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Sophie Koch, mezzo

Artistes, Chanteurs, Entretiens, Opéra

Les journalistes professionnels n’ont pas le monopole des questions aux grands artistes. Les élèves de la Seconde 5 du Lycée Français de Vienne ont eu la chance de pouvoir rencontrer Sophie Koch après l’avoir vue la veille dans Werther au Staatsoper. Sophie Koch chantait Charlotte au côté de Rolando Villazón qui faisait son retour sur scène après six mois d’absence. Questions spontanées des journalistes en herbe rassemblées par Valéry Fleurquin.

Notre dossier : Art lyrique

 

ResMusica : A quel âge et pourquoi avez vous décidé de devenir chanteuse lyrique ? 
 : En fait c’est suite à mon échec au chœur de la Sorbonne que j’ai décidé de me consacrer totalement au chant, j’avais alors 21 ans. J’ai pris des cours de chant et fait l’école de l’opéra. Mais en fait j’avais toujours fait de la musique ; depuis toute petite je joue du piano et j’ai chanté dans une chorale.

RM : Quel type d’études avez-vous fait ?
SK : A 7 ans j’ai commencé à prendre des cours de piano, que j’ai poursuivi 15 années. De plus j’étais aussi dans une chorale et j’ai chanté pour la première fois dans un opéra à 11 ans. Plus tard j’étais dans une école de journalisme que j’ai abandonnée mais je suis allée à la Sorbonne pour étudier la musicologie. Puis j’ai rencontré Christa Ludwig et à 21 ans j’ai commencé sérieusement le chant. Ensuite j’ai fait le Conservatoire et j’ai rencontré Jane Berbié qui est devenue mon professeur de chant et l’est encore aujourd’hui.

RM : Comment avez-vous vécu votre première fois sur scène ?
SK : C’était en 1993 et je chantais Stephano dans Roméo et Juliette. Je me sentais très excitée et contente, mais je n’étais pas très habile. J’étais si excitée que je ne marchais pas sur scène, je sautais ! Un ami me l’a fait remarquer.

RM : Combien de langues maîtrisez-vous ? Comprenez-vous toujours les textes que vous chantez ? 
SK : Je maîtrise quatre langues : l’italien, l’allemand, l’anglais et le français. Je chante beaucoup en allemand et en français, ce qui me donne déjà un vaste choix. Ça ne m’est jamais arrivé d’apprendre les textes non compris et si je devais chanter un texte russe, je devrais apprendre le russe, car il est très difficile d’apprendre phonétiquement un texte.

RM : Est-ce que votre voix a évolué depuis le début de votre carrière ? 
SK : Oui, beaucoup. A mes débuts j’étais mezzo-colorature. J’ai interprété, par exemple, Rosine dans Le Barbier de Séville. Mais plus maintenant, étant donné que ma voix s’est étoffée. Je n’ai plus envie d’avoir de rôle de jeunesse, de légèreté. J’ai envie de quelque chose de plus complexe psychologiquement.

RM : Comment trouvez-vous le rôle de Charlotte ? 
SK : Je trouve ce rôle magnifique. Souvent je joue des rôles « travestis », donc je suis contente pour une fois que ce soit le rôle d’une femme que je chante. Ça me permet d’exprimer des sentiments féminins. Charlotte aime Werther, donc il y a une passion, une émotion que je joue et c’est toujours difficile de jouer des émotions aussi fortes. Il m’arrive d’avoir le souffle coupé ou de vouloir pleurer parce que les émotions sont très intenses, mais il faut continuer à chanter. Ces moments rendent le spectacle spécial, d’une part parce que c’est plus facile de jouer et chanter si l’on éprouve de la compassion et d’autre part le spectacle est unique pour le chanteur. Pour en revenir à Charlotte, je comprends son tourment intérieur, mais je suis persuadée qu’elle aime Werther. Elle ne peut malheureusement pas laisser paraître au grand jour ses sentiments pour Werther à cause de son milieu social et parce qu’elle est contrainte par son éducation.

RM : Que ressentez-vous en travaillant dans différents pays ? 
SK : Je peux dire que les publics sont différents d’une ville à l’autre. J’apprécie beaucoup le public de Vienne ; l’Autriche et l’Allemagne sont des pays connaisseurs où l’œuvre est toujours accueillie chaleureusement. C’est différents dans les villes au public plus « neuf » : le public n’applaudit pas toujours, ce qui est dommage puisque l’artiste donne et a des doutes si le public reste froid. Dans certaines villes, le théâtre d’opéra est une destination touristique, les spectateurs sont des touristes… c’est très frustrant pour l’artiste qui apprécie quand le public connaît et reçoit.

RM : Comment vous sentez vous quand vous chantez devant un public tel qu’il était hier soir (08. 01. 2008 – Vienne) ? 
SK : Vienne est une ville unique, de même son opéra. Je m’oblige à ne pas trop penser au côté mythique de ce théâtre pendant la représentation. Je sais par exemple que le public viennois est très cultivé et que l’attente est plus haute par rapport à d’autres villes. À Vienne, l’opéra appartient à la tradition de la ville et je sais que le public attend le meilleur de moi. Cela provoque un grand stress, le risque d’oublier parfois un passage. De plus il y a très peu de répétitions avant la représentation, cette fois on a juste répété deux fois. Mais c’est un grand honneur de chanter devant un public si connaisseur…

RM : Quels sentiments éprouvez-vous envers la musique et surtout envers l’opéra ? 
SK : Pour moi, la musique a déjà été une passion depuis mon enfance. Lorsque j’ai échoué à ma première audition au chœur de la Sorbonne, je suis rentrée à la maison et je me suis mise à jouer du piano pendant un certain temps ; la musique est un moyen d’expression spontané, ça a toujours été quelque chose de très important dans ma vie. Lors de ma première audition comme soliste, toute ma famille était stupéfaite et n’était pas capable de penser que je pourrais m’exprimer d’une telle manière, puisque j’étais d’habitude quelqu’un d’assez timide. Pour moi, le chant est une sorte de révélation des sentiments et quelque chose de naturel si on ose dire ainsi. Le chant en direct est une chose très touchante, contrairement au chant enregistré, qui est du point de vue émotionnel quelque chose de plaqué.

RM : Que faites vous quand vous n’êtes pas encore sur scène et que vous attendez votre tour ? 
SK : Ou je ne fais rien mais je reste concentrée et j’attends dans les coulisses, ou je répète dans ma loge.

RM : Avez-vous déjà eu des trous de mémoire en pleine représentation ? 
SK : Oui, mais il y a toujours un souffleur (ou bien le chef d’orchestre) qui me sauve. Mais à chaque fois je me souviens de la musique.
Et quand j’ai des trous de mémoires en pleine représentation c’est la panique, c’est horrible.

RM : Combien de temps prenez-vous pour apprendre un rôle ?
SK : Je prends en moyenne deux ans pour apprendre un rôle. Déjà, quand je vois la partition je m’effraie. Je commence donc par lire le livret. Tout en regardant le texte, je m imprègne du personnage, et si je n’ai plus envie je me mets au piano. Et quelques mois avant la représentation je commence à paniquer ! (rires)

RM : N’est-ce pas difficile d’avoir une carrière et une vie de famille en même temps ? 
SK : En effet il est difficile de mener à la fois une carrière de chanteuse et une vie de famille mais mon mari s’occupe bien de ma fille lorsque je ne suis pas à la maison, et en plus ma famille m’accompagne souvent. Il m’arrive parfois d’éprouver des doutes, de ne pas consacrer assez de temps à ma famille.

RM : Lorsque vous vous trouvez à l’étranger pour chanter un nouveau rôle, avez-vous la possibilité de consacrer votre temps à autre chose qu’aux répétitions (loisirs, visites) ?
SK : Bien sûr, il y a souvent des week-end ou « day-off », qui me permettent de garder un bon souvenir de mes différents séjours. Toutefois, à Vienne où je n’ai que deux jours de répétition avant la première représentation, il est assez difficile pour moi de gérer mon temps libre de façon à m’occuper d’autre chose que de l’opéra. Par contre, lorsque je séjourne plus de quinze jours à l’étranger, je saisis souvent l’occasion pour découvrir la ville.

RM : Regrettez- vous quelquefois d’avoir choisi ce métier de chanteuse ? 
SK : Je ne regrette point mon métier. La musique est faite pour moi. Jusqu’à maintenant je n’ai jamais pensé que j’avaisi pris le mauvais chemin. Comme je l’ai déjà dit, j’ai commencé à sept ans à jouer du piano et cela m’a guidée encore plus, vers la musique classique.

RM : Quels ont été les moments les plus forts de votre carrière ?
SK : Il y a bien sûr la représentation de Werther à Vienne, qui a été formidable. Mais aussi mon premier grand rôle dans Ariadne auf Naxos à Dresde car j’étais choisie comme française, ce sont des moments de joie intense… comme lors des représentations à Paris en 2001 puis Londres en 2002 ou encore à la Scala. Mais aussi le Chevalier à la Rose en 2004 à Salzbourg. J’aime particulièrement les rôles émotionnels.

RM : Est-ce que le public a déjà réagi froidement ou négativement après l’une de vos représentations ?
SK : Je touche du bois, non! Mais parfois, lors de représentations et de spectacles pour touristes, le public reste froid pendant tout le spectacle, ce qui fait que cela devient plus fatigant et difficile à supporter.

RM : Consacrez vous beaucoup de temps au jeu de scène et vous sentez vous actrice en même temps que chanteuse ?
SK : J’aime l’art dramatique mais quand on n’a pas l’expérience, on se sent nue. La partition joue quand même le plus grand rôle dans le domaine de l’opéra, mais j’apprécie quand les metteurs en scène me donnent des ressources et ont une bonne conception de l’œuvre.
Personnellement je n’aime pas me mettre en danger sur le plan vocal par des positions inconfortables. Il m’est déjà arrivé de rencontrer des metteurs en scène très déterminés ; dans ce cas, je « subis » ! (rires)

RM : Vous vous trouvez à Vienne face à un public que l’on qualifie parfois de réactionnaire ou conventionnel. Ressentez-vous la mentalité du public sur scène? Quel auditoire préférez-vous ?
SK : Je ne réalise pas vraiment la mentalité du public (jeune ou âgé) sur scène, ce n’est que rétrospectivement que je peux en juger en fonction de la manière dont l’opéra a été accueilli.
Bien sûr les mises en scènes ne sont pas les mêmes partout, et le metteur en scène s’adapte aux attentes plus ou moins novatrices du public. Personnellement, je trouve que la qualité du chant est essentielle. Le public viennois est connaisseur et y attache une grande importance, ce qui se ressent bien sûr sur scène et crée une complicité avec l’auditoire.

RM : Comment vous sentez vous quand vous chantez à coté d’un chanteur aussi célèbre que Rolando Villazón ?
SK : C’est une grande expérience ! Une expérience très excitante. Il y a toujours une certaine pression quand on chante avec des chanteurs célèbres ; avec lui c’est différent, on peut se relaxer. Il est unique, il m’inspire vraiment beaucoup !

RM : A part votre grand don pour le chant, avez-vous d’autres talents ?
SK : Oui, je joue du piano depuis longtemps, mais je ne suis pas excellente, sinon, je pense que je ne cuisine pas trop mal ! (rires) J’aimerais bien faire de la peinture mais je n’ai pas ce talent. Et je pense que l’on ne peut pas avoir tous les talents…

Propos recueillis à Vienne le 9 janvier 2008 avec les élèves de l’auteur.

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