Wozzeck par Tcherniakov : sanglant

À emporter, DVD, DVD Musique, Opéra

Alban Berg (1885-1935) : Wozzeck. Mise en scène et décors : Dmitri Tcherniakov ; costumes : Dmitri Tcherniakov et Elena Zaysteva ; lumières : Gleb Filshtinsky. Georg Nigl, Wozzeck ; Mardi Byers, Marie ; Maxim Paster, Hauptmann ; Piotr Migunov, Doktor ; Roman Muravitsky, Tambourmajor ; Roman Shulakov, Andres ; Xenia Vyaznikova, Margret ; Valery Gilmanov, Erster Arbeiter ; Kikolai Kazansky, Zweiter Arbeiter ; Leonid Vilensky, Der Narr ; Alexandre Nespovity, der Kinder. Chœur et orchestre du Bolchoï de Moscou (chef de chœur : Valery Borisov), direction : Teodor Currentzis. Réalisation : Andy Sommer. 1 DVD Bel Air Classiques BAC068. Enregistré au Bolchoï de Moscou en novembre 2010. Sous titres : anglais, allemand, français. Format image : NSTC 16/9. Format son : 5.1. 1h30’. Bonus : reportage sur la production de l’œuvre.

 

Quand s’en prend à Wozzeck, ça déménage ! Le propos en devient quasiment freudien, sur une société qui ment, qui se ment, feint de se connaitre tout en s’ignorant et finit par être d’une profonde hypocrisie. Wozzeck n’est plus soldat, c’est une petit cadre urbain, peut-être fonctionnaire, qui a du mal à joindre les deux bouts pour faire vivre sa famille et s’adonne à des jeux sado-masochistes avec deux bourgeois de la ville, surnommé « Capitaine et « Docteur ». Pour oublier, il boit. Wozzeck et Marie ne savent plus vivre ensemble, ne savent plus communiquer. Leur enfant est un gamin livré à lui-même qui passe son temps à jouer sur une playstation. Marie, lasse, va dans le bar du coin. Le « Tambour-major » la trouve, caricature du mafieux proxénète, proche du « Nouveau beauf » de nos confrères du « Canard enchaîné ». Wozzeck, de plus en plus atteint par le harcèlement psychologique du « Capitaine » et du « Docteur » et par la boisson, perd pied… Pour donner corps à son propos, Tcherniakov et son équipe usent du système des cases frontales, système usé jusqu’à la corde ( pour Angels in America, les Deschamps pour Moscou-Tcheriomouchki, …) mais toujours autant efficace. Le drame prend aux tripes, et on sort de ce Wozzeck encore plus bouleversé qu’on ne pouvait le prévoir.

Vocalement, la distribution du Bolchoï ne déçoit pas. comme forment un couple convaincant, très en voix, possédant l’âge, le physique et les capacités vocales des rôles. Et sont en plus de remarquables comédiens. Les autres chanteurs viennent de la troupe du Bolchoï : les voix sont impressionnantes, l’engagement physique constant, seule la prononciation de l’allemand est parfois exotique. N’oublions pas que Wozzeck est une véritable recréation, puisqu’il n’avait plus été donné in loco depuis 1927. Signalons Maxim Paster (Capitaine), ténor à l’aigu insolent, et la voix chaleureuse de Xenia Vyaznikova (Margret).

Il fallait bien trouver un défaut… et de taille ! le chef d’orchestre. L’orchestre du Bolchoï, peu habitué à l’écriture de Berg, trouve ses limites. Le son est souvent rude, voire sec, cela manque d’ampleur, mais les instrumentistes ne sont pas aidés par les gesticulations désordonnées de , qui réussit à destructurer une des œuvres les mieux construites du répertoire. Dans le bonus, ses propos sur l’œuvre sont indigents, découvrant que Wozzeck est une œuvre à l’écriture romantique, évidence qu’il est le seul à avoir perçu… Ce Wozzeck est à reprendre et à exporter, mais avec un chef connaissant ce répertoire.

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.