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A Bayreuth, le 150e anniversaire du Ring wagnérien généré par l’IA

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Festival de Bayreuth. Festspielhaus. 4-VIII-2026. Richard Wagner (1813-1883) : Or du Rhin (Rheingold) prologue de la Tétralogie des Nibelungen, opéra en un acte et quatre scènes, sur un livret du compositeur (1869). Concepteurs : Marcus Lobbes et Nils Corte. Dramaturgie : Andri Hardmeier. Costumes : Pia Maria Mackert. Avec : Michael Volle, Wotan ; Klaus Florian Vogt, Loge ; Anna Kisjudit, Fricka ; Evelin Novak, Freia ; Christa Mayer, Erda ; Alexander Grassauer, Donner ; Siyabonga Maqungo, Froh ; Jochen Schmeckenbecher, Alberich ; Gerhard Siegel, Mime ; Mika Fares, Fasolt ; Peter Rose, Fafner. Katharina Konradi, Woglinde ; Natalia Skrycka, Wellgunde ; Marie-Henriette Reinhold, Flossilde. Chœur et Orchestre du Festival de Bayreuth, direction : Christian Thielemann

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Avec ce nouveau « Ring 100101110 », cette édition du 150e anniversaire générée par l’IA déçoit à la hauteur de notre attente. 

La numérotation binaire (150 en base 2) de cette nouvelle production de la Tétralogie 2026 au Festival de Bayreuth donne d’emblée le ton d’une édition « pas comme les autres », résolument innovante, changeante et évolutive puisque pilotée par l’Intelligence artificielle, et pensée comme une rétrospective des différentes productions antérieures et de leur réception. Pour la première fois la Tétralogie ne sera pas mise en scène par un humain, mais par la scène elle-même par le biais de l’IA sous la houlette de Marcus Lobbes, créateur du projet. Dans une scénographie évolutive, « les chanteurs (tous wagnériens confirmés réunis dans un casting superlatif, sous la direction de ) se situeront au centre de la performance, dans une posture calme quasi sculpturale, devenant des points d’ancrage dans un cosmos bouillonnant de lumières, de textures, d’histoires et d’associations avec des projections qui s’animent, se meuvent et se fondent les unes dans les autres… » La scène y devient un laboratoire de perception qui nous défie en questionnant notre curiosité : un Ring de questions, pas de réponses…Voilà qui est alléchant, puisque semblant répondre à une des missions princeps du théâtre qui est de nous interroger sur notre époque par le biais d’une modernité sans cesse renouvelée. Mais quid du résultat ? Projet innovant ou fausse bonne idée ? La réponse nous sera donnée au terme des quatre représentations de L’Or du Rhin, de la Walkyrie, de Siegfried et du Crépuscule des Dieux.

L’Or du Rhin

Cela commence mal, un opéra sans mise en scène…Car malgré la qualité musicale, l‘univers visuel piloté en temps réel par l’IA qui génère en permanence un flux ininterrompu et aléatoire d’images, sans queue ni tête, devient rapidement envahissant.

Qu’est ce, en définitive, qu’un opéra sans mise en scène, sinon une version concertante, au demeurant très colorée et assez réussie au plan esthétique…Ce qui fait cruellement défaut à cette nouvelle production de l’Or du Rhin (et qui reste à craindre pour la suite, car inhérente à la méthodologie) est à l’évidence l’absence de ligne directrice dans la proposition scénique et dans la dramaturgie, réduisant de fait cette lecture à une version effectivement concertante quasi kaléidoscopique, assez fatigante pour les yeux et délétère pour l’écoute musicale mettant à mal la célèbre formule de Paul Claudel selon laquelle « l’œil écoute ». Point ici de synesthésie entre regard et son, mais un divorce consommé entre scénographie et musique, puisque le théâtre en est définitivement absent, sans aucune direction d’acteurs.

Dés l’élévation de l’accord de mi bémol majeur qui ouvre le prologue, on est rapidement assailli par une foultitude d’images de synthèse dont on cherche en vain, pendant longtemps, le lien qu’elles peuvent entretenir avec le livret. Peine perdue puisque cette progression se fait semble-t’il de façon aléatoire générée en temps réel par l’IA, soumise à la validation de Marcus Lobbes. Dans ce bric à brac visuel, on pourra toutefois apercevoir quelques images d’archives des productions précédentes, nombre d’images de synthèse plus ou moins floutées, de personnages ayant marqué l’histoire de la Colline verte, des gravures mythologiques anciennes, une tour Eiffel… et pourquoi pas un raton laveur, mais rien pouvant en aucune manière évoquer un quelconque sens… Les hideux costumes emplumés dus à Pia Maria Mackert, tous semblables, achèvent de caractériser cette malheureuse expérimentation opératique abondamment saluée par une véhémente bronca, comme rarement entendue, au moment des saluts.

Heureusement la musique (voix et orchestre) nous apporte ce que la mise en scène nous refuse obstinément et on est d’emblée profondément séduit par la direction magistrale de (probablement, musicalement parlant, un de ses plus beaux Ring de ces dernières années) face à un orchestre du festival tout de nuances, de cohésion, de réactivité et de performances solistiques remarquables. On reste bouche bée devant la transparence de la texture, devant la lisibilité et l’enchaînement subtil des différents leitmotivs (motif du renoncement à l’amour, motif de l’anneau, motif du Wallalla), devant la précision rythmique, l’équilibre et l’osmose avec les chanteurs ainsi que devant la variété d’un phrasé mêlant avec bonheur tendance symphonique et tendance descriptive (descente dans le Nibelheim). Les voix sont à l’avenant, irréprochables, dans une distribution de premier ordre ne comprenant que des chanteurs germanophones à la diction exemplaire. Honneur aux dames avec Anna Kisjudit qui campe une Fricka pétrie d’autorité, admirable, au mezzo ample, à la projection généreuse, développée sur un ambitus large ; qui incarne une Erda mystérieuse, au timbre abyssal et au vibrato bien contenu ; malgré la discrétion de ses interventions est une Freia bien chantante au soprano charmant plein de grâce et de fragilité. Chez les hommes, s’affirme actuellement comme le Wotan de référence, alliant autorité, puissance et souplesse, déjà largement reconnu à Berlin avec le même Thielemann dans la mise en scène de Tcherniakov ; très attendu en Loge, , au  timbre angélique et éthéré, si reconnaissable, ne convainc que partiellement, son timbre clair et lumineux ne semblant pas correspondre parfaitement à la ruse du personnage ; en revanche, Jochen Schmeckenbecher campe un Alberich sidérant de vérité, à l’instar du Mime de ; chez les Géants, Mika Fares (Fasolt) et (Fafner), menaçants à souhait, s’imposent tous deux par leur basse profonde aux timbres bien appariés ; (Donner) et Siyabonga Maqungo (Froh), ainsi que  les pimpantes et lumineuses Filles du Rhin (, Woglinde ; Natalia Skrycka, Wellgunde ; Marie-Henriette Reinhold, Flossilde) complètent avec brio cette superbe distribution.

Crédit photographique : © Enrico Nawrath

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Festival de Bayreuth. Festspielhaus. 4-VIII-2026. Richard Wagner (1813-1883) : Or du Rhin (Rheingold) prologue de la Tétralogie des Nibelungen, opéra en un acte et quatre scènes, sur un livret du compositeur (1869). Concepteurs : Marcus Lobbes et Nils Corte. Dramaturgie : Andri Hardmeier. Costumes : Pia Maria Mackert. Avec : Michael Volle, Wotan ; Klaus Florian Vogt, Loge ; Anna Kisjudit, Fricka ; Evelin Novak, Freia ; Christa Mayer, Erda ; Alexander Grassauer, Donner ; Siyabonga Maqungo, Froh ; Jochen Schmeckenbecher, Alberich ; Gerhard Siegel, Mime ; Mika Fares, Fasolt ; Peter Rose, Fafner. Katharina Konradi, Woglinde ; Natalia Skrycka, Wellgunde ; Marie-Henriette Reinhold, Flossilde. Chœur et Orchestre du Festival de Bayreuth, direction : Christian Thielemann

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