bandeau RES MUSICA

Avec La Tempête, Schütz et Schein, entre mysticisme et exubérance

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Heinrich Schütz (1585-1672) : Historia der Auferstehung Jesu Christi SWV 50 ; Johann Hermann Schein (1586-1630) : Israelis Brünnlein. La Tempête : Georges Abdallah, Claire Lefilliâtre, Fiona Macgown, Vincent Lièvre-Picard, Sébastien Obrecht, Lisandro Nesis, Victor Sicard ; direction : Simon-Pierre Bestion. 1 CD Alpha Classics. Enregistré en septembre 2017 à la Chapelle royale du château de Versailles. Livret avec traduction des textes chantés en français, anglais, allemand. Durée : 77’18

 

51av3cF2itL._SS500Dans l’Europe déchirée par la Guerre de Trente Ans, les luthériens et , tous deux influencés par le madrigal italien, livrent en 1623 deux œuvres d’un mysticisme profond, dont nous propose une relecture habitée.

La mélange volontiers, dans ses programmes, musiques anciennes et contemporaines. Mais pour son troisième disque, a choisi de se consacrer exclusivement à deux œuvres de la première moitié du XVIIe siècle : l’Histoire de la Résurrection de Schütz et les Fontaines d’Israël de Schein. De ces musiques dépouillées, d’une profonde expressivité religieuse, il fait une grande fresque colorée, par l’ajout d’une instrumentation qui enrichit le discours et souligne le sens du texte. On ne peut que se réjouir de l’intervention des cornets et des sacqueboutes qui tirent ces musiques luthériennes du côté de Venise. Un des madrigaux de Schein, joué aux seuls instruments, devient ainsi une canzone que n’aurait pas reniée Gabrieli. Quant à l’annonce de la résurrection, elle prend des allures de véritable sonnerie de fête. Les Fontaines d’Israël ponctuent judicieusement le récit évangélique et le relient au message de l’Ancien Testament.

Les voix des six chanteurs sont somptueuses (on retrouve avec plaisir le timbre si pur de ), magnifiées par l’acoustique réverbérante de la chapelle du château de Versailles. Le choix d’un chantre byzantin pour tenir le rôle de l’Évangéliste peut étonner : sa voix plus rustique contraste avec celles des autres chanteurs. Mais c’est ainsi que l’a voulu Simon-Pierre Bestion pour que le récitant, au plus proche de la voix parlée, nous raconte vraiment une histoire. L’ornementation du chantre évoque ainsi la tradition orientale, qui apporte cette touche de métissage esthétique qui est la marque de fabrique de La Tempête. Quant à l’accompagnement du récitatif, il est particulièrement inventif : en plus de la viole et de l’orgue, qui tiennent la partie de basse, s’instaure un véritable dialogue entre la voix et les mélismes instrumentaux qui soulignent le sens du texte. On ne saurait trop recommander, à ce propos, d’écouter ces musiques en suivant les paroles fournies par le livret.

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.