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À Lausanne, Mireille de Charles Gounod

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Lausanne. Opéra. 4-X-2026. Charles Gounod (1818-1893) : Mireille, opéra en cinq actes sur un livret de Michel Carré, d’après le poème Miréio de Frédéric Mistral. Mise en scène : Bruno Ravella. Décors : Barbara de Limburg. Costumes : Gabrielle Dalton. Lumières : François Thouret. Chorégraphie : Jo Meredith. Assistant de mise en scène : Florimond Plantier. Avec Vannina Santoni, Mireille ; Thomas Bettinger, Vincent ; Jean-Kristof Bouton, Ourrias ; Matthieu Lécroart, Ramon ; Géraldine Chauvet, Taven ; Andrea Cueva Molnar, Vincenette ; Nathanaël Tavernier, Maître Ambroise ; Lily Blanchard, Clémence ; Maxence Billiemaz, Le berger Andreloun ; Hannah Blaser, Une voix céleste ; Corentin Bournon, Le Passeur. Chœur de l’Opéra de Lausanne (chef de chœur : Anass Ismat). Orchestre de Chambre de Lausanne. Direction musicale : Jean-Marie Zeitouni.

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Claude Cortese ouvre sa troisième saison à la tête de l’Opéra de Lausanne avec le rare Mireille de Charles Gounod.

Les dernières représentations de Mireille en Suisse Romande remontent à 1993, précisément à l’Opéra de Lausanne alors qu’il faut aller jusqu’au lointain 1981 pour que cet opéra soit représenté au Grand Théâtre de Genève. Qu’est-ce qui peut bien coller à la peau de cette oeuvre pour qu’elle soit si rarement mise en scène ? Peut-être qu’en dépit d’une musique souvent somptueuse, la pauvreté de l’argument dramatique et la vétusté de langage du livret, décourage plus d’une maison d’opéra d’engager les moyens vocaux nécessaires pour un opéra si peu spectaculaire. Huitième de ses douze opéras, Mireille de Charles Gounod n’a jamais connu le succès escompté. Pourtant, et la production lausannoise le confirme, cet opéra offre des pages vocales d’une beauté (et d’une difficulté) qui ne s’adressent pas à de quelconque chanteurs.

Admirablement résumé dans le programme de la soirée, l’argument de Mireille tient en quelques lignes : Une jeune femme, Mireille, aime un jeune homme, Vincent, que son père juge indigne d’elle-même. Elle refuse l’homme qu’on lui destine, et, quand elle apprend que l’homme qu’elle aime a été blessé, elle part à sa recherche pour finalement mourir d’épuisement au moment où elle le retrouve. Une histoire d’amour de gens aux passions simples dans une société aux traditions et aux croyances aussi sévères qu’obsolètes.

Après Guillaume Tell de Rossini en 2024, Don Quichotte de Massenet l’an dernier, l’Opéra de Lausanne fait à nouveau appel au metteur en scène . Si, en raison de la faiblesse de l’argument, sa direction d’acteur est ici presque inexistante, sa mise en scène reste dans une sage atmosphère. D’ailleurs on imaginerait mal une quelconque transposition, même si ce spectacle reste cependant scéniquement inégal. Si certaines scènes jouissent d’une potentialisation bienvenue grâce à une parfaite adéquation d’un décor () avec les ambiances du moment, plus loin, un autre décor questionne sur son opportunité. Ainsi, cette structure de bois entremêlés subtilement éclairés () donne une impression poétiquement mystérieuse et scéniquement adéquate à la scène qui voit Ourrias, le promis, se rendant à la grotte des fées en traversant l’angoissant Val d’Enfer pour acheter un filtre d’amour à la sorcière Taven. A contrario, le décor de lever de rideau, avec ses paniers tressés immenses faisant apparaitre les personnages comme des nains, ou ce plafond de boules multicolores descendant des cintres pour illustrer une farandole de Provence pauvrement dansée n’apporte rien à la dramaturgie.

Du côté vocal, toute la première partie du spectacle nous laisse parfois perplexe quant à la qualité des chanteurs. Un malaise qui, comme par enchantement, disparaît totalement après l’entracte. Lorsqu’on réalise ce qui attend le rôle-titre dans les deux derniers actes, on peut comprendre qu’un soir de Première, qui plus est dans une prise de rôle, il s’offre une certaine retenue afin de porter à terme ce rôle écrasant. Comme tout tourne autour du personnage de Mireille, son interprète catalyse tout le plateau. Ce soir, ce contraste qualitatif avant et après l’entracte est flagrant. Ainsi, on retrouve le baryton (Ourrias) jusqu’alors projetant une voix quelque peu courte, bientôt transformé dans l’expression de ses injonctions de peur et de remords avec un legato soudain éclos. De son coté, le ténor (Vincent) qui laissait entendre une voix aux aigus serrés, libère son instrument même s’il n’offre pas toute la tendresse vocale qu’on attend de ce personnage. De même, la mezzo-soprano (Taven) alors en manque évident de volume se révèle ensuite capable d’une étonnante et persuasive force vocale. Égale à elle-même tout au long de la représentation, bien en place dans son personnage, (Vincenette) nous dispense d’un soprano solide, aérien et d’une grande fraîcheur. La perfection vocale du ténor (Andreloun, le berger) est extrêmement touchante. Dans sa courte apparition, la douceur de son chant, son légato, comme la tendresse de son geste lorsqu’il désaltère Mireille, est un instant de pur enchantement. Si l’on sent le métier chez le baryton-basse (Ramon), il lui permet d’incarner avec justesse son personnage quand bien même les extrémités du spectre vocal accusent une légère fatigue. Enfin, on apprécie la solennité de la basse (Ambroise).

Quant à la soprano (Mireille), comme nous le notons plus haut, ses premiers pas de la soirée apparaissent sinon hésitants, du moins sans réelle implication. Mais, après l’entracte, elle déploie ses capacités vocales les plus convaincantes dans l’expression débridée de son personnage éperdument amoureux. Ses aigus, si serrés au début, débordent de brillant et de puissance. De sa voix soudainement retrouvée émerge un personnage torturé, désespéré, agonisant, mourant, totalement bouleversant. Un public ému lui réserve un triomphe mérité.

Le choeur de l’Opéra de Lausanne vocalement très bien préparé reste malheureusement le parent pauvre d’une mise en scène désespérément conventionnelle et statique. Dans la fosse, spécialiste de l’opéra français, le chef canadien dirige avec précision et précaution un bon . Peut-être aurait-on aimé un peu plus d’audace, de brillant dans sa direction orchestrale mais, lors d’une Première, avec l’entier de la distribution en prise de rôle…

Crédit photographique : © Carole Parodi

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Lausanne. Opéra. 4-X-2026. Charles Gounod (1818-1893) : Mireille, opéra en cinq actes sur un livret de Michel Carré, d’après le poème Miréio de Frédéric Mistral. Mise en scène : Bruno Ravella. Décors : Barbara de Limburg. Costumes : Gabrielle Dalton. Lumières : François Thouret. Chorégraphie : Jo Meredith. Assistant de mise en scène : Florimond Plantier. Avec Vannina Santoni, Mireille ; Thomas Bettinger, Vincent ; Jean-Kristof Bouton, Ourrias ; Matthieu Lécroart, Ramon ; Géraldine Chauvet, Taven ; Andrea Cueva Molnar, Vincenette ; Nathanaël Tavernier, Maître Ambroise ; Lily Blanchard, Clémence ; Maxence Billiemaz, Le berger Andreloun ; Hannah Blaser, Une voix céleste ; Corentin Bournon, Le Passeur. Chœur de l’Opéra de Lausanne (chef de chœur : Anass Ismat). Orchestre de Chambre de Lausanne. Direction musicale : Jean-Marie Zeitouni.

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