Les limites de l’optimisme musical avec Peter Oundjian et Evgueni Kissin

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 6-XII-2012. Aram Khatchatourian (1903-1978) : Mascarade, suite orchestrale, extraits : 1. Valse – 2. Nocturne ; Spartacus, suite orchestrale n°1, extrait : Danse d’Egine et bacchanale. Edvard Grieg (1843-1907) : Concerto pour piano en la mineur, op.16. Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°2 en ut mineur, dite « Petite Russie », op.17. Evgueni Kissin, piano. Orchestre de Paris, direction : Peter Oundjian.

La notoriété d’ a sans doute largement participé au succès public de ce concert au programme sans réel tube, sinon le concerto de Grieg, dirigé par le peu connu sous nos contrées , chef canadien aux racines partiellement arméniennes, qui fut pendant longtemps premier violon du Quatuor de Tokyo. Les deux concerts de cette semaine constituaient d’ailleurs ses débuts avec l’.

Si le style de jeu d’un musicien était forcément à l’image de sa personnalité, on pourrait sans hésitation dire que est un caractère heureux, plein de gentillesse et de joie de vivre. Car son interprétation des extraits d’ au début, comme de la « Petite Russie » de Tchaïkovski à la fin, furent marqués par un ton constamment alerte, vif, sinon purement ludique. Le plaisir de jouer les extraits de Mascarade et de Spartacus put se lire sur les visages des musiciens de l’orchestre se lançant des regards complices le sourire aux lèvres. De fait l’ouverture arménienne de ce concert fut tout à fait plaisante, avec en son cœur un très beau solo de violon de Philippe Aïche, une progression fort bien menée de la Valse, une vigueur bien venue dans Spartacus. Ce style monocorde composa une agréable mise en bouche, il nous sembla néanmoins un peu réducteur, ce qui apparut plus vivement ensuite avec le Tchaikovski.

Car cette symphonie intitulée « Petite Russie », appellation familière qu’on donnait alors à l’Ukraine, d’une inspiration volontiers populaire et folklorique, fut jouée d’un bout à l’autre comme « la plus positive et rayonnante des six symphonies de Tchaïkovski » pour reprendre l’expression d’André Lischke, auteur du texte de présentation de ce concert. On ne peut donc pas dire que cela constitua un contresens, mais le fait qu’elle soit seulement et tout le temps « positive et rayonnante » en amenuisa sans doute la portée, l’âme russe, avec ses contradictions, ne se faisant pas si sentir que ça dans cette optique résolument optimiste. Une fois admis le concept, il faut reconnaître que c’était plutôt réussi, la réalisation orchestrale était une fois de plus excellente, les interventions de solistes impeccablement phrasées, en particulier le cor solo de Benoit de Barsony qui donne le ton à l’Andante sostenuto introductif mérite tous les éloges. Le tempo toujours vif choisit par le chef participait à cet esprit toujours ludique qui faisait avancer la musique sans doute un peu trop droit et premier degré. Ainsi l’Andantino marziale laissait percevoir sa dose d’humour, mais dépourvu d’ironie. Après un Scherzo où l’orchestre s’en donna à cœur joie, le final avec son entêtante mélodie du folklore ukrainien ne put empêcher ici ou là la sensation de répétition mais fut correctement enlevé pour emporter l’adhésion du public.

Mais si Khatchatourian et Tchaikovski pouvaient s’accommoder de ce style joyeux et optimiste, partiel mais au moins parfaitement cohérent, le Concerto pour piano de Grieg demande plus de nuances pour émouvoir et on sentit incontestablement que la recherche de climats plus variés mit le chef et le pianiste plus en difficulté pour trouver constamment le ton juste. Ainsi passait-on d’une introduction très véhémente à un p dolce sans doute trop doux, intimiste et chambriste. Leur interprétation souffrit quelque peu de cette cohérence hésitante, donna de bons moments et d’autres moins captivants voire en porte à faux. Ce furent finalement les passages où le pianiste avait la primauté, dans l’Adagio ou lors ses solos qui nous parurent les plus intéressants, ceux où on put admirer l’art d’Evgeny Kissin, jeune quarantenaire avec déjà trente ans d’expérience au plus haut niveau. Sa façon de dérouler la phrase musicale sans la brusquer tout en lui donnant l’ampleur voulue, le dosage délicat du clavier, la virtuosité sans surexposition, conduisirent quand même à capturer l’attention, même si d’une façon discontinue.

Le public fit un large succès à l’ensemble des œuvres proposées ce soir, y compris aux deux attendus bis offerts par le pianiste, Je t’aime et Carnaval de Grieg et au moins attendu dans un concert d’abonnement mais toujours aussi premier degré Galop de Mascarade joué par l’orchestre en conclusion de la soirée.

Crédits photographiques : Peter Oundjian © Sian Richards

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