Tom Rakewell II, le retour

La Scène, Opéra, Opéras

Paris, Palais Garnier. 03-III-2008. Igor Stravinsky (1882-1971) : The rake’s progress, opéra en trois actes et un épilogue sur un livret de Whystan Hugh Auden et Chester Kallman. Mise en scène et lumières : Olivier Py ; décors et costumes : Pierre-André Weitz. Avec : René Schirrer, Trulove ; Laura Claycomb, Ann Trulove ; Toby Spence, Tom Rakewell ; Laurent Naouri, Nick Shadow ; Jane Henschel, Baba the Turk ; Ales Briscein, Sellem ; Hilary Summers, Mother Goose ; Ugo Rabec, the keeper of the madhouse. Jory Vinikour, clavecin. Chœur et Orchestre de l’Opéra National de Paris (chef de chœur : Winfried Maczewski), direction : Edward Gardner.

The rake’s progress

Après Glyndbourne, Bruxelles, le Théâtre des Champs-Elysées et avant Angers-Nantes-Opéras, l’Opéra National de Paris se devait d’avoir son propre Rake’s progress. Annoncé en octobre dernier, la mise en scène confiée à l’origine à est passée à , directeur du Théâtre National de l’Odéon et habitué du Grand-Théâtre de Genève. Avant que le rideau ne se lève, on pouvait deviner ce qui allait être sur scène, puisque le scénographe attitré est aussi de la partie : un monde en noir et blanc, éclairé par la lumière cru de néons, avec pour seule variation les trois couleurs primaires. En guise de décors, un échafaudage géant et modulable, changé à vu. Pléthore de figurants même quand ça ne s’impose pas, genre « danseuse du lido » pour ces dames et chippendales pour ces messieurs, toujours le moins vêtus possible. Et bien sur l’inévitable scène orgiaque, partouze généralisée pour toute orientation sexuelle connue et autorisée dans une backroom glauque. Des poncifs déjà présents dans La damnation de Faust ou Tannhäuser. Malgré cette signature un peu trop évidente, le spectacle fonctionne. Bien sur quelques huées sont venues à la fin, mais le public parisien en a tellement vu, et ce n’est rien face au décapage en règle que prépare pour Parsifal, donné en même temps à Bastille. Au moins maîtrise sa direction d’acteurs et respecte les propos de Stravinsky, Chester et Kallman. Sa mise en scène ne présente rien d’exceptionnel, elle a même un peu de mal à démarrer. Peu de changements par rapport à l’original, si ce n’est l’arrivée de Baba la Turque : elle devient la vedette d’un numéro de cirque produit par Tom Rakewell, et son retour est digne des Blues Brother’s. Et cette manie de mettre les chanteurs en fond de scène crée de fâcheux décalages. Pas facile d’être en rythme en étant toujours placé si loin du chef, c’est tout de même du Stravinsky qui est donné.

Point de vue vocal et orchestral, que du grandiose. , jeune directeur musical de l’English National Opera, fait pétiller l’orchestre, d’une tenue excellente, sans jamais couvrir les chanteurs. et possèdent les voix idéales pour Ann Trulove et Tom Rakewell : registres homogènes, aigus éclatants, soin apporté à l’articulation et à la compréhension du texte. On se demande toujours pourquoi n’est guère programmé que dans des rôles de second plan… , malgré une usure vocale évidente, domine le plateau de sa présence désopilante et se taille une part méritée du succès final. Malheureusement , très attendu dans le rôle de Nick Shadow, a déçu. Non point par sa présence physique, ni par sa voix elle-même, mais la musique de Stravinsky n’est pas chez lui une seconde nature, et les décalages abondent. Il fallait à l’Opéra National de Paris « son » Rake’s progress. Mission accomplie, mais malgré un plateau excellent, la production ne restera pas dans les annales.

Crédit photographique : (Tom Rackwell) & (Mother Goose) ; (Tom Rakewell) & (Baba the Turk) © F. Ferville / Opéra National de Paris

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