Monday d’Arno Schuitemaker à l’Atelier de Paris
Une expérience : que se passe-t-il si on décide de rembobiner une chorégraphie et qu’on la danse à rebours ? C’est le propos de Monday, dans lequel Arno Schuitemaker déroule le mouvement à l’envers.
Comme nous sommes instruits du programme, d’emblée la question que l’on se pose, avant d’entrer, de l’expérience proposée par le chorégraphe, est celle-ci : si nous n’avions pas été informés de son écriture inversive, quelle perception aurions-nous eu de la pièce ? Inverser le mouvement, le remonter dans le temps produit-il une perception nouvelle ?
Tout commence par les voix des quatre interprètes juchés sur les gros rochers du décor minéral. Ils chantonnent et l’on comprend que la mélodie et les paroles sont aussi inversées. Durant une heure, les danseurs, deux hommes et deux femmes, vont évoluer dans une gestuelle lente et maîtrisée, dans des mouvements souples et amples qui partent du buste et avec une attention entièrement portée au mouvement déployé vers l’arrière dans une grande coordination de groupe. Nous percevons la concentration, qui se lit dans les regards, l’agilité, mais dans l’application du déroulé régulier, si ce n’est une accélération progressive, nous sommes en attente de l’intention.
La danse fait penser à cette gestuelle que nous appelions smurf il y a quelques années, mouvement sinusoïdal fluide. La musique, elle, ne pose pas question, le beat de la rythmique étant asséné droit et binaire tout du long, le « reverse » n’est pas sensible. Tout se joue dans la physicalitė du corps et le déroulé à l’envers des danseurs en mouvement qui, régulièrement, remontent les rochers l’un après l’autre et les redressent comme des totems.
Dans la composition musicale d’Art Strootman, une chanson est entonnée comme une mélopée, nous apprendrons qu’il s’agit d’une mélodie grecque écrite il y a plus de 2000 ans, The song of Seikilos, une des plus anciennes notations musicales gravée sur une stèle de pierre et conservée dans un musée de Copenhague. Au deux tiers du parcours, la pièce s’accélère petit à petit et monte un peu en intensité. On assiste à la reprise d’un chant, au resserrement du rythme et à des jeux avec les lois de la gravité avant de repartir dans le sens de la marche sans que se joue un renversement significatif ; repositionner les rochers à l’horizontal et terminer par le début en chantant cette fois la pièce du compositeur Guillaume de Machaut (1300-1377), Ma fin est mon commencement, tel qu’écrit.
Arno Schuitemaker est parti à la recherche du geste originel dans une tentative d’inverser « conséquence et l’action ». Au-delà du concept, la conséquence chorégraphique du renversement temporel ne bouleverse pas ostensiblement les codes.











