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Paul Hughes, la musique à la BBC

Aller + loin, Directeurs, Entretiens

Paul Hughes est le grand patron de la musique à la BBC. Responsable du l’Orchestre symphonique de la BBC et des forces chorales de la radiodiffusion britannique (BBC Chorus et BBC Singers), il propose des saisons exemplaires en terme de qualité artistique et éditoriale. En marge du festival des BBC Proms, il revient sur ces grands moments de musique que sont les Promenade Concerts et sur la saison régulière de l’orchestre et des chœurs.

 

paul hughes« Le BBC Symphony Orchestra travaille pendant toute la saison un grand nombre d’œuvres de types et de styles très différents, et donc nous sommes prêts à affronter les défis générés par les BBC Proms. »

ResMusica : Nous sommes en pleine saison des BBC Proms. Ces Promenade Concerts sont l’un des sommets de la vie musicale britannique. Il y règne une ambiance à la fois sérieuse dans la programmation et très décontractée dans l’ambiance. Comment pouvez-vous expliquer ce succès avec ces deux mois de musique ininterrompus ?
Paul Hughes : « Il faut dire que Londres, à la différence de Paris, ne se vide pas de ses habitants pendant l’été. De plus, les touristes et les visiteurs y sont nombreux. Nous avons donc un «réservoir » de public pour remplir chaque soir, pendant 2 mois, le Royal Albert Hall. Je ne sais pas vraiment expliquer les raisons de ce succès, c’est un mystère mais depuis 120 ans, les BBC Proms se sont imposés comme un endroit où le public se rend sans forcément regarder les détails de l’affiche ! « Allons aux Proms et nous découvrirons ce qu’il s’y joue » ! Il y a même un groupe de personnes qui suit la totalité de la saison du début à la fin. La réputation du festival est de proposer la qualité artistique la plus élevée, autant avec nos orchestres britanniques qu’avec des formations internationales de prestige comme le Boston Symphony Orchestra ou le San Francisco Symphony Orchestra. »

RM : Qu’est-ce qui fait la popularité des BBC Proms ?
PH : « C’est une balance entre l’excellence et l’accessibilité. D’un côté vous avez des affiches de très haute qualité (un cycle du Ring complet dirigé par ) ou très exigeantes, comme un programme dédié à la musique de . Mais de l’autre côté le prix des places est très démocratique et les tickets sont accessibles à partir de cinq Livres Sterling, soit environ six Euros ! Vous pouvez venir également en t-shirt et en short, personne ne vous interdira l’entrée du Royal Albert Hall. Mais par certains aspects, les BBC Proms sont très traditionalistes avec parfois un strict respect des règles, comme lors de la « Dernière Nuit » avec ses morceaux obligés. Mais le public aime ce carcan de traditions, même au XXIe siècle. »

RM : La « Dernière Nuit » des Proms est un évènement unique par son ambiance et par la communion des Britanniques autour de ce concert, qui est diffusé à la TV et retransmis en direct dans des parcs. C’est un moment unique, mais pourquoi cette dernière nuit est-elle si importante ?
PH : « La « Dernière Nuit » est un moment de patriotisme, attention non pas de nationalisme, mais de patriotisme ! C’est le temps d’une communion nationale de toute la nation britannique par la musique, que ce soit à la télévision ou à travers les îles britanniques, car le concert est diffusé sur des écrans géants. La « Dernière Nuit » est un équilibre entre des moments traditionnels et des aspects inhabituels, avec une dose de nouveautés qui se renouvellent chaque année ! Il faut agencer cet équilibre ! »

RM : Comment choisissez-vous les chefs d’orchestre qui dirigent ?
PH : « C’est le choix du directeur des BBC Proms, avec lequel nous discutons du nom du chef. Nous essayons d’avoir à la fois de la nouveauté (ce qui est souvent arrivé) et à la fois le retour de personnalités qui ont fait un travail extraordinaire. Sous mon mandat nous avons eu huit nouvelles personnalités : , Jiří Bělohlávek, , Marin Alsop, , , et , qui ont fait leurs débuts au pupitre de la « Dernière nuit ». C’est un concert assez complexe : il y a le côté artistique avec plus de trois heures de musique à gérer (et à répéter en un minimum de temps) et le côté technique avec la présence de la télévision et la connexion en direct avec les retransmissions dans les parcs à travers le Royaume-Uni. Il faut donc la personne capable de remplir ces conditions et même de parler devant des millions de personnes qui suivent le concert ou qu’ils se trouvent. »

RM : Votre orchestre de la BBC est très occupé pendant la saison des Proms. Au cours des quinze prochains jours, il jouera un programme Sibelius (dont Kullervo) ou la Symphonie n° 4 de . Il sera la cheville ouvrière de la « Dernière Nuit », sans oublier deux concerts en déplacement en Finlande. Comment un orchestre peut-il être aussi flexible en un minimum de temps ?
PH : « Le BBC Symphony Orchestra travaille pendant toute la saison un grand nombre d’œuvres de types et de styles très différents, et donc nous sommes prêts à affronter les défis générés par les BBC Proms. Nous avons un concert tous les 5 ou 6 jours, mais les musiciens adorent les Promenade Concerts car c’est un moment important pour eux. En tant que directeur, j’adore cet orchestre et j’adore sa capacité à interpréter toutes les musiques avec un tel degré d’exigence. »

RM : Pendant la saison 2015-2016 vous consacrerez des journées thématiques, intitulées « Totale Immersion »,  à des compositeurs comme le polonais Henryk Górecki, le français et le néerlandais . N’est-ce pas très éclectique ?

PH : « Oui, l’objectif est de permettre au public de se concentrer, pendant un jour, sur les aspects de leur œuvre. Notre saison de concert est assez vaste et ces événements nous permettent de la structurer tout en invitant le public à découvrir de nouveaux horizons pour la musique contemporaine. Pour , nous proposons même son opéra la Commedia et son portrait s’étendra exceptionnellement sur deux jours. Quant à Górecki, c’est une figure populaire ici, mais nous allons nous concentrer sur des aspects moins connus de son œuvre : des partitions pour chœur ou sa Symphonie n° 2 « Copernic ». Enfin, est une figure majeure de la musique et ses partitions sont absolument merveilleuses. »

RM : Le BBC Symphony enregistre actuellement une série de disques avec les grands chefs-d’œuvre de la musique britannique sous la baguette d’. Est-ce qu’il est important pour vous d’enregistrer ces pièces avec des interprètes de la jeune génération ?
PH : « Nous avions commencé le travail avec Edward Gardner autour de la musique polonaise du XXe siècle, et Edward voulait poursuivre avec de la musique anglaise. Nous avons donc amorcé une série d’enregistrements. Celui dédié à Walton a été très bien reçu par la presse mondiale. Quand un chef d’orchestre de l’envergure d’Edward Gardner a des choses aussi intéressantes à dire dans la musique anglaise, il faut thésauriser ! Nous venons également de recevoir un Gramophone Award pour notre nouvel enregistrement du Dream of Gerontius d’Elgar, dirigé par , notre ancien chef permanent, qui a beaucoup œuvré pour la musique anglaise. »

RM : Vous êtes aussi responsable des formations chorales de la BBC. Que pouvez-vous nous en dire ?
PH : « Nous avons deux chœurs à la BBC. Tout d’abord, il y a le BBC Chorus, composé d’amateurs non-professionnels, qui ont un travail en journée comme vous et moi, et les BBC Singers, un chœur de chambre, qui eux sont des professionnels. »

RM : Le niveau du BBC Chorus est exceptionnel et il est à même de chanter des œuvres aussi difficiles que la Cantate Profane de Bartók, parfois inaccessible à des professionnels. Est-ce un secret de l’éducation britannique ?
PH : « Je pense que c’est moins l’effet de l’éducation que de la culture. Nous avons une grande tradition de chant choral au Royaume-Uni. Même les petites villes ont un chœur et c’est une activité sociale structurante. Pour le BBC Chorus, nous avons des exigences très élevées et la sélection est rude. Les choristes répètent deux fois par semaine, ce qui n’est pas rien quand vous avez à côté une vie professionnelle.  Nous avons donné une première mondiale d’une œuvre du compositeur , et nous avons beaucoup, beaucoup, beaucoup répété pour donner un concert exceptionnel ! Parfois la difficulté n’est pas musicale mais textuelle : le chœur va chanter Kullervo de Sibelius, en finlandais, c’est également un défi ! Au final, nous essayons d’avoir un équilibre entre des partitions bien connues de nos chanteurs, comme Belshazzar’s Feast de Walton et les challenges liés aux œuvres plus nouvelles ou plus difficiles. »

RM : L’an passé, vous avez programmé une intégrale des symphonies de sous la direction de votre directeur musical . Le public a répondu présent, alors que partout ailleurs la salle aurait été tristement désertée. Comment expliquez-vous ce succès ?
PH : « C’était un projet exceptionnel. Après le premier concert, nous avons eu des critiques dithyrambiques dans la presse. Ce projet lié aux symphonies de Nielsen était une occasion unique de découvrir sa musique, de l’entendre combinée avec d’autres partitions liées à son époque et aussi de constater la qualité exceptionnelle du travail de Sakari Oramo avec le BBC Symphony Orchestra. »

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