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Marie-Nicole Lemieux est Médée à Montpellier

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Montpellier. Opéra-Comédie. 22-IX-2026. Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : Médée, tragédie lyrique en cinq actes (1693). Marie-Nicole Lemieux, Médée. Petr Nekoranec, Jason. Juliette Mey, Créuse. Frédéric Caton, Créon. Etienne Bazola, Oronte. Camille Poul, Nérine. Claire Lefilliâtre, Cléone. Choeur de chambre de Namur. Ensemble Les Epopées. Direction musicale : Stéphane Fuget.

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Première date d’une tournée en France et en Belgique, la Médée de Marc-Antoine Charpentier est dirigée en version concert par , en ouverture de la saison lyrique à l’Opéra-Comédie de Montpellier.

Médée est une œuvre à part dans le corpus de la tragédie lyrique post-lullyste. Unique tragédie du compositeur, elle reçut un accueil mitigé du public à l’époque, peut-être dérouté par les italianismes que Charpentier mêle au style français. Le mythe antique de la magicienne Médée, épouse du héros Jason, est ici revisité par Thomas Corneille en laissant une part importante à la psychologie des personnages. Depuis le renouveau de la musique baroque dans les années 1980, les versions récentes de cette œuvre emblématique se sont multipliées, dont on peut retenir entre autres celles de William Christie, Emmanuelle Haïm, Hervé Niquet, Leonardo García-Alarcón... Après sa trilogie monteverdienne unanimement saluée par la critique, l’ensemble Les Epopées revient au Grand Siècle français dont il nous avait déjà offert l’Alceste de Lully, remarqué dans nos pages.

choisit de supprimer ici le prologue pour plonger directement au cœur de la tragédie et gagner en intensité dramatique. Une version concert pour une telle œuvre peut paraître une aberration : les protagonistes du drame figés derrière leurs pupitres obligent l’auditeur à une écoute différente et à se concentrer sur l’expression musicale. La place centrale de l’orchestre y gagne en présence, et on se rend compte que chez Charpentier l’orchestre est un véritable acteur du drame, pas seulement un accompagnateur. On entend un dialogue entre le grand chœur avec tout l’effectif et le petit chœur constitué par les continuistes (1 basse de violon, 2 violes, 2 théorbes et 1 clavecin). Les violes réalisent les accords, comme le font le clavecin et les théorbes, et enrichissent ainsi les récitatifs d’une texture instrumentale plus colorée. La place des vents est aussi plus importante, mais la trompette naturelle qui intervient dans les scènes guerrières manque de justesse. A l’acte IV, les flûtes, ponctuées par une délicate clochette, offrent aux « fantômes aimables » une douce atmosphère qui n’est pas sans rappeler les scènes de sommeil lullystes. A l’acte III, pour introduire l’invocation des Esprits par Médée (« Noires filles du Styx »), l’expressivité de l’orchestre est à son apogée et l’inventivité harmonique remarquable.

La distribution vocale propose une prise de rôle pour chacun des chanteurs, et il y a parfois des petits ajustements à prévoir, tout devrait s’arranger au fil de la tournée. La contralto paraît être l’interprète idéale pour camper toute la complexité de la magicienne Médée, dans une palette sonore contrastée qui va du tendre registre amoureux aux plus explosifs éclats de haine vengeresse. C’est finalement dans les airs tendres qu’elle nous touche le plus. A l’acte III, l’air « Quel prix de mon amour » est un grand moment d’émotion. A l’acte suivant, l’air « Dieu du Cocyte », où la magicienne implore les démons, déroule des pianissimi somptueux sur un tapis de cordes en sourdine accompagnés par le tambour, et les violons offrent de véritables gémissements chromatiques. compense quelques petits manques de maîtrise du texte par une très belle présence scénique et un jeu de scène qui ose même une pointe d’humour dans les moments les plus dramatiques. A côté de ce rôle incandescent, le personnage de Jason peut paraître un peu pâle, mais le contraste est voulu et assumé. Le jeune ténor tchèque Petr Nekonarec prête sa voix lumineuse à un héros plein de contradictions. L’excellent baryton Etienne Bazola offre au malheureux Oronte une belle présence, alors que la basse Frédéric Caton manque de puissance dans le rôle de Créon. Mais c’est la jeune mezzo-soprano , révélation aux Victoires de la musique 2024, qui remporte la palme de cette distribution vocale dans le rôle de Créuse et nous touche infiniment. Le duo final avec Jason (« Faut-il nous voir séparés à jamais? ») est une réussite, et les pianissimi de l’orchestre accompagnent avec émotion les accents déchirants de sa mort, particulièrement difficile à exprimer devant un pupitre (mais il suffit de fermer les yeux) !

On ne dira jamais assez la qualité du dans la déclamation baroque française. Il prête ici six de ses membres à des interventions solistes très réussies. On a déjà dit que l’orchestre, comme le chœur, avait ici un rôle à part entière. On peut toutefois regretter que la direction énergique et parfois inutilement sautillante de manque un peu de précision dans la conduite du tactus et que les violons ne soient pas toujours bien ensemble. C’est un spectacle qui a encore besoin d’être rôdé, et qui devrait gagner en précision au fil des représentations.

Crédit photographique : © OONM

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Montpellier. Opéra-Comédie. 22-IX-2026. Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : Médée, tragédie lyrique en cinq actes (1693). Marie-Nicole Lemieux, Médée. Petr Nekoranec, Jason. Juliette Mey, Créuse. Frédéric Caton, Créon. Etienne Bazola, Oronte. Camille Poul, Nérine. Claire Lefilliâtre, Cléone. Choeur de chambre de Namur. Ensemble Les Epopées. Direction musicale : Stéphane Fuget.

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