Audio, Opéra, Parutions

Jean de Nivelle de Delibes, un ouvrage lyrique hors des frontières

Plus de détails

Léo Delibes (1836-1891) : Jean de Nivelle, opéra-comique en trois actes sur un poème d’Edmond Gondinet et Philippe Gille. Avec : Cyrille Dubois, Jean de Nivelle ; Mélissa Petit, Arlette ; Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Simone ; Tassis Christoyannis, Le Comte de Charolais ; Juliette Mey, Diane / Le Page Isolin ; Adrien Fournaison, Saladin / Un Héraut / Un Vieillard ; François Rougier, Malicorne ; Jean-Philippe Mc Clish, Beautreillis. Hungarian National Choir. Hungarian National Philharmonic Orchestra, direction : György Vashegyi. 3 CD Bru Zane + 1 livre de 187 pages. Enregistré du 12 au 14 janvier 2026 au Béla Bartók National Concert Hall du Müpa Budapest. Notice de présentation en français et en anglais. Durée : CD 1 : 57:11 ; CD 2 : 57:17 et CD 3 : 45:35

Partager
 

Voici le 49e volume de la collection « Opéra Français » du label Bru Zane, et on peut dire que ce premier enregistrement mondial de Jean de Nivelle de est éblouissant.

Passons rapidement sur ce conflit entre Bourguignons et Français au Moyen Âge qui donne une trame historique appréciée en son temps. L’intrigue se multiplie au fil de l’apparition des nombreux personnages, et les élans amoureux passent au second plan, perdant ainsi en lisibilité et en affects malgré une caractérisation certaine des protagonistes de la part du compositeur. La distribution vocale est convaincante, parfaitement à l’aise avec la langue de Molière, mais les faiblesses d’un livret trop confus ne permettent pas d’en apprécier immédiatement les saveurs.

Notons plutôt la qualité du livre qui accompagne ces trois disques, et particulièrement le texte d’Hector Cornilleau qui permet de cerner une « écoute d’époque » attentive notamment au rôle dramaturgique des pièces instrumentales et aux effets de timbres et de couleurs. Les habitués d’opéra-comique seront surpris de la version choisie dans cette production : un opéra-comique avec des récitatifs plutôt que l’alternance initiale parlé-chanté qui le définit habituellement. Sa création prévue à l’origine au Théâtre Lyrique, puis son exportation dans de nombreuses capitales européennes en sont probablement la cause, mais cette frontière diluée entre opéra-comique et opéra se manifeste par bien d’autres éléments de l’ouvrage (Hervé Lacombe parle même de « grand opéra-comique ») comme l’écrit Hector Cornilleau qui en dévoile remarquablement les conséquences dans son texte introductif.

Dans cet enregistrement mené en début d’année lors d’un concert en live au Béla Bartók National Concert Hall du Müpa Budapest, les forces orchestrales sont dirigées par un coutumier du genre et du style, . Avec son Orchestre national philharmonique de Hongrie ce sont des habitués de longue date des redécouvertes du entre La belle au bois dormant de Charles Silver (clef ResMusica 2026), Psyché d’Ambroise Thomas en 2025, Le Roi d’Ys d’Edouard Lalo (clef d’or ResMusica), Werther de Jules Massenet en 2024 ou encore Les Abencérages de Luigi Cherubini en 2022. Dans un équilibre idéal entre chaque pupitre mais aussi entre la phalange et les voix, le chef sait déployer toute la verve de cette partition raffinée, ménageant les effets avec des traits vifs et un orchestre coloré. Le chœur national de Hongrie est particulièrement vigoureux, faisant notamment merveille dans le chœur de soldats bourguignons du troisième acte.

Au fil de ces 2h40 de musique, les « tubes » se succèdent, à l’image de cette ballade de la mandragore  (« Tant que le jour dure », Acte I, n°1) portée par la puissance autoritaire du mezzo de (Simone) qui dépeint avec expressivité et mordant la noirceur dramatique de cette sorcière, contrastant avec le soprano léger et agile de (Arlette) qui semble chanter avec les oiseaux dans leur duo (« Te voilà bien joyeuse, Arlette ! », Acte I, n°3). s’épanouit dans des vocalises envolées lumineuses et une fraîcheur sans pareille dans son air « Dans le moulin du grand meunier » (Acte II, n°13). Sa rivale Diane, est interprétée par avec toute la noblesse nécessaire. 

Sous les traits de Jean de Nivelle, est tout à son affaire : chant raffiné, vaillance héroïque, sensibilité tendre… Il est d’une vibrante intensité dans son grand air « J’ai vu la bannière de France ! » (Acte III, n°19), et déploie une prosodie parfaite tout au long de ses interventions. Même constat pour qui fait vivre avec une belle sincérité les multiples facettes du Comte de Charolais. Les rôles comiques de Malicorne (), Beautreillis (), Saladin () et du page Isolin () sont quant à eux portés avec une malice savoureuse.

(Visited 15 times, 9 visits today)
Partager

Plus de détails

Léo Delibes (1836-1891) : Jean de Nivelle, opéra-comique en trois actes sur un poème d’Edmond Gondinet et Philippe Gille. Avec : Cyrille Dubois, Jean de Nivelle ; Mélissa Petit, Arlette ; Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Simone ; Tassis Christoyannis, Le Comte de Charolais ; Juliette Mey, Diane / Le Page Isolin ; Adrien Fournaison, Saladin / Un Héraut / Un Vieillard ; François Rougier, Malicorne ; Jean-Philippe Mc Clish, Beautreillis. Hungarian National Choir. Hungarian National Philharmonic Orchestra, direction : György Vashegyi. 3 CD Bru Zane + 1 livre de 187 pages. Enregistré du 12 au 14 janvier 2026 au Béla Bartók National Concert Hall du Müpa Budapest. Notice de présentation en français et en anglais. Durée : CD 1 : 57:11 ; CD 2 : 57:17 et CD 3 : 45:35

Partager
 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.