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Nicolas Bacri et Les Quatre Saisons de la vie

À emporter, CD, Musique symphonique

Nicolas Bacri (né en 1961) : Les Quatre Saisons. Avec : François Leleux, hautbois ; Valeriy Sokolov, violon ; Adrien La Marca, alto ; Sébastien Van Kuijk, violoncelle. Orchestre Victor Hugo Franche-Comté, direction : Jean-François Verdier. 1 CD Klarthe. Enregistré en février 2015 à l’Auditorium Jacques Kreisler du CRR de Besançon. Durée : 46’48.

 

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maxresdefaultComposées sur dix années, de 2000 à 2010, Les Quatre Saisons de défilent enfin ensemble sous la baguette enthousiaste de , dans cet album paru chez Klarthe Records.

Adoptant un des titres les plus attachants du répertoire, qui, de Vivaldi à Glass, en passant par Charpentier, Tchaïkovski, Haydn et Piazzola, active aussitôt la nostalgie du mélomane, Nicolas Bacri intrigue immanquablement. Le compositeur déjà très fêté d’un corpus alignant quasiment tous les genres musicaux, est de ceux que l’on pourrait qualifier de  « compositeur du milieu ». Entre Boulez et Glass, et révélé par une première manière issue de l ‘école de Darmstadt, a ensuite, comme bon nombre de ses contemporains, voulu, hors tout système, faire entendre le sien propre, où l’atonalisme peut s’intégrer à un discours qui s’autorise le retour à un classicisme exigeant et fort de multiples influences. Ainsi, dans ses Quatre Saisons, perce davantage la filiation à Dutilleux, Jolivet, voire au Honegger de la Deuxième Symphonie qu’au Maître de l’Ircam.

Si Vivaldi a composé les saisons descriptives que l’on sait, celles de Bacri cherchent plutôt à exprimer l’effet produit sur l’homme par les rythmes saisonniers, faisant de la lancinante alternance une parabole du parcours humain : « naissance, épanouissement, vieillissement, mort ». Est-ce ce trajet in fine tragique qui a inspiré à Bacri une musique virtuose, orchestrée avec science, mais comme perpétuellement voilée de deuil ? La vedette donnée du hautbois, (dialoguant au fil des saisons avec chaque soliste du quatuor: alto, violon, violoncelle ou avec les trois ensemble) ajoute à la prégnante mélancolie d’un parcours introduit par L’Hiver et conclu par L’Automne. Difficile, dans les simples parenthèses que semblent être les médians Printemps et Été, censés être davantage porteurs de lumière, de déceler autre chose que la prééminence de l’issue fatale. Dans cette optique apparaissent assez peu différenciés les quatre concertos, pourtant indiqués successivement tenebroso, amoroso, luminoso, nostalgico. L’exécution déstructure l’ordre de composition des morceaux (tous nés de propositions, de commandes). Ainsi, bien que né en premier, L’Automne se voit en charge de conclure. Quant à L’Été, composé en dernier, réunissant tous les instruments solistes, et que l’on aurait donc volontiers imaginé conclusif, il est pénultième. C’est un choix qui, tout en ne laissant pas s’interroger, peut s’avérer plausible pour les Quatre premières Saisons du XXIe siècle.

Le violon de Valeriy Sokolov, l’alto d’, le violoncelle de Sébastien Van Kujk rivalisent de musicalité tranquille avec le hautbois parfaitement serti de , premier initiateur de ces Quatre Saisons, données fragmentairement jusqu’alors mais voulues enfin réunies en février 2015 par Jean-François Verdier à la tête de l’Orchestre Victor-Hugo Franche-Comté. Si la prise de son sonne un peu mate dans les forte (accords conclusifs de L’Été), chef et orchestre, précis et concernés, parviennent à capter l’essence d’une œuvre qui exprime bien sûr aussi la mélancolie toute voltairienne du Monde comme il va.

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