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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : « Per questa bella mano », air de concert aria pour basse, contrebasse et piano K 612 (1) ; Johannes Brahms (1833-1879) : Lieder und Gesänge op. 32 (2) ; Gustav Mahler (1860-1911) : Lieder eines fahrenden gesellen (3), (transcription Arnold Schœnberg) ; Jazz (4). Thomas Quasthoff, baryton-basse (1, 2, 3, 4)  ; Corey Cerovsek (3) & Dmitry Sitkovetsky (3), violons ; Blythe Teh, alto (3) ; Frans Helmerson, violoncelle (3) ; Leigh Mesh, contrebasse (1, 3) ; Sharon Bezaly, flute (3) ; Aleksandar Tasic, clarinette (3) ; Gabriel Kahane (1, 3, 4), Leif Ove Andsnes (2) & Martin Stadtfeld (3), pianos.

et Academy 2006

La tradition du veut qu’elle offre, dans sa programmation, une carte blanche à l’un de ses plus prestigieux solistes. Cette année, c’est au baryton-basse qu’échoit l’honneur de présenter cette soirée. Vu la carrure artistique du chanteur, la foule envahit la salle de concert jusqu’aux derniers rangs de cette grande tente austère qui, chaque été est montée sur la place Médran.

Visiblement en verve, le baryton-basse explique que ce rare air de concert de Mozart avait été écrit pour un chanteur qui tournait un peu ostensiblement autour de sa femme. Voulant l’éloigner des jupes de son épouse, il composa un air si compliqué que le chanteur devait passer le plus clair de son temps à l’étude de sa mélodie. L’atmosphère ainsi détendue, entonne la charmante mélodie sans aucune difficulté apparente. D’emblée on apprécie la ductilité de la voix qui se fond dans l’harmonie mozartienne. Le registre grave du chanteur jouit d’une ampleur jusqu’ici inconnue. Et les sautes d’octaves sont avalées comme un charme.

Rompue la glace du premier contact avec le public, la tension se fige un peu dans les neufs Lieder und gesänge op. 32 de Johannes Brahms. Pourtant (ou peut-être à cause de) l’accompagnement de , remplaçant Lang Lang grand absent du Festival, raffine les airs de son touché de velours. Si Ich scleich’umher révèle une belle ligne mélodique empreinte de nostalgie, les autres mélodies s’égrennent dans un ennui que les Lieder eines fahrende Gesellen de ont peine à réveiller. Le baryton-basse dirigeant une dizaine de musiciens n’avait pas assez de l’autorité de sa voix pour affirmer la présence musicale de l’ensemble qui se perdait souvent dans des imprécisions musicales coupables.

Le public certain de la qualité de cette prestation réserve une traditionnelle standing ovation plus adressée à l’icône Thomas Quasthoff qu’à la réelle qualité du concert.

Sous le titre général de « Jazz », la seconde partie laissait tout imaginer. On sait l’attirance des chanteurs lyriques pour le jazz. Pour un jazz souvent synonyme de guimauve à la sauce crooner. Avec sa première partie de récital en demi-teinte, on pouvait craindre le pire de la prestation jazz de Thomas Quasthoff. Accompagné par le jeune pianiste Gabriel Kahane, le baryton-basse allemand s’avère un surprenant improvisateur. Dans son On the sunny side of the street, si sa parodie de Louis Armstrong est assez réussie, on n’en dira pas autant de ses scats quelques peu scolaires. Mais le rythme, sinon le swing, est là, avec l’agréable surprise d’un soliste qui s’amuse. Après un superbe Stella on the starlight où le crooner laisse place au swingman, c’est une hilarante parodie des Feuilles mortes revisitée dans une version « récemment découverte » de Pierre Boulez qui offre au chanteur l’occasion de phraser magnifiquement l’inoubliable mélodie. Suit une époustouflante démonstration vocale lorsque, à capella, Thomas Quasthoff improvise sur un rythme sud-américain « à-la-Harry-Belafonte », une série d’onomatopées qu’il transforme bientôt en une désopilante conversation s’envenimant entre quelques indigènes à l’idiome incompréhensible du plus grand comique. C’est avec Summertime et My funny Valentine que revient la belle voix du crooner avant qu’une nouvelle démonstration comique de l’art lyrique allemand, russe, français, italien et espagnol sur le thème de Mackie, mack the knife avant que Bob Dylan l’inspire pour les dernières mesures de cet air populaire s’il en est. Le sérieux reprend alors ses droits avec une interprétation exemplaire de lyrisme et de couleurs vocales d’un Moon River sensible avant que l’émotion gagne le public avec l’interprétation d’un bouleversant Danny Boy.

Le public conquis a réservé un triomphe à cette prestation qui a fait quelque peu oublier la triste première partie du récital. A entendre l’enthousiasme de Thomas Quasthoff dans ses interprétations de la musique populaire, on en vient à se demander s’il n’aurait pas fait une carrière plus enthousiasmante dans ce genre de musique que dans celle austère du lied.

Crédit photographique : © Festival de Verbier 2006

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : « Per questa bella mano », air de concert aria pour basse, contrebasse et piano K 612 (1) ; Johannes Brahms (1833-1879) : Lieder und Gesänge op. 32 (2) ; Gustav Mahler (1860-1911) : Lieder eines fahrenden gesellen (3), (transcription Arnold Schœnberg) ; Jazz (4). Thomas Quasthoff, baryton-basse (1, 2, 3, 4)  ; Corey Cerovsek (3) & Dmitry Sitkovetsky (3), violons ; Blythe Teh, alto (3) ; Frans Helmerson, violoncelle (3) ; Leigh Mesh, contrebasse (1, 3) ; Sharon Bezaly, flute (3) ; Aleksandar Tasic, clarinette (3) ; Gabriel Kahane (1, 3, 4), Leif Ove Andsnes (2) & Martin Stadtfeld (3), pianos.

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