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Viva la Mamma à Fribourg ou l’opéra en son miroir

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Fribourg, L’Equilibre, 6-I-2013. Gaetano Donizetti (1797-1848), Le Convenienze ed inconvenienze teatrali, ou Viva la mamma. Mamma Agata, Franck Leguérinel. Daria, Laurence Guillod. Procolo, Gabriele Nani. Luigia, Carole Meyer. Biscroma Strappaviscere, Benjamin Mayenobe. Guglielmo, Martial Defontaine. Pipetto, Astrid Pfarrer. Cesare Salsapariglia, Jean-Luc Waeber. Impresario, Davide Autieri. Direttore del teatro, Michel Kuhn. Orchestre de chambre fribourgeois, direction : Laurent Gendre. Mise en scène : Vincent Vittoz.

L’opéra qui se gausse de lui-même fait un bon ressort comique, efficace à défaut d’être fondamentalement original. Lorsqu’il donne à lire ses propres codes, qu’il se rit de leurs hermétismes avec mordant, il nous rappelle que rien n’y est naturel, que tout n’est que fiction, portée par le chant.

A Fribourg, le Viva la Mamma (1827) de Donizetti, donné pendant les fêtes, thématise sa propre fiction et se joue de son langage, dans une mise en abyme grotesque et légère. Sorte de Songe d’une nuit d’été dont la féérie aurait été remplacée par le vaudeville truculent, ce livret caricature la médiocrité artistique, la personnifiant en une improbable troupe lyrique de province, donc chaque élément semble rivaliser de suffisance minable. Dans un décor d’une sobriété grise évolue alors un monde chamarré d’égos surdimensionnés et caractériels dont la confrontation fera évidemment capoter la représentation prévue.

L’intrigue, plutôt creuse, est servie par une musique souvent géniale, qui moque son propre fonctionnement : les cadences marquées sont l’occasion de vocalises aux mélismes abondants de la part de , brillante dans son rôle de prima donna capricieuse. La voix est agile, précise, incroyablement ciselée dans l’aigu, servie surtout par un port altier qui donne au personnage toute la froideur nécessaire. La seconda donna ingénue de Carole Meyer en Luigia ne démérite pas, d’une facilité naïve toute aussi déconcertante. Et pour attiser cette rivalité, la Mamma Agata, génitrice intrusive de Luigia, d’entrer en scène, d’une grossièreté loufoque déclenchant sans surprise le crêpage de chignon attendu. Frank Leguérinel donne à ce basso buffo travesti une verve expansive ; sa voix, bien que peu mise en valeur par le rôle, sert néanmoins à merveille le comique lourdaud du personnage, particulièrement dans les numéros intradiégétiques, ou quand la musique se met en scène comme telle. Lorsque la Mamma répète son duo avec le ténor germanique et improbable Biscroma Strappaviscere (servi par un tout en puissance), les paroles se délitent, la partition est un alignement de points et de barres insignifiants, et l’improvisation simulée à merveille n’en est que plus drôle. Le Rondo que la Mamma commande pour sa seconda donna de fille est tout aussi réussi, lorsque le beau timbre de Leguérinel se travestit aussi en envolées exubérantes et commande au chef d’orchestre l’instrumentation requise. Le reste du plateau est plus inégal, d’où ressortent néanmoins les qualités comiques et vocales de Jean-Luc Waeber en poète guindé et de en maître de musique maladroit et inspiré.


Saugrenus à souhait sous leurs perruques carnavalesques, tous ces personnages habitent cette farce foutraque avec conviction, mais leur médiocrité surjouée ennuie parfois lorsqu’elle s’engonce en de stériles confrontations lyriques. Les quelques décalages entre l’orchestre et la fosse, particulièrement sensibles dans les difficiles ensembles, n’aident pas, malgré les évidentes qualités d’un manquant un peu de poigne mais très bien guidé par la baguette énergique de . Aussi peu convaincante est l’intervention en habits civils du Directeur du théâtre et de ses troupes armées ; l’écart visuel semble vouloir feindre une nouvelle profondeur peu justifiée dans cette mise en abyme dont la simplicité fait la valeur.

Saluons surtout ici le mérite de débuter la saison lyrique en montant cette œuvre peu jouée, moins parcourue que les galvaudés Don Pasquale et Elisir d’Amor ; l’opéra sort grandi de savoir rire de lui-même, de ses travers et de ses excentricités codifiées. Rire de soi, c’est vivre plus léger, et c’est ce à quoi nous invite cette production aussi jeune que courageuse.

Crédit photographique : Opéra de Fribourg

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Fribourg, L’Equilibre, 6-I-2013. Gaetano Donizetti (1797-1848), Le Convenienze ed inconvenienze teatrali, ou Viva la mamma. Mamma Agata, Franck Leguérinel. Daria, Laurence Guillod. Procolo, Gabriele Nani. Luigia, Carole Meyer. Biscroma Strappaviscere, Benjamin Mayenobe. Guglielmo, Martial Defontaine. Pipetto, Astrid Pfarrer. Cesare Salsapariglia, Jean-Luc Waeber. Impresario, Davide Autieri. Direttore del teatro, Michel Kuhn. Orchestre de chambre fribourgeois, direction : Laurent Gendre. Mise en scène : Vincent Vittoz.

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