Un début de saison à la new-yorkaise au Ballet du Capitole
Pour son premier temps fort de la saison 26-27, le Ballet du Capitole rend hommage à deux chorégraphes historiques du New York City Ballet. Beate Vollack et ses danseurs présentent « Maîtres américains », un programme composé des Quatre Tempéraments de George Balanchine et de Fearful Symmetries de Peter Martins.
Après Magie Balanchine en décembre 2024, le répertoire du célèbre chorégraphe américain, fondateur du New York City Ballet et de l’École de Ballet américain, George Balanchine, est de nouveau à l’honneur à Toulouse avec une entrée au répertoire. Le Ballet du Capitole interprète en effet pour la première fois Les Quatre Tempéraments, l’une de ses pièces majeures.
Ce ballet de 1948 est né d’une commande musicale faite auprès du compositeur Paul Hindemith, pour le propre plaisir du chorégraphe qui souhaitait jouer lui-même la partie piano. Dans cette production, c’est au pianiste hongrois Mihály Berecz que revient cette tâche. Construit autour de la théorie des humeurs qui constituait autrefois les bases de la médecine occidentale, ce ballet abstrait et sans argument est représentatif de la difficulté technique associée au style balanchinien. On y retrouve des prises de risque autour de l’axe du corps et de l’équilibre ou encore des battements cloches à l’amplitude spectaculaire. Le travail de pointes est aussi saisissant avec, entre autres, des tours sur jambe de terre pliée particulièrement redoutables.
Les costumes, comme la lumière, sont minimalistes, afin de focaliser l’attention du public sur les corps et la danse. Seul un cyclo coloré de bleu habille la scène. Les hommes portent une tenue de danseur académique, avec un tee-shirt blanc à manches courtes et un collant noir sans pied. Les femmes portent quant à elles une élégante tunique noire ceinturée à la taille, par-dessus un simple collant rose. La compagnie a su avec brio ajouter ce chef-d’œuvre moderne à son répertoire qui comptabilisait d’ores et déjà seize pièces de George Balanchine.
Dans un style chorégraphique similaire, Fearful Symmetries de Peter Martins tranche du point de vue vestimentaire, grâce à une série de justaucorps à jupette et de tee-shirts et collants ton sur ton, dans un camaïeu de couleurs allant du rouge écarlate au rose pâle en passant par le corail et le vieux rose. Les danseurs évoluent de façon continue, presque de façon effrénée, sur la composition intransigeante de John Adams, inspirée du poème The Tyger de William Blake. Les comptes sont particulièrement complexes, car l’orchestre déroule une partition haletante, à l’instar d’une locomotive lancée à plein régime. Instruments classiques, synthétiseurs et sonorités aux couleurs de jazz expérimental s’enchaînent et portent une compagnie en parfaite maîtrise, pour avoir interprété cette pièce à de multiples reprises depuis 2002, en dépit de quelques années d’absence.
Peter Martins a été directeur du New York City Ballet pendant 35 ans et mérite sans conteste le titre de maître du néo-classique américain. Fidèle disciple de Balanchine, il fut son danseur durant de nombreuses années. Il n’est donc pas étonnant que son langage soit très proche de celui de son mentor. Ici, les interprètes doivent tracer des lignes et marquer des directions très travaillées avec les membres, tout en mobilisant le dos, ce qui n’est pas sans ajouter au défi à relever. Leur précision d’orfèvre est un régal.













