Une version ludique de Didon et Énée par Les Surprises
Au Festival Radio-France Occitanie Montpellier, Purcell est associé à des textes de William Shakespeare pour un spectacle total imaginé par Pierre Lebon.

On ne compte plus les récentes versions scéniques de Didon et Énée. Le format court de cet opéra de poche et son admirable intensité dramatique se prêtent aisément à une mise en scène inventive voire iconoclaste, associant le théâtre et d’autres arts à la réalisation musicale. Dans la tradition des masks anglais, Les Surprises ont choisi de mêler musique, théâtre, danse et décors à machine pour faire du chef d’œuvre de Purcell un spectacle total et déjanté. C’est dans la lignée de ce qu’ils avaient réalisé avec l’opéra parodique Médée et Jason, découvert au festival de Montpellier en juillet 2023, que Louis-Noël Bestion de Camboulas s’est à nouveau associé au scénographe Pierre Lebon pour faire de Didon et Énée un spectacle réjouissant qui a tourné en France durant le premier semestre 2026 pour accoster ce soir à l’Opéra-Comédie. La musique de Purcell y alterne avec des textes parlés de Shakespeare, Virgile et Scarron. Toute la troupe est sur la scène, y compris l’orchestre, chacun étant tour à tour chanteur, comédien et danseur. Le décor, représentant un port antique avec son phare, met en avant l’omniprésence de la mer. Un plateau tournant fait apparaitre les instrumentistes autour du clavecin de Louis-Noël Bestion de Camboulas et transforme le décor à vue à un rythme soutenu, fidèle à la tradition des décors à machine.
La distribution vocale est exclusivement féminine, clin d’œil à la création londonienne de l’œuvre dans une école de jeunes filles. On peut s’étonner que Didon, incarnée par l’excellente mezzo-soprano Blandine de Sansal, semble déguisée en une sorte de sombre figure Amish, peu conforme avec l’idée qu’on se fait de la reine de Carthage. L’arrivée des trois sorcières sur fond de danse macabre est un grand moment, et Eugénie Lefebvre en Enchanteresse fait preuve d’une présence comique remarquable. L’Acte III s’ouvre sur une truculente scène de marins, où toute la troupe participe à la fête avec des chansons à boire du répertoire traditionnel anglais. Le décor s’est transformé sous nos yeux en navire, dont le mât accueille les acrobaties spectaculaires d’un matelot-danseur. Après le départ d’Énée pour Rome, la mort de Didon est l’acmé de la pièce et Blandine de Sansal s’y révèle poignante, au milieu de la scène plongée dans le noir. Il est à noter que les instrumentistes jouent quasi sans partition tout au long de l’œuvre, se prêtant avec beaucoup de naturel à tous les déplacements exigés par la mise en scène, jusqu’au continuo magistralement réalisé par Louis-Noël Bestion de Camboulas (qui continue à jouer de son clavecin monté sur roulettes pendant les déplacements) et Juliette Guignard qui joue imperturbablement sur sa basse de viole tenue en bandoulière. Malgré les très nombreux mouvements de scène, la musique n’est jamais prise en défaut et tout semble facile pour les chanteurs comme pour l’orchestre, qui transmettent le plaisir de jouer ensemble. Après l’émotion de la mort de Didon, un rappel final réunit toute la troupe pour une chanson de marins sous les applaudissements enthousiastes du public.

















