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The Rake’s Progress par Olivier Py : Du mauvais goût en scène

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Paris. Opéra Garnier. 10-X-2012. Igor Stravinsky (1882-1971) : The Rake’s Progress, fable de Wynstan Hugh Auden et Chester Kallman inspirée d’une série de peintures homonyme de William Hogarth. Mise en scène : Olivier Py. Lumières : Bertrand Killy. Décors et costumes : Pierre-André Weitz. Avec : Scott Wilde, Trulove ; Ekaterina Siurina, Ann Trulove ; Charles Castronovo, Tom Rakewell ; Gidon Saks, Nick Shadow ; Ursula Hesse Von Den Steinen, Mother Goose; Jane Henscel, Baba the Turk ; Kim Begley, Sellem ; Ugo Rabec, Keeper of the Madhouse ; Virginia Leva, Chae Wook Lim, Voices from the crowd. Orchestre et Chœur de l’Opéra National de Paris, (chef de chœur : Alessandro Di Stefano), direction : Jeffrey Tate

Orchestre de l’Opéra national de Paris
Choeur de l’Opéra national de Paris

L’Opéra Garnier ouvre ses portes à l’histoire stravinskienne d’un libertin mégalomane, inspirée d’une série de peintures satiriques de William Hogarth, reprise d’une production de 2008. Un classique qui met en scène les vices de l’homme dans un crescendo d’actions diaboliques qui culminent dans la folie et la mort. Alliant tradition littéraire et musicale et modernité, Stravinsky avec son Rake’s Progress réalise une des plus grandes créations de l’après-guerre. Un opéra complexe, une sorte de kaléidoscope d’esthétiques qui jette un pont entre le classicisme et la contemporanéité.

Le rideau se lève (en réalité la scène est ouverte dès le début) sur deux plans d’action superposés : en haut le règne de l’amour et des vertus, en bas la réalité éphémère et pécheresse avec ses symboles, une clepsydre géante et une tête de mort. Une échelle sépare le paradis de l’enfer bientôt franchi par le protagoniste. Tom, un homme indigne par son admission, médiocre, paresseux et mégalomane, qui en quête du succès facile, cède rapidement au démon, Nick Shadow. Ce dernier lui promet un avenir brillant et l’initie aux délices d’une nouvelle vie à base de sexe, d’argent et de rêves maniaques. À coté du protagoniste, la belle Anne Trulove qui offre ses vertus et son amour inconditionné et la laide Baba, excentrique et scandaleuse. Les deux personnages ne sont enfin que deux facettes d’un même modèle de femme soumise et subjuguée.

La mise en scène d’ est organisée sur cette lecture, très chargée de symboles et de stéréotypes. Les trop-pleins, éclairés par des lumières au néon en opposition chromatique signifiante, détournent parfois l’attention et on se perd dans des détails attrayants, sans doutes, mais futiles. S’il est vrai qu’on est désormais habitués à la représentation de la nudité, l’excès de seins au vent, de fesses en strings et d’ostentation sexuelle semble inutile, de mauvais gout et inapproprié pour la soirée. S’appuyant sur l’image stéréotypée de la femme-objet, l’univers pailleté d’Oliver Py contrastait violemment avec l’initiative d’illuminer le Palais Garnier de rose en faveur de la recherche pour le cancer au sein.

Heureusement la musique l’a emporté sur la régie et la direction de a gagné en élégance. Les chanteurs quant à eux ont assuré une interprétation vocale correcte et sans excès. Le rôle de Nick Shadow est sans doute le plus réussi. avec sa voix riche et puissante, imprime à son personnage un charme particulier et une ironie subtile au point que, malgré tout, le démon en devient plus sympathique que le protagoniste. Physique du rôle et agilité vocale sont les caractéristique de , qui se situe entre le personnage de Don Giovanni et celui de Faust. On pourra peut-être lui reprocher un petit manque d’harmoniques dans le registre basse qui en effet affaibli aussi l’interprétation vocale d’. De cette chanteuse on admire en revanche les aigus bien placés et un timbre très agréable à l’écoute.

Crédits photographiques : (Nick Shadow), (Anne Trulove) et (Tom Rakewell); (Nick Shadow), Charles Castronovo (Tom Rakewell) et (Mother Goose); Charles Castronovo (Tom Rakewell) © Opéra national de Paris/ J.M. Lisse

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Paris. Opéra Garnier. 10-X-2012. Igor Stravinsky (1882-1971) : The Rake’s Progress, fable de Wynstan Hugh Auden et Chester Kallman inspirée d’une série de peintures homonyme de William Hogarth. Mise en scène : Olivier Py. Lumières : Bertrand Killy. Décors et costumes : Pierre-André Weitz. Avec : Scott Wilde, Trulove ; Ekaterina Siurina, Ann Trulove ; Charles Castronovo, Tom Rakewell ; Gidon Saks, Nick Shadow ; Ursula Hesse Von Den Steinen, Mother Goose; Jane Henscel, Baba the Turk ; Kim Begley, Sellem ; Ugo Rabec, Keeper of the Madhouse ; Virginia Leva, Chae Wook Lim, Voices from the crowd. Orchestre et Chœur de l’Opéra National de Paris, (chef de chœur : Alessandro Di Stefano), direction : Jeffrey Tate

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