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Lucerne, KKL. 09-III-2008. Olivier Messiaen (1908-1992) : Et expecto resurrectionem mortuorum. Claude Debussy (1862-1918) : Le Martyre de Saint-Sébastien. Mireille Delunsch, soprano ; Iris Vermillion et Brigitte Balleys, mezzo-sopranos. Schweizer Kammerchor (chef de chœur : Fritz Näf), Orchestre de la Suisse Romande, direction : Marek Janowski.

Invité dans le cadre du Festival de Lucerne de Pâques, l’ sous la direction de son nouveau directeur musical a permis de constater les bienfaits de la reprise en main de cet ensemble opérée depuis l’arrivée du chef polonais. Dans l’espace architecturalement froid du Kultur- und Kongresszentrum Luzern, plus communément appelé le KKL, l’acoustique miraculeuse de la salle reflète la moindre erreur. Avec son Victoria Hall de Genève la formation romande jouit d’une salle moins analytique que celle-ci, les imprécisions y passent plus facilement qu’ici. C’est dire si le rendez-vous était d’importance pour la réputation de l’orchestre.

En ouverture d’un concert d’une très belle tenue technique, l’Orchestre de la Suisse Romande s’attaque à une œuvre qu’ lui-même destinait «à de vastes espaces : églises, cathédrales et même le plein air et la haute montagne». Pour cet explosif Et expecto resurrectionem mortuorum qu’André Malraux avait commandé au compositeur pour la célébration de tous les morts des deux guerres mondiales, la scène reçoit l’ensemble des pupitres des vents et des percussions de l’OSR. Dans cette longue mélopée d’accords successifs, qui rappellent dans leur sonorité et leur structure, le son des grands orchestres de jazz moderne des années soixante, use magnifiquement de l’acoustique subtilement réverbérante de la salle pour laisser s’épanouir les harmoniques des accords dissonants de la partition. Ainsi interprétée, l’œuvre de Messiaen prend une dimension solennelle découpant les couleurs noires de cet hommage funèbre. Si quelques légères et rares imprécisions viennent encore troubler l’unité de l’œuvre, la prestation de l’orchestre reste de très haut niveau, particulièrement lors de l’ultime chant, lorsque les percussions entrent en lice tels des solistes, martelant les gongs et tam-tam chinois dans un lancinant et fracassant final.

En deuxième partie, l’orchestre au grand complet présente Le Martyre de Saint-Sébastien, ce que d’aucuns surnommaient le Parsifal de Debussy. Dans cette version tronquée des dialogues du récitant, l’Orchestre de la Suisse Romande n’en donne que les parties musicales et chantées. Si l’œuvre de Debussy est magistrale, faisant appel à un orchestre conséquent, l’interprétation qu’en offre la formation romande génère un peu de lassitude. Peut-être manquait-elle d’être habitée. A cause du texte délibérément ampoulé du poème de Gabriele d’Annunzio ? Il semble que si la prestation des violoncelles et des contrebasses s’avère excellente, en revanche les violons apparaissent «à la traîne», tout comme les vents loin de l’excellente impression qu’ils avaient laissée à l’issue des pages d’. Ni l’orchestre, ni son chef n’ont réussi à modeler la profondeur spirituelle de cette partition. Une impression encore plus flagrante chez les solistes, à commencer par la soprano très routinière dans son expression vocale. Juchées sur un balcon accroché derrière l’orchestre, les deux mezzo-sopranos et Brigitte Balleys n’ont pu que chanter «de loin» leur partie sans pouvoir s’y engager émotionnellement. Seul le Schweizer Kammerchor, et plus particulièrement les hommes, admirablement préparés ont donné l’impression qu’ils savaient ce qu’ils chantaient. Peut-être que des solistes plus impliqués dans leur foi auraient élevés le jeu de l’Orchestre de la Suisse Romande au niveau de l’esprit qui règne dans cette partition.

Crédit photographique : © Priska Ketterer Luzern

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Lucerne, KKL. 09-III-2008. Olivier Messiaen (1908-1992) : Et expecto resurrectionem mortuorum. Claude Debussy (1862-1918) : Le Martyre de Saint-Sébastien. Mireille Delunsch, soprano ; Iris Vermillion et Brigitte Balleys, mezzo-sopranos. Schweizer Kammerchor (chef de chœur : Fritz Näf), Orchestre de la Suisse Romande, direction : Marek Janowski.

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