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Ariane en scène avec Kirill Petrenko

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Munich. Nationaltheater. 17-X-2015. Richard Strauss (1864-1949) : Ariadne auf Naxos, opéra en un prologue et un acte sur un livret de Hugo von Hofmannsthal. Mise en scène : Robert Carsen ; décors : Peter Pabst ; costumes : Falk Bauer. Avec : Johannes Klama (Haushofmeister) ; Markus Eiche (Ein Musiklehrer) ; Alice Coote (Der Komponist) ; Peter Seiffert (Bacchus/Der Tenor) ; Petr Nekoranec (Ein Offizier) ; Kevin Conners (Ein Tanzmeister) ; John Carpenter (Ein Perückenmacher) ; Christian Rieger (Ein Lakai) ; Brenda Rae (Zerbinetta) ; Amber Wagner (Ariadne/Primadonna) ; Elliot Madore (Harlekin) ; Dean Power (Scaramuccio) ; Tareq Nazmi (Truffaldin) ; Matthew Grills (Brighella) ; Eri Nakamura (Najade) ; Okka von der Damerau (Dryade) ; Anna Virovlansky (Echo). Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction : Kirill Petrenko.

Ariane à Naxos, Bayerische Staatsoper, 2015A Munich avec , dans cette Ariane à Naxos, toute la troupe est tenue par le flux orchestral.

Les vieux Munichois s’en lamentent, en rappelant que ce n’est pas la première fois, tout de même, que l’Opéra de Bavière a un grand chef pour directeur musical – c’est surtout Wolfgang Sawallisch qui est ici visé -, mais rien n’y fait : qu’il s’agisse d’une nouvelle production ou, comme ici, de la énième reprise d’une production déjà bien exploitée, le public attend avec impatience chaque nouvelle œuvre abordée par .

Nul doute, il est vrai, que l’orchestre a répété pour ces trois soirées munichoises autant que s’il s’était agi d’une nouvelle production. La production de Carsen n’est pas pour gâcher la soirée : efficace et esthétique, elle joue à plein la carte du théâtre dans le théâtre. C’est constamment beau, mais on n’y attendra pas de grandes révélations.

Après son sensationnel Chevalier à la rose, d’une modernité et d’une cruauté inattendues, cette nouvelle entreprise straussienne de Kirill Petrenko peut paraître plus convenue : elle est, de fait, très éloignée du goût de chefs plus médiatiques pour les grands effets. Rien ne vient ici troubler l’écoute de l’auditeur, qui n’a qu’à se laisser porter : le prologue avance au rythme naturel de la conversation, l’opéra alterne comique et sérieux avec le soin et la précision nécessaires. Ce n’est que progressivement qu’on se rend compte de tout ce que cette discrétion volontaire comporte de maîtrise, de soin pour chaque voix instrumentale, d’attention aux chanteurs : au plus tard lors du duo final, quand il s’agit de construire progressivement un climax émotionnel sur une vingtaine de minutes : beaucoup de chefs parviennent trop vite à ce climax et doivent ensuite tenter d’entretenir la flamme pendant un quart d’heure qui paraît interminable ; Petrenko, lui, laisse intactes toutes les étapes du chemin intérieur d’Ariane, avec une chaleur expressive qui emporte la chanteuse comme le spectateur.

La grande déception de la soirée, comme dans le concert parisien qui a précédé ces représentations, c’est le retrait d’Anja Harteros, qui semble avoir renoncé à aborder le rôle-titre, et l’Opéra de Bavière a pris un risque certain en recourant à une quasi-inconnue, , pour la remplacer. Ce pari n’est pas tout à fait tenu : les quelques phrases de conversation du prologue vont trop vite pour elle, et elle a jugé plus prudent de ne pas se risquer à chanter certains aigus du rôle. Au-delà de ces défauts pourtant, la splendeur du timbre, la longueur du souffle, la délicatesse du phrasé font merveille, et le finale où les qualités instrumentales de la voix sont l’essentiel est admirable de plénitude sonore, mais aussi d’émotion. Face à elle, ce n’est pas comme à Paris Jonas Kaufmann, mais le vétéran qui chante Bacchus : on ne dira certes pas que ce rôle est celui qui lui va le mieux à ce stade de sa carrière, mais la voix reste saine et bien conduite – le jeu, lui, est comme à l’accoutumée : les yeux rivés sur le chef à chaque fois qu’il a à chanter.

et , en Compositeur et en Zerbinetta, obtiennent du public les ovations que leurs rôles valent à chaque titulaire ou presque; toutes deux partagent cependant un manque de fluidité gênant dans le dialogue allemand. Pour , c’est à peu près rédhibitoire étant donné l’écriture du rôle, et la voix n’est pas très belle ; pour , le rôle a naturellement plus de variété et le triomphe est beaucoup plus mérité par la belle musicalité de son grand air.  Avec Petrenko, de toute façon, la force créatrice de l’orchestre font volontiers passer sur les petits défauts individuels : c’est toute la troupe qui est tenue par le flux orchestral. On avait cru, il y a quelques années encore, que les conditions de production des théâtres d’opéra allaient écarter de la fosse les plus grands chefs : voilà une soirée qui montre le contraire, et qui prouve le profit que les maisons d’opéra peuvent trouver à ne pas se mettre trop exclusivement au service des stars du chant.

Crédit photographique : Wilfried Hoesl

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Munich. Nationaltheater. 17-X-2015. Richard Strauss (1864-1949) : Ariadne auf Naxos, opéra en un prologue et un acte sur un livret de Hugo von Hofmannsthal. Mise en scène : Robert Carsen ; décors : Peter Pabst ; costumes : Falk Bauer. Avec : Johannes Klama (Haushofmeister) ; Markus Eiche (Ein Musiklehrer) ; Alice Coote (Der Komponist) ; Peter Seiffert (Bacchus/Der Tenor) ; Petr Nekoranec (Ein Offizier) ; Kevin Conners (Ein Tanzmeister) ; John Carpenter (Ein Perückenmacher) ; Christian Rieger (Ein Lakai) ; Brenda Rae (Zerbinetta) ; Amber Wagner (Ariadne/Primadonna) ; Elliot Madore (Harlekin) ; Dean Power (Scaramuccio) ; Tareq Nazmi (Truffaldin) ; Matthew Grills (Brighella) ; Eri Nakamura (Najade) ; Okka von der Damerau (Dryade) ; Anna Virovlansky (Echo). Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction : Kirill Petrenko.

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