Bouchra Ouizguen au Festival d’automne : un Portrait au présent
Invitée par le Festival d’automne, Bouchra Ouizguen répond par un Portrait au présent, cheminement d’un passé matriciel vers un futur indéfini. A travers ses différents spectacles, elle installe un espace ouvert où circule en permanence le mouvement libre, le lien, l’accueil et l’attention aux autres.
Danseuse-chorégraphe marocaine, Bouchra Ouizgen vit et travaille à Marrakech où elle s’est engagée dans le développement d’une scène chorégraphique locale depuis 1998. Son travail est nourri par ses rencontres avec la musique, l’artisanat, la poésie. Plutôt que de choisir une forme rétrospective de son œuvre, elle a choisi une forme en mosaïque, faite de compositions et de croisements de cultures d’origines différentes.
Dans Este Mundo, donné au Théâtre National de Chaillot en collaboration avec la Compagnie inclusive Dançando com a Diferença de Madère, dirigée par Henrique Amoedo, Bouchra Ouizgen met en scène six interprètes aux corps et à l’expression non normés. La chorégraphe a construit la circulation des corps à partir des éléments et des matières explorés par chacune et chacun, qui oiseau et nid, qui eau et reine, qui terre et stabilité, suspension et ange ou soleil. Dans une danse portée par ces images, les interprètes déploient une présence faite d’attention et de tendresse et animent le plateau d’un souffle qui enveloppe, au son de musiques modernes ou traditionnelles.
Avec le solo Qunfudh, « hérisson » en arabe, Bouchra Ouizgen met en scène à la MC93 un corps qui s’efface ou déploie au contraire un espace de liberté. Ici, la chorégraphe, vêtue d’un burnous noir qui soustrait son corps au regard et d’un haut chapeau de paille dissimulant son visage, joue à faire zigzaguer à travers tout le plateau de lourds accessoires de magasiniers, grands chariots à roulettes chargés de balles de tissus sur lesquels elle se jette et glisse joyeusement. Elle déploie ensuite de grands pans de tissus gris dont elle se drape, évoquant des présences disparues.
Son mouvement ouvre l’espace sur des sons industriels et des chants traditionnels. Emmitouflée soudain dans un vaste et épais burnous blanc, elle le jette tel une lourde couverture traditionnelle sur le seul chariot resté en scène qui devient lit où s’enfouir. Des tissus dorés et pailletés permettent la reprise de danses chaloupées au son de chants de l’Alentejo et orientaux.
Toujours à la MC93 et dans le cadre de la plateforme Mosaïque, Bouchra Ouizgen a invité des chorégraphes complices de divers pays – Maroc, Iran, Burundi – à partager une constellation d’expériences. D’une pièce à l’autre, cette Mosaïque fait résonner l’évanescence des corps, les forces de vie, la quête de sens et l’acte poétique.
Dans La deuxième danse politique, Josué Mugisha, du Burundi, joue de la disparition présumée de l’auteur du texte fondateur de la pièce pour poser la question du sens. Le conteur rythme sa présentation et libère une parole critique en s’accompagnant de hauts tambours (ingoma en kirundi), symboles de l’autorité royale, de l’histoire politique et rituelle du Burundi monarchique. En vis-à-vis, quatre jeunes et vifs interprètes hommes et femmes déploient dans un mouvement ininterrompu une danse très énergique évoquant aussi bien la joie source de vie, la lutte, le combat, la souffrance, la conciliation, la renaissance.
Le conteur utilise des accessoires qui contraignent son mouvement, projette des films-allusion au climat politique mondial tandis que les danseurs invitent des spectateurs à les rejoindre sur le plateau. Une actrice complice les accompagne et, dans une parole forte, évoque le retour éternel du mythe de Sisyphe confrontant notre désir de sens à un monde qui en est dépourvu.
Échoués un temps sur une immense table et entourés de la troupe constituée, les danseurs cèdent à la tentation de croquer des fruits scintillants et rubicons, avant de reprendre ensemble une danse projetée sans fin de plus en plus vive, radicale et explosive au rythme asséné des tambours.













