Avec Cyrille Dubois, Britten « En français », et pour voix de ténor
Pour le premier enregistrement des Illuminations de Benjamin Britten par un ténor français, on se ruera sur ce superbe album. On y découvrira au passage d’autres belles pages du compositeur anglais.
On connaissait l’attrait de Britten pour la voix de ténor. La majorité de ses compositions ont été conçues pour l’instrument, pourtant à plus d’un titre défectueux, de son compagnon à la ville Peter Pears. Même les célèbres Illuminations, initialement écrites pour la soprano suisse Sophie Wyss, ont ainsi très vite été réappropriées par la voix de ténor. Au disque, on comptera les plus grands interprètes du XXe siècle avec, outre Pears, Ian Bostridge, Anthony Rolfe-Johnson, Peter Schreier, Andrew Staples, Robert Tear, etc. Merci à Suzanne Danco, Mari Eriksmoen, Karina Gauvin, Susan Gritton, Felicity Lott, Sylvia McNair, Julie Roset, Elisabeth Söderström et quelques autres d’avoir défendu leur répertoire en gravant elles aussi ce superbe cycle. Pour autant, aucun ténor français n’avait jusqu’à présent enregistré Les Illuminations, pas plus que les autres mélodies françaises composées ou harmonisées par Britten. Voilà qui est fait, et non avec un des moindres de nos ténors, puisqu’il s’agit de Cyrille Dubois, artiste qui a déjà montré, au disque et à la scène, ses affinités avec le compositeur anglais. Autant dire que cet enregistrement sera, pour beaucoup, une révélation.
L’album démarre avec les peu connues Quatre chansons françaises, composées par un Britten tout juste adolescent. Ce cycle de jeunesse révèle, pour cette mise en musique de deux poèmes de Hugo et deux de Verlaine, des trésors de délicatesse dignes d’un Ravel ou d’un Debussy. Plus anecdotiques pourront paraître les chansons populaires harmonisées pour piano, même si Cyrille Dubois et Tristan Raës font preuve de toute l’imagination musicale qu’on peut souhaiter pour rendre ces pages touchantes, émouvantes, vibrantes et énergisantes. Le clou de l’album est évidemment le cycle des Illuminations, magistralement interprété. Outre la diction irréprochable de Cyrille Dubois, grâce à laquelle on perçoit enfin chaque syllabe du texte, on sera sensible à l’infinie musicalité déployée tout au long de ces dix poèmes de Rimbaud, que l’on croit ici entendre pour la première fois.
Tout aussi incisive est la lecture de David Reiland, à la tête de son Orchestre national de Metz Grand Est, qu’on se réjouit d’entendre en aussi bonne forme. Il serait dommage que l’association entre ce ténor, ce chef et cette phalange s’en arrête là. On connait la richesse de l’œuvre de Britten pour ténor, et tenons là les interprètes idéaux pour lui rendre justice. Cerise sur le gâteau, on découvrira en bonus deux mélodies en anglais, elles aussi délicieusement interprétées.













