Ariadne auf Naxos version Carsen, un classique de l’Opéra de Munich toujours bien vivant
Avec une troupe très cohérente et une mise en scène remontée avec précision, l’Opéra de Munich montre que répertoire n’est pas toujours synonyme de routine.
On hésite toujours à prendre le risque de la routine : même si l’Opéra de Bavière s’est depuis des années de plus en plus éloigné du système traditionnel du répertoire, il y a toujours un risque de répétitions insuffisantes quand la maison remet sur le métier ses quelques productions les plus vues et revues, comme cette Ariadne auf Naxos dans une mise en scène de Robert Carsen créée en 2008 – et que nous avions déjà vue en 2015, avec Kirill Petrenko pour faire l’événement. Mais ces reprises sont indispensables pour la maison en une période où toutes les énergies sont tournées vers la grande entreprise de l’automne, avec la première de Siegfried dans quelques jours, et le public a bien raison de profiter de cette représentation à prix doux – 100 € en première catégorie, quelle grande maison d’opéra propose encore cela ?
Et puis, il faut bien dire, sur le papier la distribution se laisse voir, et pas seulement pour la Zerbinetta de Sabine Devieilhe – jusqu’au Laquais de Christian Rieger ou à l’Harlekin de Konstantin Krimmel, la troupe de Munich est en grande forme. Il y a d’abord, en fosse, la présence de Robin Ticciati, vrai chef d’opéra, et directeur musical du festival de Glyndebourne depuis 2014, où il a succédé à Vladimir Jurowski. Si expérimenté soit-il, il doit tout de même payer le prix de la routine, sous la forme d’un équilibre instable entre fosse et scène, notamment dans le prologue où la fluidité de la conversation en musique est souvent hésitante. Tous ne sont pas égaux devant ce flottement : les deux chefs de troupe, Martin Gantner et Tansel Akzeybek, s’en tirent bien, Irene Roberts en compositeur beaucoup moins – elle ne nous convainc pas plus qu’en Sieglinde de sa capacité à faire émerger un personnage là où le texte est si crucial.
Le couple héroïque, lui, s’en sort bien : Anja Kampe fait merveille en diva pénible dans le prologue, et elle donne corps aux lignes mélodiques miraculeuses de son personnage dans l’opéra, même s’il y manque ce rayonnement qui fait les grandes Arianes. Brian Jagde, lui aussi très à son aise dans le prologue, a sans conteste la voix du rôle qui semble ne pas lui poser de grandes difficultés ; lui aussi manque de rayonnement, de finesse aussi, mais l’essentiel est sauf, et le duo final nous emporte comme il se doit. Sabine Devieilhe en Zerbinetta n’a ni la virtuosité insolente de Natalie Dessay, ni l’intelligence de chaque syllabe et de chaque note de Sarah Aristidou, pour ne la comparer qu’à ses collègues françaises, mais elle ne démérite pas, tant pour la virtuosité que pour la projection. Si sa diction allemande est irréprochable, il ne lui manque qu’un travail supplémentaire pour faire vivre les mots et entrer plus avant dans la complexité du personnage – cela ne change rien à l’enthousiasme légitime du public après son air comme aux saluts.
Quant à la mise en scène de Carsen, 18 ans ont passé, mais sa clarté, sa fluidité ne se sont pas évaporées. Le metteur en scène, ces dernières années, n’a pas franchement fait des étincelles, tombant souvent dans une vulgarité et une suractivité qui nuisent aux pièces qu’il aborde. Sans doute cette Ariane n’avait pas, elle non plus, la force révélatrice de sa Rusalka à Bastille, parce qu’elle n’explore pas les profondeurs que le brillant spectacle de Jossi Wieler à Salzbourg en 2001 (filmé, diffusé à la télévision mais hélas jamais édité), mais tout de même : le jeu théâtral du prologue est irrésistible, et il l’est resté autant qu’à la première, et la beauté des images que Carsen et le grand décorateur Peter Pabst font naître n’a pas perdu de sa séduction. Sans doute cette reprise n’a pas le caractère miraculeux de la première il y a dix-huit ans, sous la direction de Kent Nagano, mais l’équipe réunie en 2026 lui donne une vie musicale et scénique très satisfaisante.











