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Lucia di Lammermoor version Katie Mitchell à Stuttgart, une soirée pour rien

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Stuttgart. Opernhaus. 23-X-2026. Gaetano Donizetti (1797-1848) : Lucia di Lammermoor, opéra sur un livret de Salvadore Cammarano d’après Walter Scott. Mise en scène : Katie Mitchell ; décors et costumes : Vicki Mortimer. Avec Chelsea Lehnea (Lucia), Paul Lungu (Edgardo), Johannes Kammler (Enrico), Ya-Chung Huang (Arturo), Adam Palka (Raimondo), Laura Orueta (Alisa), Ilia Skvirskii (Normanno). Staatsorchester Stuttgart, Staatsopernchor Stuttgart, direction : Andriy Yurkevych

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La mise en scène est beaucoup moins révélatrice qu’elle ne le croit, et les paramètres musicaux de la soirée sont plus décevants encore, dans le chant comme dans la fosse.

L’Opéra de Stuttgart n’est pas étranger à l’univers du bel canto, comme l’avait montré une belle reprise de La Sonnambula il y a quelques années, aussi réussie musicalement que scéniquement. Hélas, la nouvelle production de Lucia di Lammermoor qui ouvre sa saison 2026/2027 est aux antipodes de cette réussite, à nouveau pour la scène autant que pour la musique.

Il s’agit là en fait d’un import, celui de la production de créée en 2016 à Londres. Le Royal Opera était alors en train de devenir le bastion européen du conservatisme théâtral qu’il est toujours aujourd’hui, et lui proposait un spectacle idéal, visuellement presque entièrement compatible avec les goûts de la partie la plus conservatrice du public, tout en ménageant quelques points d’accroche pour les amateurs d’interprétations un peu plus ambitieuses.

Ici, le décor hyperréaliste de Vicky Mortimer est divisé en deux espaces qui permettent de faire jouer deux scènes en même temps, ce qui n’est pas très original ; on voit ainsi à l’acte III, quand Edgardo et Ernesto conviennent de se battre en duel, Lucia assassiner son nouvel époux, avec préméditation et l’aide de sa servante. L’effet est souvent appuyé, et d’autant plus regrettable que l’importance accordée au décor, pour ne pas dire à la décoration, nuit à la fluidité du spectacle par d’interminables précipités. La perspective affirmée par la mise en scène est résolument féministe – on ne voit à vrai dire pas comment il pourrait en être autrement. On peut, bien sûr, vêtir tous les choristes d’attributs masculins, mais cela ne suffit pas pour nous révéler quoi que ce soit sur ce drame où l’oppression de Lucia par tout un système masculin(iste), dont son amant fait lui aussi partie, est inscrite au plus profond de l’œuvre.

Hélas, musicalement les choses ne vont pas mieux. La faute en incombe d’abord, comme souvent quand le bel canto ne prend pas, au chef, , qui se contente d’un accompagnement sans relief qui ne sert pas les chanteurs – pas étonnant qu’aux saluts tous les interprètes ou presque serrent la main au souffleur, qui a dû bien les aider à garder leurs repères. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que l’émotion ne vienne à aucun moment de la soirée, et cela incite à l’indulgence en ce qui concerne les chanteurs, même si là encore le compte n’est pas bon. Dans le rôle-titre, la jeune Américaine manque terriblement d’ampleur ; les notes sont certes là, quitte à ce que certains aigus soient un peu tirés, mais il y manque tout un art du bel canto pour les faire vivre, et quand elle tente des allègements la voix perd de sa chair. maîtrise beaucoup mieux son rôle, mais le chef ne le pousse pas assez à donner à son Ernesto l’énergie du désespoir. en Raimundo manque de profondeur et d’expression ; fait un peu mieux en Arturo, mais quand on a vu son merveilleux David des Maîtres-Chanteurs on préfère attendre une nouvelle rencontre pour retrouver tout son talent.

C’est paradoxalement en Edgardo qui se sort le mieux de ce contexte difficile : à 32 ans, il a accompli l’essentiel de sa jeune carrière en Roumanie, et il n’est venu à Stuttgart que pour remplacer un chanteur de la troupe, Kai Kluge, et ce depuis la première. On ne trouvera certes pas dans son chant des miracles de délicatesse, ce que le contexte suffit à expliquer, mais du moins une voix solide, soutenue par une musicalité sans faute et capable d’élan héroïque quand il le faut. Une mince consolation dans une soirée interminable.

Crédits photographiques : © Martin Sigmund

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Stuttgart. Opernhaus. 23-X-2026. Gaetano Donizetti (1797-1848) : Lucia di Lammermoor, opéra sur un livret de Salvadore Cammarano d’après Walter Scott. Mise en scène : Katie Mitchell ; décors et costumes : Vicki Mortimer. Avec Chelsea Lehnea (Lucia), Paul Lungu (Edgardo), Johannes Kammler (Enrico), Ya-Chung Huang (Arturo), Adam Palka (Raimondo), Laura Orueta (Alisa), Ilia Skvirskii (Normanno). Staatsorchester Stuttgart, Staatsopernchor Stuttgart, direction : Andriy Yurkevych

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