Claude Debussy (1862-1918) : La Mer, trois esquisses symphoniques pour orchestre, CD 111.
Le 30 : Giuseppe Verdi (1813-1901) : Messa da Requiem. Avec : Eleonora Buratto, soprano ; Elīna Garanča, mezzo-soprano ; Benjamin Bernheim, ténor ; Riccardo Zanellato, basse. Chœur de l’Orchestre de Paris (Chef de Chœur : Richard Wilberforce). Sächsische Staatskapelle Dresden, direction musicale : Daniele Gatti

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Au centre d'une tournée européenne, et l'Orchestre de la ont passé deux soirs par la Philharmonie de Paris, où le chef italien a pu reprendre en confiance ses compositeurs favoris, dont Verdi avec un Requiem de grande maîtrise lors du second concert.

Maintenant en possession de la Sächsische Staatskapelle Dresden, en profite pour revenir parfois à Paris en tournée, mais à la Philharmonie, plutôt qu'au Théâtre des Champs-Élysées où la formation ne s'était jamais vraiment habituée à l'acoustique.

Pour deux soirs, le chef milanais dirige à Paris deux programmes déjà donnés en intermittence à Barcelone, Madrid ou Vienne, avant de les reprendre à Francfort, Hambourg puis Prague où s'achèvera la tournée le 4 juin, avec juste pour légère différence ailleurs des extraits de Parsifal plutôt que de Tristan. Et dans cette fin de saison, il ne prend aucun risque en ne programmant que des œuvres qu'il connaît parfaitement, toutes déjà entendues auparavant sous sa direction avec d'autres formations ou même avec la Staatskapelle, à commencer par celles de ses compositeurs favoris, Wagner, Debussy ou bien sûr Verdi.

Le premier soir, , tout droit sorti des studios de retouche où l'on a peaufiné sa statue de cire pour le Musée Grévin, entre en chair et en os sur la scène de la Grande Salle Pierre Boulez pour s'atteler à l'un des concertos pour violoncelle qu'il connaît le mieux, le n°1 de Saint-Saëns. Pour rappel, alors qu'il n'était pas encore nommé directeur musical, Gatti avait déjà programmé cette œuvre à Dresde, alors avec Sol Gabetta, elle aussi munie d'un magnifique violoncelle Gofriller (de 1730, contre 1701 pour celui de Capuçon). Tout en étant différente de celle de Gabetta, l'approche de est cependant elle aussi plutôt douce, basée avant tout sur le lyrisme, Gatti n'essayant même plus de trouver dans la partition française les wagnérismes qu'il y cherchait encore en 2019. Pour accompagner le soliste, le chef laisse son orchestre relativement libre et profite avant tout de sa grande luminosité dans les bois et de sa transparence dans les violons pour servir la partition française. En « encore », le violoncelliste offre la pièce inscrite dans le programme d'une des soirées de Vienne : un arrangement par Jérôme Ducros du célèbre « Duo des Fleurs » de Lakmé, avec lequel le musicien s'intègre au milieu de ses confrères dresdois afin d'échanger avec eux les thèmes portés normalement par l'héroïne et sa servante Mallika.

Juste avant, ouvrait le concert avec le Prélude de l'Acte I des Maîtres Chanteurs de Wagner, étendu et très contrôlé, mais interprété avec moins de densité que lorsqu'il introduisait l'opéra intégral à Salzbourg en 2013 ou en 2017 à la Scala. Il est aujourd'hui dans une approche plus similaire à celle de sa récente prestation à Bayreuth l'été dernier. En seconde partie, le Prélude de Tristan et la Mort d'Isolde tirés de l'opéra composé juste avant par Wagner ressortent avec plus de lumière, grâce aussi au soin avec lequel le chef met en valeur tous les leitmotivs, portés par les timbres sublimes (cor anglais, cor solo) de l'orchestre. En début de première partie, La Mer de Debussy montre l'évolution de Gatti dans l'approche des partitions depuis une décennie. Car lui qui cherchait ici une formidable densité dix ans plus tôt dans l'œuvre avec les Berliner semble aujourd'hui surtout vouloir en surligner toutes les impressions, dans une clarté qui les rapproche de l'opéra Pelléas, mais au risque de perdre parfois la force du mouvement global.

Le lendemain, la Messa da Requiem de Verdi retrouve à Paris l'un de ses interprètes de prédilection. Certes, nous l'avons déjà entendue à plusieurs reprises par ce chef, notamment avec son ancienne formation, le National de France. Mais l'approche diffère en revanche totalement de celle du directeur musical précédent de Dresde, où l'on se rappelle que Thielemann, lorsqu'il avait dirigé la Staatskapelle dans l'œuvre à Salzbourg, à Pâques 2015, avait presque cherché à l'aborder comme le Deutsches Requiem de Brahms.

Pour son retour dans une œuvre qu'il connaît dans le moindre détail, Daniele Gatti – sans partition devant lui – semble diriger comme s'il avait un orchestre et un chœur italiens en face de lui. Pourtant, si aucun décalage ne sera entendu avec la formation chorale, ce n'est qu'en France que le Chœur de l'Orchestre de Paris accompagnent la formation orchestrale allemande, qui a commencé sa tournée avec l'Orfeó Català à Barcelone, puis le Singverein der Gesellschaft der Musikfreunde à Vienne et retrouvera le Sächsischer Staatsopernchor Dresden à l'Elbphilharmonie de Hambourg.

D'une grande complétude, l'interprétation trouve sa teneur globale dès les premiers instants de la première partie, en tous les cas à l'orchestre et au chœur, pour s'épancher dans la violence écrasante du Dies Irae et de ses reprises, puis se développer grâce aux trompettes magnifiquement spatialisées en hauteur à l'arrière scène lors du Tuba Mirum. Là encore les solistes de l'orchestre se montrent remarquables, notamment le basson solo, ou encore le cor, mais aussi le premier violon.

Le quatuor de solistes prend pour sa part un peu de temps à rentrer vraiment dans l'ouvrage. Identique pour toute la tournée, il associe des artistes de plusieurs origines, dont les deux sont italiens déjà avec le chef au TCE en 2022. Le ténor montre en introduction un appui particulier sur le texte, qu'il chante encore de manière un peu trop marquée à l'Ingemisco, pour se laisser plus aller surtout à partir de l'Offertorium. La mezzo reprend avec sa manière une œuvre qu'elle a gravé à Milan avec Barenboim (et Kaufmann), sans jamais chercher à prendre plus de place que la partition ne lui en laisse. On se laissera donc plus facilement porter par la basse Riccardo Zanellato, dont le timbre sans excès de gravité convient toutefois mieux au Lux aeterna qu'au Mors stupebit. En conclusion, le Libera me procure toute la lumière à la soprano , qui imprime sa marque par une remarquable diction de la première phrase de cette ultime partie, avant de s'intégrer parfaitement dans le chœur français, magnifique comme depuis le début de saison et toujours aussi bien préparé par le chef .

Crédits photographiques : © Clément Savel/Staatskapelle Dresden (le 29) ; ResMusica (le 30, saluts)

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Le 29 : Richard Wagner (1813-1883) : Die Meistersinger von Nürnberg ; Ouverture. Tristan und Isolde ; Prélude & Mort d’Isolde. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Concerto pour violoncelle n°1 en la mineur, opus 33. Gautier Capuçon, violoncelle. Claude Debussy (1862-1918) : La Mer, trois esquisses symphoniques pour orchestre, CD 111.
Le 30 : Giuseppe Verdi (1813-1901) : Messa da Requiem. Avec : Eleonora Buratto, soprano ; Elīna Garanča, mezzo-soprano ; Benjamin Bernheim, ténor ; Riccardo Zanellato, basse. Chœur de l’Orchestre de Paris (Chef de Chœur : Richard Wilberforce). Sächsische Staatskapelle Dresden, direction musicale : Daniele Gatti

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