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Iana Salenko, grandiose dans Giselle au Staatsballett Berlin

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Berlin. Staatsoper Unter den Linden. 04-X-2026. Adolphe Adam : Giselle. Chorégraphie : Patrice Bart, d’après Jean Coralli et Jules Perrot. Décors et costumes : Peter Farmer. Lumières : Franz Peter David. Dramaturgie : Christiane Theobald. Avec :Iana Salenko, Giselle ; Kalle Wigle, Albrecht ; Vera Segova, Myrtha ; Erick Swolkin, Hilarion ; Emma Antrobus et Shuailun Wu, pas de deux des vendangeurs. Staatskapelle Berlin, direction : Robert Reimer

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Dans la version de , le livre une Giselle d’une remarquable tenue. domine la soirée, portée par un corps de ballet particulièrement solide et une Staatskapelle Berlin somptueuse, malgré des tempi qui mettent parfois les danseurs sous pression.

De la fête villageoise au monde spectral, Giselle, l’un des grands monuments du ballet romantique, exige autant de ses interprètes sur le plan technique que dans l’art de la pantomime et du style. Fidèle aux fondements de la chorégraphie de Jean Coralli et Jules Perrot, la version de qui figure au répertoire du Staatsballet Berlin assume pleinement cet héritage. Elle en conserve la lisibilité, mais accuse désormais quelque peu son âge. Le décor très traditionnel, l’abondance des effets de brume et certains partis pris scéniques paraissent peu renouvelés à côté des relectures de Mats Ek ou David Dawson. Rien de rédhibitoire pourtant : la qualité des interprètes et du corps de ballet donne encore à cette production une réelle vitalité.

C’est alors dans la fosse que vient une part majeure de la réussite. Trop souvent, la partition d’Adolphe Adam dans Giselle est traitée comme une musique d’accompagnement, jouée proprement mais sans véritable travail de détail. Ici, c’est tout l’inverse. obtient de la Staatskapelle Berlin une lecture d’une grande précision : plans sonores hiérarchisés, couleurs travaillées, phrasés conduits. Les coups d’archet sont d’une netteté exemplaire, les dynamiques soignées, et l’ensemble rend à cette musique une densité qu’on ne lui accorde pas toujours. Un très beau solo d’alto au second acte en témoigne avec éclat.

Cette exigence musicale possède pourtant son revers. adopte régulièrement des tempi très rapides qui pressent les danseurs et laissent parfois trop peu de respiration à la pantomime. Le possède heureusement les moyens techniques de suivre. Les ensembles restent propres, les lignes ne se désorganisent pas et la compagnie conserve sa cohésion là où cette vitesse pourrait facilement provoquer une fébrilité générale. Une légère crispation demeure néanmoins perceptible sur scène : les danseurs tiennent la cadence avec brio, sans toujours pouvoir s’y abandonner.

Au centre de la soirée, , principal dancer du Staatsballet et étoile invitée au Royal Ballet, est splendide. Sa Giselle impressionne autant par sa maîtrise technique que par l’intelligence avec laquelle elle habite le style. Au premier acte, même lorsque les tempi raccourcissent le temps disponible pour la pantomime, elle préserve la lisibilité du personnage et refuse de sacrifier l’incarnation à la virtuosité. Le second acte la révèle plus encore. Légère sans devenir inconsistante, précise sans rigidité, la danseuse d’origine ukrainienne possède cette suspension et cette compréhension du romantisme qui donnent au personnage sa dimension irréelle.

campe un Albrecht d’abord peu impliqué dans la pantomime, puis plus présent au second acte. Cette progression n’efface pas entièrement le déséquilibre dramaturgique propre à Giselle : alors même que l’histoire est celle d’une jeune femme trahie puis morte, le dernier tableau laisse le plateau à Albrecht seul. La convention romantique déplace ainsi l’émotion finale vers la douleur masculine, ce qui peut laisser aujourd’hui une impression d’inconfort. Wigle aborde ce passage avec plus de justesse dans la danse que dans la pantomime du premier acte.

, en Myrtha, impose moins son autorité que l’on ne l’attendrait. Les appuis paraissent parfois peu assurés, et les ports de bras, très marqués par l’esthétique de l’école russe (Vaganova), s’accordent difficilement avec la sobriété romantique de cette production. La souveraineté du personnage peine ainsi à s’imposer. campe en revanche un Hilarion solide, clair dans la pantomime et fermement ancré dans la dramaturgie. Le pas de deux des vendangeurs met particulièrement en valeur Shuailun Wu, danseur précis, à la fois solide techniquement et musical. Sa partenaire Emma Antrobus apparaît un peu plus en retrait, avec des ports de bras qui pourraient être plus affirmés.

Le deuxième acte confirme la solidité du corps de ballet. Chez les Wilis, la propreté des ensembles témoigne d’un travail approfondi de transmission de la part des maîtres et maîtresses de ballet de la compagnie. Le niveau technique collectif est indéniable, même si l’on aimerait parfois davantage d’épaulement et plus de souffle romantique. La rigueur et l’austérité l’emportent parfois sur le mystère et la souplesse qui font tout le style de cet acte.

Dans une production un peu datée, ce sont finalement les interprètes qui redonnent du souffle à l’ensemble. La rigueur du corps de ballet, l’engagement exceptionnel de la Staatskapelle et, surtout, la Giselle souveraine d’ suffisent à faire oublier la patine et à rappeler ce que le répertoire peut encore produire lorsqu’il est servi à ce niveau.

Crédits photographiques : © Mariia Kulchytska

 

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Berlin. Staatsoper Unter den Linden. 04-X-2026. Adolphe Adam : Giselle. Chorégraphie : Patrice Bart, d’après Jean Coralli et Jules Perrot. Décors et costumes : Peter Farmer. Lumières : Franz Peter David. Dramaturgie : Christiane Theobald. Avec :Iana Salenko, Giselle ; Kalle Wigle, Albrecht ; Vera Segova, Myrtha ; Erick Swolkin, Hilarion ; Emma Antrobus et Shuailun Wu, pas de deux des vendangeurs. Staatskapelle Berlin, direction : Robert Reimer

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