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Michaela Selinger, le plus beau des Octavian !

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Berne. Stadttheater. 31-I-2009. Richard Strauss (1864-1949) : Der Rosenkavalier, opéra en trois actes sur un livret de Hugo von Hofmannsthal. Mise en scène : Dieter Kaegi. Décors et costumes : Okarina Peter, Timo Dentler. Lumières : Jacques Batttocletti. Avec : Alexandra Coku, La Maréchale ; Günter Missenhardt, Le Baron Ochs de Lerchenau ; Michaela Selinger, Octavian ; Robin Adams, Faninal ; Hélène Le Corre, Sophie ; Fabienne Jost, La Duègne ; Qin Du, Annina ; Andries Clœte, Valzacchi ; Richard Ackermann, Le Commissaire de Police, Le Notaire ; Janos Holczer, Le Majordome de la Maréchale ; Marius Chrzanowski, Le Majordome de Faninal ; Veselin Ouroumov, Un patron, Un chasseur ; David Sotgiu, Le chanteur italien ; Thomas Pösse, Leopold. Maîtrise du StadttheaterBern, Chœur du Stadttheater Bern (chef de chœur : Alexander Martin). Berner Symphonieorchester, direction : Srboljub Dinic.

Der Rosenkavalier

En février 2006, à l’opéra de Berne, signait une terrifiante et très originale mise en scène de Kullervo d’Aulis Sallinen. En février 1996, il avait enchanté le Grand-Théâtre de Genève, avec une mise en scène de Die Entführung aus den Serail de Mozart. Mise en scène qui allait être reprise en octobre 2000 avec Natalie Dessay dans le rôle de Konstanze. L’action se déroulait sur un immense yacht propriété de Bassa Selim, alias Aristote Onassis. C’est dire si l’originalité du metteur en scène suisse était attendue dans ce Chevalier à la Rose de Strauss. Malheureusement, si sa direction d’acteurs s’avère souvent de bonne facture, sa mise en scène déçoit par une idée générale du contexte difficilement compréhensible. Détaché de la paroi monumentale de l’appartement de la Maréchale, un pan de mur couché sert de plateau pour tout le spectacle. Quel message ici ? Difficile d’en cerner la pensée même si les personnages de la farce straussienne donnent un semblant d’intention. Cependant, hormis les portraits de la Maréchale, d’Octavian et de Sophie, offre la caricature quelque peu grossière de ses protagonistes. Ce trop important contraste laisse l’impression qu’on assiste à deux histoires singulières alors qu’il ne s’agit que de deux mondes contradictoires.

Côté musical, le manque de musicalité de chef serbe Srboljub Dinic n’arrange rien à l’affaire. Poussant un dans des éclats sonores qu’il est incapable de doser, les chanteurs voient leurs voix fréquemment couvertes par un orchestre trop bruyant et passablement brouillon. Cette lecture sans finesse efface les belles lignes mélodiques de l’œuvre straussienne.

Sur le plateau, le Baron Ochs de Lerchenau de la basse est ordinaire à souhaits. Ne contrôlant plus sa voix, il parle plus qu’il ne chante. Son personnage en pâtit car, au lieu d’être un bouffon quelque peu rustre, il devient un triste acteur dont les facéties scéniques ne font mouche que grâce à ses nombreuses années d’expérience de la scène. De son côté, (Faninal) si souvent dans l’excellence, n’est pas très à l’aise dans ce rôle. Il chante juste mais son personnage manque de caractérisation.

C’est parmi les rôles féminins qu’on retrouve le meilleur de cette production. D’abord avec la très belle Maréchale d’ forte d’une élégance et d’une présence scénique remarquables. Dans un chant contenu, elle traite son personnage avec beaucoup de noblesse. Sans jamais forcer son instrument, la soprano américaine habille son rôle d’une classe exceptionnelle. Quand l’orchestre ne couvre pas sa voix, son naturel désarmant, son phrasé superbe donnent corps à l’expression intelligente des vers d’Hofmannstahl. La révélation de cette soirée revient sans aucun doute à son amant, le plus beau des Octavian qu’on puisse rêver. En l’offrant avec une aisance vocale peu commiune, la mezzo s’inscrit parmi les plus grandes interprètes du rôle. Quelle présence, quelle déclamation, quel sens du théâtre chez cette jeune autrichienne. Elle dynamise le spectacle autour de sa personnalité électrisante. Le geste est simple, la voix peut être d’une puissance étonnante ou d’une douceur angélique sans que le visage de la chanteuse ne laisse percevoir le moindre signe d’effort. Justesse du ton, de la couleur des mots, du jeu théâtral, , un nom dont on reparlera. Si, pour compléter le trio central de cet opéra, la soprano française (Sophie) possède des aigus de rêve, elle n’a malheureusement pas cette beauté vocale dans toute l’étendue du registre. Ses graves sont inexistants et son médium manque de puissance. De plus, avec son manque flagrant de charisme, son jeu scénique se limite à quelques gestes qu’elle répète à longueur d’actes. Pour couronner le tout, la perruque dont elle était affublée ajoutait encore au ridicule d’un personnage qu’elle n’a pas su rendre touchant comme le voudrait le livret. A noter encore, l’excellente comédienne (La Duègne) qui campe un personnage truculent théâtralement parfait et vocalement tout aussi bien exprimé.

Crédit photographique : (Sophie), (Octavian) ; Hélène Le Corre (Sophie), (La Maréchale), (Octavian) © Stadttheater/Philipp Zinniker

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Berne. Stadttheater. 31-I-2009. Richard Strauss (1864-1949) : Der Rosenkavalier, opéra en trois actes sur un livret de Hugo von Hofmannsthal. Mise en scène : Dieter Kaegi. Décors et costumes : Okarina Peter, Timo Dentler. Lumières : Jacques Batttocletti. Avec : Alexandra Coku, La Maréchale ; Günter Missenhardt, Le Baron Ochs de Lerchenau ; Michaela Selinger, Octavian ; Robin Adams, Faninal ; Hélène Le Corre, Sophie ; Fabienne Jost, La Duègne ; Qin Du, Annina ; Andries Clœte, Valzacchi ; Richard Ackermann, Le Commissaire de Police, Le Notaire ; Janos Holczer, Le Majordome de la Maréchale ; Marius Chrzanowski, Le Majordome de Faninal ; Veselin Ouroumov, Un patron, Un chasseur ; David Sotgiu, Le chanteur italien ; Thomas Pösse, Leopold. Maîtrise du StadttheaterBern, Chœur du Stadttheater Bern (chef de chœur : Alexander Martin). Berner Symphonieorchester, direction : Srboljub Dinic.

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