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À Berne, l’amour en jaune de Tristan et Isolde

La Scène, Opéra, Opéras

Berne. Stadttheater. 29-V-2019. Richard Wagner (1813-1883) : Tristan und Isolde, opéra en trois actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Ludger Engels. Décors : Volker Thiele. Costumes : Heide Kastler. Lumières : Bernhard Bieri. Dramaturgie . Katja Bury. Avec : Lee Bisset, Isolde ; Daniel Frank, Tristan ; Claude Eichenberger, Brangäne ; Robin Adams, Kurwenal ; Todd Boyce, Melot ; Andries Cloete , Ein Hirt, Stimme eines jungen Seemanns ; Kei Wegner, König Marke ; David Park, Steuermann. Chor Konzert Theater Bern (chef du choeur : Zsolt Czetner). Berner Symphonieorchester, direction musicale : Kevin John Edusei

Tristan.Berne.03Événement majeur de cette saison 2019, le Konzert Theater Bern programme Tristan et Isolde de , un spectacle malheureusement loin de remplir ses promesses.

En février 2000, Tristan et Isolde faisait sa rentrée au Stadttheater de Berne après une absence de près de cinquante ans. Outre la dimension du théâtre bernois, sa jauge modeste, ses équipements scéniques, l’exiguïté de sa fosse orchestrale, cette production de l’œuvre mythique de avait tenu compte de sa dimension symbolique immense. Un respect qui s’était alors ressenti jusque dans les plus petits détails de ces soirées qui avaient fait date dans l’histoire de cette institution.

De nos jours, la dimension mythique, l’importance au répertoire lyrique de Tristan et Isolde ne suscite plus le respect d’autrefois. Effacée la crainte que pouvait procurer la production d’une telle oeuvre sans en avoir toutes les clés musicales et théâtrales. La main mise des metteurs en scène sur le monde de l’opéra a ouvert la porte aux interprétations les plus diverses, sinon farfelues, des grands mythes tels que Don Giovanni, Faust et tant d’opéras de Wagner. Cette production bernoise en est une vibrante démonstration.

Dans sa mise en scène, semble n’avoir pas dominé son sujet de bout en bout. En effet, dans le premier acte et le début du second, l’idée d’un théâtre dans le théâtre est recevable. Jusqu’au moment où Isolde évite le baiser du roi Marke en détournant le visage, signe de sa passion exclusive pour Tristan, on peut adhérer à ce parti pris. Mais, dès la scène suivante, alors que les amants se retrouvent, le décor se métamorphose, éclate et s’ouvre. Malheureusement, ce qui devrait entraîner le spectateur vers l’univers sublimé de l’amour se réduit à une illustration prosaïque et bascule dans une succession d’images navrantes. Une sorte de chaos où la laideur des éléments de décors (), des costumes () le dispute aux incompréhensions scéniques. Comme quand Tristan, tenant d’une main un pot de peinture jaune, l’autre main lui servant de pinceau, dessine des ronds et des traits sur son habit et son visage. L’amour en jaune, une trouvaille (!) qui bientôt envahit tout le plateau sans qu’on saisisse le moindre sens à cette démarche. De même, reste-t-on médusé devant l’inélégance de l’habit de lumière des deux amants : espèce de survêtement intégral à capuche façon black bloc pailleté d’argent. Un accoutrement ridicule sous lequel ils chantent « So stürben wir, um ungetrennt… », l’un des plus beaux duo d’amour de toute l’histoire de l’opéra. Ainsi caricaturé, le public (et peut-être même les protagonistes) ont peine à s’identifier. Plus tard, l’agonie de Tristan, la mort d’Isolde bénéficient d’un environnement kitch, telle la grotte et les montagnes de carton-pâte. Et quelle signification donner à ces lustres décorés de led multicolores ou à cette rampe de néons aveuglants se mouvant en alternance du plafond au fond de scène ?

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Resterait la musique si le chef ne portait son aux limites du tintamarre en l’obligeant à des fortissimo démesurés pour les dimensions de la salle, sans parler de la couverture orchestrale des chanteurs. Des chanteurs qui tentent pour la plupart d’être en phase sonore avec l’orchestre. Avec des fortunes diverses.

Par un étrange et inexpliqué concours de circonstances, la soprano Catherine Foster, réputée wagnérienne, n’aura participé qu’à la première représentation. Elle est remplacée ici par la jeune (Isolde) dont la musicalité discutable ne présume pourtant pas de ses capacités vocales. Certes, elle possède une puissance d’émission à toute épreuve, toutefois, son large vibrato, les timbres du haut médium et de l’aigu tendant à devenir criards et acides définissent une vocalité finalement peu agréable. A l’opposé, la mezzo bernoise (Brangäne) réussit à maintenir un timbre de voix solide, une ligne de chant impeccable, sans stridence, même lorsque sollicitée dans les forte. De son côté, le ténor (Tristan) chante avec une grande élégance et une belle musicalité conférant justesse de ton et noblesse d’attitude à son personnage. De son côté, le baryton (Kurwenal) chante, comme souvent, trop en force tout au long de l’opéra. Certes, quelle santé, mais le discours musical n’en sort malheureusement pas grandi. Enfin, la basse (König Marke) apparait vocalement bien pâle comparé à ses collègues.

De cette soirée, on retiendra la lassitude qui s’emparera d’un public frustré et attiédi de n’avoir pas ressenti ce que la passion amoureuse de Tristan et d’Isolde pouvaient leur inspirer, faute d’une mise en scène inaboutie et étrangère à l’enjeu d’une telle oeuvre.

Crédits photographiques : © Christian Kleiner (photographies de la générale piano)

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