Robert Schumann version clarinette
Le clarinettiste Roeland Hendrikx et l’arrangeur Andreas N. Tarkmann revisitent à la lumière de leur instrument et de l’orchestre deux oeuvres emblématiques de Robert Schumann, Les Scènes de la forêt et le Concerto pour violon.
Poète du piano, Robert Schumann s’est finalement peu intéressé à d’autres instruments. Le cor, le hautbois, l’alto, instruments nostalgiques par essence, l’ont parfois inspirés. Et à part les Phantasiestücke op.73 ainsi que les Märchenerzählungen op.132, la clarinette, autre pur instrument romantique, n’a guère suscité de pages marquantes de Robert Schumann.
Le clarinettiste belge Roeland Hendrikx et l’arrangeur et orchestrateur allemand Andreas N. Tarkmann ont voulu relever le défi, persuadés que la sublime et si complexe musique pianistique de Schumann pouvait appeler des échos orchestraux. Tout comme les moirures de la clarinette résonnaient en écho des tourments de Florestan et d’Eusébius. Il en résulte un album assez audacieux enregistré en compagnie du Lithuanian Chamber Orchestra sous la direction de Vilmantas Kaliunas, qui apporte de nouvelles couleurs au génie schumannien.
Les Waldszenen op.82 (Scènes de la forêt) font partie, comme leur nom l’indique, des pièces les plus bucoliques de Robert Schumann. Peu de tourments ici, cette forêt imaginaire est le foyer idéal des idéaux romantiques : amour, chasse, rêve, contemplation, nature s’y côtoient avec élégance. Andreas N. Tarkmann a choisi une orchestration sobre, cordes, quelques vents et bois où la clarinette est un instrument parmi d’autres sans réel poids soliste, pour transposer ce cycle pour piano absolument charmant. L’orchestre est juste là pour souligner, ou plutôt surligner les intentions schumaniennes : un crescendo de cordes pour évoquer l’orage, des cors triomphants pour la scène de chasse (Jaglied), de tendres pizzicatis pour Einsame Blumen (Fleurs solitaires), un délicat entrelac de flûte et de clarinette pour l’Oiseau prophète (Der Vogel als Prophet). Un choix modeste qui permet de ne pas trop épaissir la dentelle schumanienne. L’orchestre lituanien possède une belle sonorité. Mais tout cela n’apporte rien de plus à la partition originelle de Schumann.
L’enjeu n’est pas du tout le même dans le Concerto pour clarinette et orchestre en do mineur qui succède, transcription du Concerto pour violon en ré mineur. Cette œuvre mal aimée, écrite pour le grand violoniste Joseph Joachim, a été un fiasco lors de sa création en 1853, et ne fut plus jamais jouée jusqu’à sa redécouverte par Yehudi Menuhin… en 1937. Bien sûr, le Concerto pour violon de Robert Schumann pâtit de l’écrasante concurrence des grands concertos romantiques de l’époque, Beethoven, Mendelssohn, Brahms, Bruch. L’orchestration, un peu pataude, a beaucoup jouée en la défaveur d’une partition qui recèle pourtant bien des charmes mélodiques.
Pour le clarinettiste Roeland Hendrikx, une deuxième chance pouvait être offerte à ce concerto en le transposant pour son instrument. Transposé dans un léger ton plus bas (de ré mineur en do mineur), ce « nouveau » Concerto pour clarinette révèle des couleurs inédites. L’arrangeur Andreas N. Tarkmann a également allégé la palette orchestrale afin de laisser respirer la clarinette soliste. Les interventions des bois ont également été revues, le basson par exemple remplaçant la clarinette qui accompagnait le violon dans la partition originale. Les couleurs se font parfois plus sombres ou plus bucoliques selon les passages. Roeland Hendrikx possède un timbre chaud et précis, ses nombreuses volutes et traits arpégés compensant l’absence du violon et de ses doubles cordes. L’Orchestre de chambre Lituanien, sous la direction sage de Vilmantas Kaliunas, laisse chanter le soliste en toute liberté dans cet album qui ravira les amateurs de clarinette, à défaut de véritablement révolutionner notre perception de l’univers schumannien.











