Roxane Stojanov, la perle noire de la rentrée contemporaine du ballet de l’Opéra de Paris
Dans « Paysages intérieurs », triple programme contemporain de rentrée du Ballet de l’Opéra de Paris avec des pièces de Jean-Christophe Maillot, William Forsythe et Aszure Barton, Roxane Stojanov et Loup Marcault-Derouard aimantent les regards vers la scène de Garnier.
C’était une évidence ! La pièce Vers un pays sage de Jean-Christophe Maillot fait son entrée au répertoire de l’Opéra national de Paris pour lequel elle est faite comme un gant. Rapide, technique, dangereux, le style Maillot s’adapte au rythme de la musique de John Adams, Fearful Symétries, pour une éblouissante entrée au répertoire et 28 minutes de mouvement continu. La pièce, créée en 1995 en hommage au père du chorégraphe, le peintre Jean Maillot, dont on voit une des toiles à la fin, a l’éclat des aplats vifs de couleur dont il tend les cyclos du fond de scène. Ces couleurs que l’on retrouve tout au long du ballet furent celles qu’il utilisa lors de son ultime exposition intitulée… « Pays Sage ».
Roxane Stojanov est fantastique, si proche dans son énergie et sa virtuosité, mais aussi sa ligne, de Bernice Coppieters, égérie et danseuse de Jean-Christophe Maillot pour laquelle il a écrit cette pièce pour les Ballets de Monte-Carlo. La danseuse a d’ailleurs assisté le chorégraphe pour cette transmission. Elle souligne dans un entretien accordé à l’Opéra de Paris à quel point le niveau des danseurs de l’institution y est remarquable. Leur technique académique solide, leur énergie et leur endurance ne les empêchent pas de sembler prendre un immense plaisir à danser ce ballet.
La deuxième pièce au programme est une reprise de Rearray, la dernière pièce proposée par William Forsythe au Ballet de l’Opéra, totalement réadaptée et retravaillée en 2024. La forme trio est parfaite pour apprécier la complexité de l’écriture chorégraphique de Forsythe et ses enchevêtrements de bras et de corps. Celui constitué de Roxane Stojanov, Loup Marcault-Derouard et Takeru Coste est d’autant plus parfait qu’il s’entend. Instinctivement, même sans musique.
C’est tout l’art du chorégraphe américain de faire surgir de ces interstices qui semblent inoccupés, des structures complexes et pourtant décontractées. Là encore, Roxane Stojanov est dans son élément avec ses longues jambes gainées de noir, côté brillant d’une pièce manipulée par deux danseurs plus sombres, plus ambivalents. Loup Marcault-Derouard a encore progressé dans sa pratique.
C’est d’ailleurs lui qui ouvre BUSK de la Canadienne Aszure Barton créée en 2009 à Sarasota, en Floride, et inspirée par le « busking », cet art de la performance dans l’espace public, qui entre au répertoire du Ballet où la chorégraphe fait ses débuts. Cette pièce fait notamment partie du répertoire du Ballet du Grand Théâtre de Genève que nous avions pu voir au Châtelet. Le titre se réfère autant au mot anglais désignant un spectacle de rue qu’à l’espagnol « buscar » (chercher), ce qui explique en partie la dissimulation des danseurs derrière d’immenses capuches et joggings oversize noirs. Sur des musiques tsiganes ou chorales, ce spectacle en noir et blanc cultive en effet le mystère et permet à chaque danseur de briller dans des solos ou des passages virtuoses, au vocabulaire corporel complexe et extrêmement physique. La chorégraphie est, elle aussi, chorale, démultipliant les solos en ensemble, fusionnant chaque corps dans un groupe compact et revendicatif. L’effet de ce collectif presque sectaire est saisissant et la mise en scène captive par son efficacité et sa noirceur.
La soirée était exceptionnellement précédée du défilé du Ballet de l’Opéra de Paris, vision toujours très impressionnante partant du Foyer de la danse à l’arrière-scène de l’intégralité des danseurs de la compagnie parisienne, du Junior Ballet et des élèves de l’école de danse de Nanterre. Les deux dernières étoiles du Ballet, Roxane Stojanov et Thomas Docquir, ont été particulièrement applaudies, ainsi que les désormais doyen et doyenne de la troupe, Marc Moreau et Amandine Albisson. La célèbre Marche extraite des Troyens d’Hector Berlioz était interprétée pour la première fois par ADO, l’orchestre lyrique de jeunes de l’Opéra de Paris, sous la direction musicale d’Alizé Léhon.
Crédits photographiques : © Julien Benhamou / Opéra national de Paris













