Gigantes y Cabezudos ou l’apothéose de la Jota
Le Théâtre lyrique andalou inaugure le 21e cycle de zarzuela à Malaga avec la célèbre Gigantes y Cabezudos (Géants et Hommes à grosse tête) du compositeur Manuel Fernandez Caballero, mise en scène par Pablo Prados et dirigée par Ángel Chichilla.

Zarzuela chica (en un acte) Gigantes y Cabezudos (1897) figure parmi les dernières œuvres du maestro Manuel Fernandez Caballero (1835-1906). Le titre de cette zarzuela provient des figurines traditionnelles en papier mâché qui défilent lors des processions, festivals et célébrations dans tout le nord de l’Espagne. L’œuvre est l’apogée de la jota, avec des airs populaires tels que « Anda ve y dile al Alcade » (Va le dire au maire), « Si las mujeres mandasen » (Si les femmes régnaient) « Por ver la Pilarica » (Voir Notre-Dame de Pilar), ainsi que l’élégante romance épistolaire, l’hymne final et, surtout, le célèbre chœur des hommes rapatriés.

L’histoire se déroule au XIXe siècle, sur une place du marché de Saragosse lors de la Sainte Pilar. Timoteo, le garde municipal, apparaît et annonce que le conseil municipal va augmenter les impôts, ce à quoi les femmes protestent en disant : « Allez le dire au maire ! » Sur la même place, Pilar, une belle Aragonaise, raconte que son fiancé, Jesús, parti combattre à Cuba lui a envoyé une lettre qu’elle ne peut déchiffrer car elle ne sait pas lire. Un sergent rusé, lui aussi amoureux de la jeune fille, entre en scène et invente une histoire : son fiancé se serait marié à Cuba. Après avoir clairement fait savoir qu’elle attendrait son petit ami quoi qu’il arrive : « Nous autres Aragonais sommes des Géants par notre volonté et des Têtes Grosses par notre entêtement », chante-t-elle, celui-ci revient de Cuba, accompagné d’un groupe de camarades (Chœur des rapatriés). Jesús parle alors avec le sergent, qui lui apprend que Pilar s’est mariée. Malgré cela, le petit ami, très têtu, affirme qu’il l’épousera malgré tout. Pilar, encore sceptique quant aux dires du sergent, le croise lors des festivités organisées et, pour s’assurer de sa sincérité, lui demande à nouveau de lui lire une lettre – dont elle connaît cette fois le contenu. Le sergent, fidèle à son mensonge, lui affirme même que Jesús ne reviendra pas, car il est mort à la guerre. Furieuse, Pilar tente de s’en prendre à l’officier. Se voyant démasqué, il avoue toute la vérité et Pilar, compréhensive, lui pardonne. La supercherie dévoilée, l’amour triomphe.

Si l’intrigue est mince, une fois encore Pablo Prados et sa troupe font valoir avec maestria leur amour immodéré pour le genre zarzuélistique avec une mise en scène pleine d' »alegria » où le comique le dispute à l’émotion. Tout ici est au service du divertissement : chant, théâtre, danse et tout particulièrement la Jota omniprésente. La scénographie assez naïve représente une petite place entourée de boutiques et de marchands ambulants, les costumes traditionnels sont somptueux et chatoyants, la direction d’acteur particulièrement dynamique ne souffre aucun reproche et les chorégraphies sont parfaitement réglées (Isabel Alarcón). La distribution vocale est homogène : Rosa Ruiz campe une Pilar pimpante qui ne s’en laisse pas conter, avec ce qu’il faut d’arrogance ; la voix est à son image, puissante et joliment timbrée. Luis Pacetti conduit avec fierté le chœur des rapatriés. Susanna Galindo (Antonia) et Paula Mayor sont deux matrones bien chantantes, plus vraies que nature. Pablo Prado en officier municipal se taille la part du lion dans le registre comique, à l’instar de l’oncle Isidro (Juan Antonio Hidalgo) totalement dépassé par la situation. Juan Carlos Barona confère au personnage du sergent, toute l’autorité ridicule et la fausseté nécessaires. Dans la fosse, la direction d’orchestre d’Ángel Chichilla s’emploie à maintenir une ambiance de fête, soutenant chanteurs et danseurs abondamment sollicités dans plusieurs épisodes de Jota explosive rythmés par les castagnettes.
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